Après l’apocalypse, place au théâtre

Par Marianne Allaire

La pièce Minuit nous plonge dans un futur proche, dans une cité où tout est à refaire

Presque trois semaines se sont écoulées depuis la première représentation de Minuit au  Théâtre Léonard-St-Laurent. Quelques vidéos publiées sur la page Facebook du Théâtre de Double signe contribuent à l’intrigue autour de la pièce : qu’est-ce que Minuit ou plutôt qui est Minuit? Parallèle entre aujourd’hui et demain, la pièce se veut dense par le texte de Marie-Hélène Larose-Truchon, et actuelle par le message qu’elle envoie aux spectateurs.

Minuit résulte d’une cocréation du Petit Théâtre de Sherbrooke et du Théâtre de Double signe. Dans un décor enneigé, trois femmes se partagent la scène : La Petite, Minuit et Grand-Maman. Respectivement interprétées par Aurélie Brochu Deschênes, Sarianne Cormier et Jasmine Dubé, le trio est relié par les mêmes liens familiaux. Fille, mère et grand-mère tentent la survie dans un monde aseptisé, dicté par les lois, la vision et l’ordre des Caporeux. Beaucoup de mots interdits circulent dans la maison, Minuit craint pour La Petite. Grand-Maman libère son savoir et sa culture langagière à ses risques et périls.

Dans une courte entrevue, la metteuse en scène Lilie Bergergon affirme que le texte de la pièce « côtoie la poésie, le narratif et le dialogue avec une langue savoureuse et dure ». Il propose un univers qui se veut métaphorique, puisque rien n’est visuellement présenté à l’auditoire. La description y joue ainsi un rôle majeur. « On se retrouve dans un monde postapocalyptique où l’on tente de mettre à l’écart les ainés, de les faire disparaitre, mais surtout de neutraliser et d’anéantir le langage qu’ils utilisent. Dans cette société, le mode de communication, qui est privilégié, est basé sur une langue utilitaire et minimaliste dont on a évacué tout le potentiel d’imaginaire et de poésie. Une langue sèche. Une langue morte. » Par le jeu et la dynamique des personnages, par les textes de Marie-Hélène Larose-Truchon et par les sujets d’actualité mis en scène, la pièce Minuit nous amène ailleurs, bien plus proche de la réalité qu’on le sous-entendrait.

Les trois femmes, porte-paroles de leur génération respective et liées par le sang, tentent de sauver leur peau, mais aussi leur langue et donc leur mémoire. Lilie Bergergon confirme que cette société qui est présentée pourrait être celle de demain : « L’appauvrissement de la langue est quelque chose que l’on constate tous les jours dans les médias sociaux et si l’on ne fait pas attention, que l’on ne met pas un drapeau rouge, nous allons un jour perdre toutes ces belles expressions qui forment notre identité. » La pièce Minuit porte ainsi sur la culture dont l'on hérite puis que l’on porte. Une bien grande richesse qui, au-delà des Caporeux ou des systèmes, se doit d’être transmise, expliquée, préservée.

À SHERBROOKE

Théâtre Léonard-St-Laurent

Du mardi au samedi jusqu’au 25 novembre, 20 h

Entrée : 25 $ (30 ans et moins : 18 $)

EN TOURNÉE

Du 6 au 24 février 2018 à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier

Le 23 avril 2018 à la Rencontre Théâtre Ados


Crédit Photo ©  Théatre du Double signe

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