Par Judith Doré Morin

Dans le cadre de ses 5 à 7 mensuels, l’organisme de vulgarisation scientifique BistroBrain a de nouveau réussi à éveiller la curiosité du public sherbrookois le 5 février dernier. En effet, la salle était comble au Boquébière alors qu’il était question de la sexualité, des émotions et des genres.

LGBTQI2SNBA+ : Les mots de la diversité

Professeure de biologie au Cégep de Sherbrooke, Dominique Dubuc est également auteure et militante pour les droits des minorités sexuelles et de genre.

Pour parler de la diversité liée au sexe, au genre, à l’orientation sexuelle et à l’orientation romantique, l’auteure utilise l’acronyme LGBTQI2SNBA+. Il s’agit d’un choix pratique, voire esthétique, puisqu’aucun acronyme officiel n’existe. Ce qui importe, c’est que même dans sa version courte, LGBT+, l’acronyme inclut toutes les personnes, qu’elles soient homosexuelles, bisexuelles, transgenres, queers, en questionnement, alliées, asexuelles, bispirituelles, non-binaires ou autres. De ce fait, certains individus préfèrent parler de minorités sexuelles et de genre pour se référer aux personnes marginalisées.

La professeure souligne l’importance des termes LGBT+ pour les individus issus des minorités sexuelles et de genre : «Un vocabulaire riche et nuancé rend compte de la diversité des réalités vécues et permet l’auto-identification des personnes [ainsi que] la prise en compte des défis spécifiques rencontrés par les personnes qui vivent ces réalités.» Il importe ainsi d’écouter les mots qu’une personne choisit pour décrire sa réalité.

L’hétérocisnormativité figure parmi les enjeux exposés par l’auteure. Il s’agit d’un modèle prônant des relations hétérosexuelles entre hommes et femmes cisgenres, donc, dont le genre ressenti correspond au sexe biologique assigné à la naissance, afin d’éventuellement fonder une famille. Ce modèle, souvent utilisé pour déterminer ce qui est normal et valide, discrimine les minorités sexuelles et de genre, de même que les individus qui ne souhaitent pas avoir d’enfants.

En plus d’être à l’origine de l’homophobie et de la transphobie, le modèle de l’hétérocisnormativité impose aux jeunes enfants intersexués des opérations chirurgicales visant à normaliser leurs caractéristiques sexuelles. Ces opérations, ainsi que les nombreux examens médicaux qui suivent, tendent à entraîner des conséquences psychologiques, telles que des troubles identitaires, ainsi que des conséquences physiques, telles que l’infertilité et l’incontinence, chez les enfants qui les subissent. L’Organisation des Nations Unies condamne aujourd’hui ces pratiques.

Quand le genre bouscule les aspirations scolaires et professionnelles

En 2018, Julie-Christine entame une recherche visant à qualifier les enjeux psychologiques, scolaires et professionnels vécus par les personnes trans et non-binaires de la province, de même que leur expérience avec les soins et les services auxquels elles ont accès. Son intérêt pour le sujet lui est venu alors qu’elle travaillait comme psychoéducatrice au CIUSSS de l’Estrie et qu’elle a été amenée à soutenir une jeune personne trans en détresse psychologique dans ses démarches de recherche d’un emploi étudiant.

Le processus de transition n’étant pas linéaire, voire uniforme, les 182 individus ayant participé à l’enquête en ligne peuvent être autant à l’étape du questionnement qu’au moment où la transition est jugée complète par la personne. Ces individus ont entre 14 et 68 ans.

Les données récoltées dans le cadre de cette étude permettent de conclure qu’un nombre important de personnes trans abandonnent leurs études ou reportent leur inscription à un établissement scolaire. Parmi les hypothèses posées pour expliquer ce phénomène, il y a les ressources temporelles et financières requises pour effectuer le processus de transition, ainsi que le fait qu’il peut être souhaité d’attendre que la transition soit complétée avant d’intégrer le milieu scolaire.

Cette étude met en évidence une situation alarmante : 63 % des personnes participantes ont un niveau de détresse psychologique qui dépasse le seuil clinique. De plus, 23,2 % de l’échantillon ont eu des pensées suicidaires au cours de la dernière année. Cette détresse semble plus importante chez les personnes n’ayant pas encore entamé le processus de transition. Elle tend toutefois à demeurer, notamment en raison de la discrimination à laquelle font parfois face les personnes trans ainsi que des difficultés liées à l’accès à certains services.

Julie-Christine Cotton conclut en partageant des pratiques permettant de favoriser la diversité dans une culture organisationnelle. Elle recommande de ne pas assumer l’identité de genre d’une personne et de toujours utiliser les pronoms et les noms appropriés, même en l’absence des personnes concernées. Elle rappelle qu’il faut accepter de faire des erreurs et de prendre conscience de son privilège d’être cisgenre lorsque c’est le cas. Elle propose également des manières de rendre les institutions plus inclusives, telles que la création de salles de bain non genrées et la révision de documents faisant preuve de cisnormativité.

Technologies et développement des adolescents

En collaboration avec la Fondation Jasmin Roy et l’Institut Pacifique, le professeur de psychologie Miguel M. Terradas et le stagiaire postdoctoral Vincent Domon-Archambault, tous deux de l’Université de Sherbrooke, ont lancé le projet des ateliers 360. Ce projet, qu’ils souhaitent déployer dans l’ensemble du Québec, consiste à concevoir des capsules employant la réalité virtuelle afin de conscientiser les jeunes du secondaire à l’intimidation et à la violence.

Récemment, les étudiantes Anne-Laurence Gagné, Kelly Laflamme et Lauriane Maheu ont mené une étude préliminaire visant à mesurer scientifiquement les impacts des ateliers 360 sur les comportements des jeunes. L’empathie, soit la capacité de se mettre à la place de l’autre dans une situation et de ressentir quelque chose à la vue d’une situation, ainsi que l’autorégulation, soit la capacité de ne pas se laisser submerger par ses émotions et celles des autres, constituent les deux principales variables étudiées.

Selon les résultats obtenus par les trois étudiantes, les ateliers 360 ne semblent pas avoir d’effets significatifs sur l’empathie des jeunes. Il apparaît pourtant que, après le visionnement des capsules et des discussions en classe, il y a eu une amélioration de l’autorégulation chez les garçons, particulièrement ceux de troisième secondaire. La présente recherche ne permet toutefois pas d’expliquer ce phénomène. Malgré les résultats peu concluants de cette étude préliminaire, les étudiantes notent tout de même que les ateliers 360 ont des retombées positives, notamment en ce qui concerne les capacités de réflexion et d’introspection des jeunes.


Crédit Photo @ BistroBrain

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