Benjamin Le Bonniec - Éditorial du 20 octobre 2015

Être écrivain donne la liberté d’écrire ce que bon nous semble. Quel que soit le genre littéraire, le roman, le théâtre, l’essai ou la poésie, l’écrivain a de manière théorique la possibilité de tout. Cela entre, tout bonnement et simplement, dans le cadre de sa liberté d’expression. Mais un écrivain peut-il vraiment tout dire? Son époque, la société dans laquelle il vit, son environnement lui permettent-ils de réellement dire ce qu’il pense ? Le cadre politique, le pouvoir, la morale, les religions sont tout autant de limites que l’écrivain doit prendre en compte dans l’exercice de son art. Dès lors, il en tient de sa responsabilité d’évaluer les bornes à respecter.

Depuis toujours, les hommes ont utilisé les mots pour exprimer le fond de leurs pensées et communiquer entre eux. Mais depuis le XVIIIème siècle, avec l’expansion de la pensée éclairante des Lumières, se sont multipliés progressivement, et jusqu’à nous, des discours sur les risques de la lecture ou encore sur l’influence subversive des hommes de lettres. Mais au XXème siècle, dans des contextes de guerre et de libéralisation de la pensée, ce sont les engagements des intellectuels qui se sont succédés. Dès lors, on pourrait poser le débat entre ces écrivains qui font de l’art pour l’art  et ceux qui usent du pouvoir de la littérature pour s’engager. Ici, nous sommes plus intéressés par cette littérature engagée, car celle-ci implique une prise de responsabilité de la part de celui qui écrit.

En effet, si l’écrivain envisage de se positionner sur des enjeux tant politiques, économiques ou sociaux, il prend alors sa responsabilité au regard du lectorat, voire de la société dans son ensemble. Les contextes comme les campagnes politiques et les périodes électorales sont propices à l’engagement et donc à la responsabilisation de sa position. Nombreux sont les écrivains qui, par le passé, ont pu en profiter pour clamer haut et fort leurs opinions; je pense à Camus, à Sartre, ou plus proche de nous, à Michel Tremblay ou Dany Laferrière. La parole de l’écrivain a perdu un peu de son influence avec le temps dans l’espace public, mais les actualités quotidiennes nous montrent que la littérature a toujours les moyens d’offrir les scandales permettant l’évolution des moeurs de notre société.

Et elle est bien là, l’importance de cette prise de responsabilité de nos écrivains. À eux seuls, grâce à leurs mots, à leurs histoires, ils détiennent le mérite de favoriser le défi que nous offre la modernité. Mais la méfiance est de mise; on a souvent vu des écrivains (Céline par exemple) vanter leur autonomie et leur indépendance et interagissant pourtant dans les affaires publiques à tord et à travers. En cette période électorale, ceux qui ont la capacité d’exprimer leur pensée par les mots, c’est le moment de prendre ses responsabilités afin d’agir en faveur d’une société mouvante devant répondre à de nombreux enjeux économiques et environnementaux, notamment.


En complément à cet éditorial, veuillez lire cet article.

Crédit photo © Robin Legros

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