Ça ne ressemblait pas à ça dans le catalogue...

Par Andrée-Anne Roy

Une expression quétaine et sans doute très vraie nous rappelle qu’il faut toujours être fidèle à soi-même. Pour cela, il faut avoir les valeurs aux bonnes places et surtout se connaitre en tant qu’individu.

Avez-vous déjà fait rencontre avec vous-même? Moi, je me réessaie tous les jours et je tombe souvent sur une facette assez fermée, devant une certaine gêne. Comment peut-on espérer se présenter aux autres en se posant d’innombrables questions? C’est ainsi que j’essaie d’apprendre à me connaitre et c’est beaucoup plus difficile que je l’aurais pensé. Nous sommes habitués de nous voir à travers le regard des autres, par leurs questions, leurs doutes, leurs surprises. La rétroaction nous permet de voir ce qui cloche chez nous, ce qui est peut être génial, mais sans celle-ci, nous sommes voués à cet indéniable reproche envers nous-mêmes : ne pas être à la hauteur. Et à la hauteur de quoi?

On peut prétendre connaitre quelqu’un jusqu’à ce qu’on ait vu cette personne s’emporter, péter sa coche comme on dit en bon français. Je parle pour moi et pour bien d’autres je crois, mais rien ne me fait plus rager que la simple idée de devoir « monter » un meuble Ikea. C’est vrai, notre tempérament transparait si vite lorsque la pression monte et que quelque chose ne va pas comme on le voudrait!

Tout semble toujours beau de l’extérieur, jusqu’à ce qu’on ose ouvrir la fichue boite. Que l’on veuille faire ce meuble seul ou en équipe, que l’on se partage les tâches ou non, il faut toujours commencer par le début et ce n’est pas par l’étagère du haut... À ce moment, la paresse s’empare de nous et on tente d’y mettre tous nos efforts et surtout notre créativité. Malheureusement, on doit souvent tout recommencer puisque certaines fois, il est préférable de ne pas faire à sa tête et de voir ce qui est prévu. Tentez l’expérience en essayant d’apposer un cadre sur un mur à deux : vous finirez par penser que c’est le plancher qui est croche...

Suivre des instructions, quoi de plus réprimant. C’est en testant sa patience et sa minutie qu’on monte le meuble tel qu’illustré sur l’image. C’est toutefois en y allant selon notre logique et selon notre œil de menuisier qu’on se lance souvent sans parachute, sans véritables connaissances et surtout sans marteau.

J’aimerais pouvoir dire que mon autoapprentissage se fait aussi instinctivement, mais je vous dirais que je ne sais comment m’y prendre. Se poser soi-même des questions engendre des réponses biaisées puisqu’on s’attend à quelque chose de précis. Apprendre à se connaitre, c’est comme aller sur une première date, tu sais que ça peut être plaisant, mais tu ne sais jamais à quoi t’attendre, tu sais jamais sur quel freak tu peux tomber.

Une vis en moins, un peu croche, semi-résistant mais fonctionnel; mon meuble me ressemble.

C’est en comptant les pièces et en se rendant compte qu’il en manque toujours une ou deux qu’on commence l’assemblage. Assemblage qui dure toujours bien plus longtemps que prévu, qui nous accapare et qui nous fait suer, littéralement, et qui s’avère bien la plupart du temps décevant.

L’attirail à portée de main, on constate souvent que seule la petite Allen Key fournie avec les vis est nécessaire pour bâtir notre nouvel achat. Un seul outil pour toutes ces étapes...

Se rencontrer soi-même ne nécessite qu’un seul outil : un peu de temps. Plusieurs prendront ce temps très tôt dans leur jeune vie et se feront un seul chemin, avec des flèches bien lumineuses alors que d’autres ne s’arrêteront que quelques instants par-ci par-là pour se créer un chemin plus sinueux, un peu comme celui du Ikea. Avez-vous déjà constaté que toute la première partie de ce magasin à grande surface n’est présente que pour nous faire rêver et surtout pour nous faire traverser l’entièreté de la marchandise alors qu’il serait bien plus pratique de nous rendre habilement à la section « marché »? C’est en suivant les flèches et les écriteaux qu’on emprunte les mêmes décors que les autres clients qui cherchent éperdument un futon ou un cadre. Le chemin qu’on emprunte nous appartient. Les choix que nous prenons auront une incidence sur la variable temps, le seul outil nécessaire à l’apprentissage de soi.

Le plan suédois aux poubelles, le toupet éméché et les doigts en compote, on se rend compte que notre haine envers ces meubles démontés est peut-être de trop. On ne peut pas tout avoir si facilement, tout fabriqué. Nous devons travailler pour ce que nous voulons et pour qui nous voulons être. Cette lutte, cette construction, c’est du long terme.

Une vis en moins, un peu croche, semi-résistant mais fonctionnel; mon meuble me ressemble. C’est par nos failles, nos histoires et l’acharnement à nous construire qu’on se dresse face aux autres avec conviction d’être le meilleur de ce que nous connaissons.


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