Arbitrage : je ne fais que mon travail!

Par Andréanne Beaudry

Pour certains, le monde de l’arbitrage peut s’apparenter à un monde un peu abstrait. Dans la majorité des cas, nous ne réalisons pas à quel point le travail des arbitres est exigeant et demande du temps en ce qui concerne la participation aux formations et bien sûr aux matchs. C’est pourquoi Le Collectif a décidé de se pencher sur la question afin de vous éclairer sur leur rôle au soccer. Arbitre depuis maintenant cinq ans, Daphnée Cabana a accepté de nous en dire un peu plus sur le sujet.

Est-ce que l’arbitrage est fait pour tout le monde?

Il n’existe pas de profil type pour devenir arbitre en soccer. En réalité, on peut s’impliquer même si nous n’avons jamais joué dans une équipe. Selon Daphnée Cabana, cette situation est plutôt rare, mais il y a des exceptions. Parfois, on peut voir des parents qui souhaitent suivre leur enfant. C’est amusant, en plus de faire passer le temps.

Pour ce faire, la personne intéressée doit contacter un club en région, afin que celui-ci puisse l’inscrire à une formation. Suite à cela, le futur arbitre doit obligatoirement passer un examen. Habituellement, les formations se déroulent un peu partout dans la province, et nous en retrouvons à Sherbrooke. En fait, on peut estimer par année entre quatre et cinq formations en Estrie.

Impliqué activement au soccer dans la région, André Cabana, directeur général de Soccer Estrie, estime que l’arbitrage est une belle occasion pour les jeunes d’obtenir un premier emploi. « Je suis devenu arbitre, car mon père m’a obligé à le devenir. Pour lui, c’était une belle façon de commencer à faire de l’argent à 15 ans », raconte Daphnée. Ce premier travail lui a aussi permis de découvrir une passion pour le monde de l’arbitrage. Depuis cet été, grâce au Tournoi des sélections régionales (TSR), elle a confirmé sa présence sur les terrains pour encore quelques années. « C’est vraiment à ce moment-là que j’ai réalisé que j’aimais arbitrer. »

Que fait réellement un arbitre?

Le mandat des arbitres est exigeant. « Pour être arbitre, il faut connaitre les lois du jeu où elles se retrouvent toutes dans un livre de 207 pages. Nous n’avons pas le choix de les connaitre. » Daphnée Cabana considère que l’arbitre doit bien gérer le jeu, mais surtout veiller à la sécurité des joueurs. Par exemple, « lorsque tu vois pendant un match que ça brasse un plus, et bien tu n’as pas le choix de caller les fautes ou bien de sortir des cartons jaunes ou rouges ». D’une certaine façon, les cartons calment les athlètes, car ils ne souhaitent pas en avoir davantage.

Avec un total de 207 pages, le guide comprend 17 lois de jeu. On peut considérer l’apprentissage des règles comme un réel défi. « Il y a beaucoup de règlements, mais je pense que c’est ça qu’il faut. Pour la plupart, je dirais que les trois quarts des entraineurs et des joueurs ne les savent pas. Même les parents n’en connaissent rien. »

Elle-même peut oublier une règle. Cependant, Daphnée prend un trois secondes de réflexion si jamais elle n’est pas certaine. « J’applique ce que je crois être la meilleure décision. Par contre, après le match, je vais souvent me référer à mon guide, afin de confirmer ou de corriger une décision si le cas se présente à nouveau. »

En plus, du côté plus intellectuel et logique, les arbitres doivent également être en forme, « surtout quand nous atteignons des niveaux supérieurs, parce que nous avons des tests physiques à réaliser ». Si une personne échoue, elle voit ses options se limiter. Au provincial, elle ne pourrait pas avoir des matchs au centre, par exemple. Les tests comprennent un 6 x 40 m au sprint, ainsi qu’un 4 km (80 m sprint, 80 m marche).

Une image qui s’améliore

Comme d’autres arbitres, Daphnée Cabana estime à 100 % que les arbitres sont encore trop jugés par les entraineurs ainsi que par les joueurs. « Il faut comprendre que sur un terrain, il y a toujours une équipe qui ne sera pas contente, puis la meilleure façon de se plaindre d’une défaite est de mettre la faute sur l’arbitre. » Elle pense que leur image s’améliore, mais elle avoue ne jamais avoir été confrontée à des entraineurs un peu « fous » sur un terrain. Par contre, elle sait que cela arrive fréquemment et que leur travail n’est pas assez valorisé.

Il y a quelques années, elle se rappelle avoir eu de la difficulté à donner son premier carton jaune. « Je me souviens m’être demandé si je devais vraiment donner un carton jaune, car je n’en avais jamais donné. Est-ce qu’il le mérite vraiment? » Sa crainte était qu’elle croyait se faire crier dessus par les autres.

Grâce à de la documentation sur le travail des arbitres disponible sur Internet, les gens commencent peu à peu à comprendre l’enjeu de leur travail. Pour Daphnée Cabana, l’arbitrage est devenu une passion, car elle a pu, d’ailleurs, rencontrer de nouvelles personnes. Elle conseille aux futurs arbitres d’être patients et attentifs aux critiques. « Au fond, lorsqu’un arbitre expérimenté te parle, écoute-le, car c’est vraiment important. Souvent, lui a un bagage que tu n’as pas nécessairement. Par contre, il ne faut pas trop faire attention à ce que les autres te disent sur le terrain. On doit rester concentrés et appliquer les lois du jeu peu importe la situation. Sinon, il faut se faire confiance! »


Crédit Photo © Nathanaël Fleuriné

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