Aux limites des conventions sociales

Par Virginie Roy

Sa voix stridente pourrait être celle d’une adolescente de 15 ans, mais les propos tenus par Rosalie Vaillancourt tout au long de son décapant spectacle Enfant roi sont bien ceux d’une femme de 27 ans. Une femme qui déplace de l’air et qui s’assume pleinement dans ce qu’elle fait, lançant blague après blague dans un rythme effréné, mais non moins bien chorégraphié.

«Je suis comme une piscine à Hochelaga, je n’ai pas de filtre», annonce dès le départ l’humoriste. Voilà les quelques mille spectateurs avertis. Si elle n’a pas de filtre, la Maskoutaine n’a pas non plus beaucoup d’inhibition, au grand plaisir de son public d’âges variés.

Par sa mise en scène, Rosalie Vaillancourt trouve aussi le moyen de mettre en lumière ses qualités humaines. Une vidéo introductive (où l’on reconnaît le style enfantin de sa mini websérie Rosalie) présente à l’auditoire la mission de la princesse Rosalie. Si elle ne souhaite pas qu’une méchante sorcière la transforme en «statue de marde», elle devra récolter sept pétales floraux avant la fin de la soirée. Un vrai conte de Perrault moderne.

L’immense fleur qui trône sur la scène s’illumine donc lorsque l’humoriste fait preuve de l’une de ses qualités comme l’humilité ou la bienveillance. Le tableau scénique est complété par un coffre à jouets, comprenant des souvenirs de ses ex-copains, et d’un écran géant.

Et cet écran, Rosalie Vaillancourt l’utilise à son plein potentiel. Elle qui s’est fait connaître à la télévision et sur Internet exploite à merveille le numérique pour agrémenter son one woman show! Les chapitres du conte où l’on retrouve les diaporamas PowerPoint sont les plus hilarants de tous!

C’est ainsi que dans un numéro d’autodérision, la jeune femme révèle au public des photographies de son enfance… «Comment puis-je avoir l’air plus vieille à 11 ans que maintenant?», lance-t-elle à l’apparition d’une image prise lors d’un mariage. Si elle sait bien rire d’elle-même, Rosalie Vaillancourt n’hésite surtout pas à tourner au ridicule les personnes qui lui ont envoyé des commentaires et des messages privés de bêtises, la plupart du temps sans queue ni tête. Si plusieurs éclats de rire retentissent tout au long des 90 minutes d’Enfant roi, le point fort de la soirée est sans contredit l’analyse des bébés médiévaux ou, devrait-on plutôt dire, des affreux et effrayants bébés médiévaux!

En rencontre avant le spectacle, Rosalie Vaillancourt a affirmé qu’elle pourrait éventuellement parler autant des agressions sexuelles dans le milieu de l’humour que de la misogynie ou de la mort, mais qu’elle ne se trouvait pas encore assez mature dans son humour pour le faire. Il est tout de même certain qu’elle maîtrise à merveille l’humour de deuxième degré et que derrière ses allures de princesse gâtée pourrie se cache une femme réfléchie qui sait aborder des sujets encore tabous pour les bouches féminines.


Crédit Photo @ TVA Nouvelles

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