Bowie, retour sur une carrière légendaire

Par Benjamin Le Bonniec & Edouard Guay

Ces derniers jours, les médias n’ont cessé de parler de Bowie dans toutes ses dimensions. Si l’artiste, adulé par des générations successives, a pris cette portée au cours des années, c’est surtout en raison d’une capacité à se renouveler inlassablement. Bowie, c’est plusieurs personnages, c’est des changements de style, entre pop, rock, funk, soul et électro. C’est aussi 140 millions d'albums vendus, un passage par le mime et 38 rôles au cinéma. Le mythe Bowie s’est inscrit dans la continuité, à la différence des Morrison, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Kurt Cobain et consorts. Nous avons retenu cinq périodes ou dates marquantes de la carrière du caméléon du rock, des moments qui pour nous ont contribué à placer Bowie au panthéon des meilleurs artistes de tous les temps et faire ainsi vivre la légende.

Space Oddity en tête des classements

En 1969, Space Oddity sort en single et atteint la première place des charts britanniques. Revêtant le costume du major Tom, Bowie se révèle enfin au grand public après quelques années d’un début de carrière en dents de scie. Faisant écho des premiers pas de l’homme sur la lune, la chanson a d’ailleurs été reprise par la BBC pour la retransmission des images, de l’atterrissage d’Appolo 11. S’inspirant de la thématique spatiale, cette chanson marque le début d’un cycle pour l’artiste, il la reprendra largement dans The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars (1972), notamment avec la chanson Life On Mars. Devenue emblématique, Space Oddity révèle un artiste d’une autre planète, un homme qui dans les années suivantes saura marquer de son empreinte le monde de la musique.

Le Thin White Duke

Après un début de décennie couronné de succès avec Ziggy Stardust, Aladdin Sane et Young Americans, Bowie s’inscrit dans un renouveau artistique avec le chef-d’œuvre Station to Station en 1976. Avec cet album, Bowie explore la musique funk et soul, incorpore des synthétiseurs et s’inspire des rythmiques lancinantes propres à des groupes allemands de l’époque, tels que Can ou Neu! Enregistré en dix jours à Los Angeles, cet album mystérieux marque le début de la période berlinoise de Bowie, tant dans le style expressionniste que dans l’approche musicale. Son personnage du Thin White Duke, incarnant le chic des aristocrates et le style des cabarets est créé lors de la composition.

La Trilogie berlinoise

Poursuivant sur sa lancée inspirée par l’Allemagne, Bowie s’envole pour Berlin pour y composer l’immense Low, un savant mélange d’art rock expérimental, d’électronique, de pop et de musique ambiante à la Philip Glass. Aidé de ses comparses Brian Eno et Iggy Pop et d’une dizaine d’instruments de tous genres, Bowie plonge dans une approche avant-gardiste et anti-commerciale qui déroute bien des fans de première heure du musicien. Après qu’il ait été lancé en 1977, aucun single ne sort suite à l’album, ce qui ne l’empêche pas d’être parmi les principales influences de groupes comme Nirvana ou Guns N’Roses. Deux autres albums découleront de cette période, soit Heroes la même année, dont plusieurs paroles sont en allemand, et Lodger en 1979. La Trilogie berlinoise est considérée par plusieurs comme étant la période la plus inspirée de Bowie.

Les années MTV et le revirement Dance

Le début des années 1980 marque un tournant dans la carrière de l’artiste. Scary Monsters (1980) devient un immense succès planétaire, Ashes To Ashes atteint des sommets impressionnants. Bowie, à l’instar de Joy Division, donne une dimension plus agressive à sa musique avec le post-punk. Puis les tubes pleuvent en tombant dans une inspiration dance music, Under Preassure avec les compatriotes de Queen ou l’immense Let’s Dance en 1983. L’époque MTV est lancée, Bowie multiplie les prestations scéniques et les collaborations avec les plus grands comme Madonna ou Michael Jackson. David Bowie est devenu un géant, un grand parmi les grands, il est alors à l’apogée de sa carrière déjà immense. La suite avec les années 1990 marquera le retour au rock expérimental et la reprise de sa collaboration avec Brian Eno sur 1. Outside.

La Renaissance

Après une période plus creuse dans les années 1990, qui a notamment donné de bons albums comme Outside ou Earthling, Bowie se fait beaucoup plus discret au début des années 2000, donnant quelques spectacles et jouant quelques rôles au cinéma. Le grand artiste finira par mettre fin à une absence de dix ans sur disque, en retournant au son glam-rock entraînant qui a fait sa renommée sur le surprenant The Next Day et trois ans plus tard, en exploitant le jazz et la musique de musical sur Blackstar. Ces deux albums, tous les deux encensés par la critique et le public, ne seront pas suivis de spectacles, Bowie se faisant vieillissant, mais ils viendront couronner une carrière exceptionnelle et variée qui s’échelonne sur un demi-siècle.


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