Brève histoire des droits civiques aux États-Unis

Le 25 mai dernier, à Minneapolis, George Floyd, un Américain de 46 ans, a été assassiné par un policier qui l’a maintenu au sol, genou derrière le cou, pendant presque 8 minutes et 46 secondes. Les trois autres policiers l’ont regardé s’exécuter sans intervenir. Ses derniers mots furent « I can’t breathe ». Cet évènement a été la goutte de trop pour la communauté noire. Cela a donné lieu à plusieurs manifestations contre la brutalité policière aux États-Unis et à travers le monde. Pour tenter de comprendre l’origine de ces contestations, il est important d’explorer l’histoire du peuple afro-américain aux États-Unis. 

Par Josiane Demers

 

L’esclavage

Au début du 17e siècle, les colonies britanniques ne forment toujours pas un pays indépendant. À la même époque, des Africains sont kidnappés et transportés par bateau vers les ports de ce qui deviendra temporairement l’Amérique du Nord britannique. L’objectif était d’en faire des esclaves.

Suite à la Déclaration d’indépendance des États-Unis, le Massachusetts est le premier État à adopter une loi « anti-esclavage ». Au départ, dans la Constitution de 1760, rien n’abolissait la pratique. Par contre, 3 cas impliquant des esclaves se sont rendus en Cour suprême où les droits des personnes noires ont été reconnus. Suite à cela, l’esclavage est aboli au Massachusetts.   En 1820, les États du Nord rendent illégale la pratique, mais continuent tout de même de financer les États du sud qui eux possèdent toujours des esclaves. 

Des querelles s’accumulent entre le nord et le sud des États-Unis, surtout au sujet de l’esclavage, ce qui mène à la guerre de Sécession en 1861. L’année 1865 marque la fin du conflit et l’abolition de l’esclavage. La même année, alors qu’Abraham Lincoln est président des États-Unis, le 13e amendement est annexé à la Constitution. Il stipule que « Ni esclavage ni servitude involontaire, si ce n’est en punition d’un crime dont le coupable aura été dûment convaincu, n’existeront aux États-Unis ni dans aucun des lieux soumis à leur juridiction. » 

 

Les droits civiques

Dans les années 1960, alors que le sud du pays se positionne en faveur de la ségrégation et aux lois Jim Crow, plusieurs leaders noirs se démarquent. Rosa Parks fait partie de l’histoire, car elle a refusé de céder sa place à une personne blanche dans un autobus de Montgomery en Alabama. Elle fut arrêtée et on lui imposa une amende de 15 $. Avec l’aide du pasteur et activiste Martin Luther King Jr., les Afro-Américains de l’Alabama s’organisent et cessent de prendre l’autobus pendant 380 jours. La cause de madame Parks se rend en Cour suprême et la loi dans les autobus est alors déclarée anticonstitutionnelle. 

D’abord présenté au Congrès par le président John F. Kennedy, le Civil Rights Act est adopté par le gouvernement du président Johnson le 2 juillet 1964. Cela impliquait que « la discrimination selon la race, la religion, le sexe ou l’origine nationale dans les bâtiments publics, dont les écoles, ainsi que dans les pratiques d’embauche et le processus électoral » serait dorénavant interdite. 

Malcom X et Martin Luther King Jr. sont deux figures de proue du mouvement des droits civiques aux États-Unis. Bien qu’ayant deux styles de leadership distincts, les deux militent pour l’égalité du peuple afro-américain. Ils sont respectivement assassinés le 21 février 1965 et le 4 avril 1968.

 

#Blacklivesmatter

Depuis l’acquittement du policier ayant tué Trevor Martin en Floride, la frustration augmente dans la communauté. Black Lives Matter (BLM) est d’abord un hashtag utilisé sur les réseaux sociaux pour la première fois alors qu’Alicia Garza, une militante afro-américaine, écrit un article sur l’évènement et se fait répondre #blacklivesmatter par Patrisse Khan-Cullors. Les deux femmes se joignent alors à l’écrivaine et activiste Opal Tomeiti et fondent officiellement, en 2013, le mouvement BLM. En 2015, il devient un mouvement officiel de la défense des droits civiques. 

En 2014, Michael Brown est tué à Ferguson par un policier blanc alors qu’il n’est pas armé. Des manifestations éclatent à travers le pays. Plusieurs autres évènements similaires se produisent. En 2015, le mouvement BLM lance Campaign Zero. Cette initiative résume un plan pour éliminer la brutalité policière et le profilage racial. Sur la page web du projet, on peut lire « Nous pouvons vivre dans un monde où la police ne tue pas en limitant le nombre d’interventions, en améliorant les relations avec la communauté et s’assurant qu’elle soit imputable ». En 2016, BLM compte des organisations à travers le monde, notamment au Canada, en France et au Brésil. 

Au sujet des manifestations de 2020, Opal Tometi explique en quoi elles sont différentes des précédentes. Elle insiste sur le fait qu’avec le confinement dû à la COVID-19, les gens semblent davantage prendre le temps de comprendre les enjeux et sont également plus sensibles à ce que vivent les autres. Ils ont plus de disponibilités pour s’impliquer dans le mouvement. Les alliés blancs se manifestent davantage et de façon plus évidente. Il faut également considérer que les images diffusées montrant le meurtre de George Floyd sont particulièrement choquantes et ont provoqué plusieurs réactions dans la population en général.

 

La COVID-19 et les disparités

La pandémie de la COVID-19 a mis en lumière les inégalités sociales existantes. Dans des États comme la Louisiane et le Winsconsin dont respectivement 30 % et 28 % des citoyens sont afro-américains, environ 70 % des victimes du nouveau coronavirus sont des personnes de race noire. « Être noir en Amérique, c’est en premier lieu avoir malheureusement un statut social plus faible, ce qui rend plus difficile la distanciation sociale », explique le docteur Jerome Adams, médecin en chef des États-Unis. 

Les Afro-Américains aspirent à un traitement équitable depuis le début du 17e siècle. De l’abolition de l’esclavage jusqu’au mouvement #Blacklivesmatter en passant par les droits civiques, ils réclament l’égalité. Ils dénoncent également la brutalité policière et le profilage racial dont font preuve certaines autorités américaines. Suite aux manifestations, le policier Derek Chauvin, qui a maintenu George Floyd au sol, a été inculpé de meurtre au 2e degré et les trois autres policiers font également face à des accusations. Le 7 juin, Minneapolis a démantelé son service de police afin de repartir sur de nouvelles bases. Enfin, le frère de George Floyd a invité les manifestants à s’exprimer pacifiquement et à voter à l’élection présidentielle de novembre prochain afin de provoquer des changements concrets. 



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