Beurrage aux intégrations : à quand la fin

Par Laurie-Anne Pelletier

À l’Université de Sherbrooke, comme dans de nombreuses universités du Québec, se déroulent en début d’année des activités d’intégration, anciennement appelées « initiations ». Des activités de toutes sortes sont organisées pour favoriser l’intégration des nouveaux étudiants; activités sportives, soupers, soirées dans les bars, rallyes, beurrages, et ainsi de suite. « Beurrage »? Oui, c’est cela. En voici une simple explication : les nouveaux élèves se voient fournir, selon leur programme et leur groupe, une liste d’aliments comestibles à acheter. L’étudiant voulant participer aux activités doit alors se procurer les aliments en question et les remettre aux organisateurs pour que ces derniers puissent les beurrer lors d’une activité spéciale. Effectivement, dans plusieurs universités du Québec, on beurre nos étudiants comme on beurre une toast, mais en y ajoutant toutes sortes de condiments, de sauces, d’huiles, de céréales, etc. « C’est pour les aider à s’intégrer... » Euh, quoi? « Ben, c’est pour rire et s’amuser. » Ah…! OK d’abord...?

Situation environnementale et sociale

Cette année, nous avons consommé en moins de huit mois toutes les ressources que la Terre est capable de renouveler en un an selon le Global Footprint Network. Consommons-nous autant parce que la population mondiale est trop grande pour les ressources planétaires? Pas du tout. En fait, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime que plus d’un tiers des aliments produits aujourd’hui ne sont pas consommés, dû au gaspillage et aux pertes alimentaires postrécoltes. Cela porte à réfléchir, lorsqu’on sait qu’il y a environ 900 millions de personnes souffrant de famine dans le monde alors qu’un milliard sont suralimentées, toujours selon la FAO.

Beaucoup de plaisir, mais à quel prix?

Lorsqu’un produit est acheté dans le but d’être gaspillé, comme c’est le cas lors des beurrages universitaires, cela entraîne de nombreuses conséquences négatives pour l’environnement. C’est qu’il faut aussi penser au processus complet de fabrication des aliments. On utilise d’abord des millions d’hectares de terre par année pour produire de la nourriture qui sera gaspillée (FAO). L’organisme onusien nous informe que les quantités d’eau utilisées pour l’agriculture représentent 70 % des réserves d’eau douce mondiale. Gâcher la nourriture signifie donc aussi gaspiller l’eau. Il faut ensuite considérer tout le pétrole utilisé pour les machines, les transports, la production de pesticides, etc. Les aliments sont finalement placés dans des emballages faits de matières qui prennent des centaines, voire des milliers d’années à se dégrader. Le fait de pousser des centaines d’étudiants à participer à un gaspillage alimentaire de masse chaque année, c’est contribuer directement et égoïstement à la dégradation de notre planète, ce qui entraîne aussi des conséquences sur l’accessibilité à la nourriture.

Sur la bonne voie

Certains des groupes organisant les activités d’intégration à l’Université de Sherbrooke ont fait le choix de ne pas organiser de beurrage cette année. Ils ont eu la brillante idée de le remplacer par des activités du genre Boot Camp race, une course à obstacles où les participants finissent couverts de boue. Beaucoup de plaisir assuré, et l’idée de beurrer les nouveaux étudiants est toujours là, mais en version tellement plus écologique et socialement responsable! Chapeau!


(Ce texte est une série de Gaspillage de nourriture et beurrage aux intégrations. Lisez le deuxième ici, et sa suite ici)

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