Black Panther : à l’aube d’une nouvelle ère cinématographique

Par Élizabeth Dubé

Le 16 février dernier, de nombreux amateurs de l’univers Marvel attendaient avec impatience la sortie du plus récent film de la franchise, Black Panther. Il s’agit du tout premier long métrage présentant les aventures d’un superhéros noir. Véritable éloge à la culture africaine, le film est rapidement devenu un phénomène mondial.

L’histoire prend place dans une nation africaine fictive : le Wakanda, où technologie et traditions se confondent pour créer la civilisation la plus évoluée. À la suite des nombreuses guerres qui ont déchiré la Terre, le Wakanda prend la décision de cacher ses richesses au reste du monde afin de protéger et de préserver sa précieuse ressource, le vibranium. Il s’agit du métal le plus résistant dans l’univers Marvel, servant aussi bien à la conception d’armes de destruction massive qu’à la fabrication de vêtements. Lorsque le roi du Wakanda T’Chaka décède tragiquement dans Capitaine America : guerre civile, c’est son fils, le prince héritier T’Challa (Chadwick Boseman), qui lui succède et qui reçoit les pouvoirs de la déesse panthère noire. À peine est-il proclamé roi que les démons du passé refont surface, détruisant l’unité des clans et la paix qui régnait sur le pays. Avec l’aide de sa jeune sœur Shuri (Letitia Wright) et de l’armée guerrière du Wankanda, T’Challa tentera de réparer les erreurs du passé. Le long métrage se termine avec un souffle d’espoir pour le Wakanda, et pour le reste de l’humanité.

Combattre le feu par l’image

Le plus récent film de Marvel s’inscrit bien dans l’actualité politique actuelle. Il se veut une réponse directe aux propos du président américain Donald Trump qui qualifie les pays d’Afrique, d’Haïti et du Salvador de « shithole countries ». Le film Black Panther présente une nation africaine bien ancrée dans ses traditions, technologiquement supérieure et paisible.

Contrairement à ce qui est normalement mis de l’avant, ici c’est la communauté noire qui en impose à l’homme blanc. Pour l’actrice Danai Gurira, qui incarne la chef guerrière de l’armée du Wakanda, il s’agit d’une sorte de revanche : « Je suis mi-américaine, mi-zimbabwéenne, dit-elle. Je connais le potentiel d'où je viens, mais je vois comment le monde en a une fausse représentation. Le film célèbre la richesse de la culture africaine. Sa beauté, ses habiletés et ses ressources. [...] De le voir à grande échelle au cinéma avec le prisme épique de Marvel a été un baume sur mes blessures. »

En effet, quelques jours après sa sortie en Amérique de Nord, le film avait déjà rapporté 242,2 millions de dollars, pour un total de 426,6 millions à travers le monde. Réalisé par Ryan Coogler, le film bat plusieurs records et surpasse de nombreuses mégaproductions telles que : A Wrinkle in Time, The Strangers : Prey at Night et Red Sparrow.

Selon l’analyste d’Exhibitor Relations Co., Jeff Bock, « les premières recettes à l'étranger de Black Panther mettent fin au mythe selon lequel les films principalement noirs ne peuvent pas rapporter d'argent en Europe ». Il ajoute également que : « De la même manière que Wonder Woman a brisé le plafond de verre et montré que les femmes pouvaient prendre d'assaut le box-office, Black Panther devrait prouver que les Noirs américains peuvent tout rafler au box-office à la tête des grosses productions. »

La culture africaine dans toute sa splendeur

Le film Black Panther crée un abysse entre les stéréotypes souvent présents en Afrique, dépeignant un pays défavorisé peinant à se développer et le Wakanda, une nation forte, qui a su résister à l’esclavage et à la colonisation. L’impact des décors fait toute la différence dans cette œuvre cinématographique. La chef décoratrice Hannah Baker s’est vu lancer tout un défi quant à la représentation de la capitale du Wakanda, Golden City : « Le défi était d’imaginer une vision futuriste de l’Afrique. Qu’est-ce que les Africains auraient fait s’ils avaient gardé le contrôle de leur culture, s’ils n’avaient pas été colonisés? Comment leurs cultures se seraient-elles entremêlées? »

Les traditions africaines prennent une grande place dans l’ensemble du film, que ce soit dans l’architecture des immeubles, dans les costumes typiquement traditionnels ou dans le déroulement des cérémonies. La culture africaine a une place omniprésente dans l’ensemble de la réalisation. Néanmoins, la technologie futuriste qu’offre le vibranium a tout autant sa place dans la société Wakandaise. L’équipe de production a réussi à créer un élégant mélange entre la technologie et la tradition, où les deux opposés se confondent au lieu de s’écraser.

L’acteur principal, Chadwick Boseman, que l’on peut aussi retrouver dans Marshall, Get on up et Gods of Egypt, illustre l’importance d’avoir un superhéros noir : « Il n'y avait pas beaucoup de superhéros qui me ressemblaient quand j'étais enfant et Black Panther était central dans l'univers Marvel. Il dirige le pays le plus riche, c'était aussi un physicien, avec une spiritualité très importante, une connexion forte avec ses ancêtres, ce qui est capital dans la culture africaine. » De plus, selon Ahmed Best, acteur afro-américain bien connu pour avoir joué dans la trilogie Star Wars, le phénomène Black Panther s’apparente à l’élection de l’ancien président américain Barack Obama en 2008 : « Grâce à lui, les enfants noirs dans le monde pensent "je suis capable de faire ça parce que lui l'a fait". »

Mission accomplie?

Malgré le succès ahurissant du plus récent film de Marvel, qui ouvre la porte à de nombreuses autres productions afro-américaines, une question demeure : le but du film n’est-il pas trop explicite? Selon vous, le fait que seulement deux acteurs blancs (Andy Serkis et Martin Freeman) fassent partie de la distribution des rôles s’avère-t-il un impact sur le message d’égalité et d’ouverture que tente de lancer Marvel à travers Black Panther? En dépit de ce questionnement, le film demeure un succès international et l’engouement grandissant de la population ne peut, pour sa part, être remis en question.


Crédit Photo @ Marvel

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