Carotté, ou le mariage étonnant entre le punk et la musique traditionnelle québécoise

Par Natalie Nguyen

Carotté a lancé son deuxième album, Dansons donc un quadrille avant de passer au cash, le 2 novembre dernier. Sa venue à Sherbrooke était la première d’une série de concerts à travers le Québec. Le groupe du comté de Portneuf, près de la ville de Québec, s’est prêté au jeu et a répondu à mes questions quelques jours avant son spectacle du 27 novembre au Centre Culturel de l’Université de Sherbrooke.

Le groupe qui fait dans la musique traditionnelle québécoise et le punk est composé de Médé Langlois (chant), 11e descendant d’une lignée d’agriculteurs, de Manuel Lavallée (banjo, harmonica, guitare acoustique, guimbarde), d’Étienne Bourré-Denis (violon, mandoline, guimbarde, tape-pieds), de Simon Lavallée (basse), d’Éric Roberge (chant) et de Max Doré (batterie). En 2015, le groupe a sorti son premier album Punklore et Trashdition. Quand on tape Carotté dans Youtube, les chansons les plus populaires Tape la Bizoune (2015), Invisible (2015) et Chant de Pot (2018) cumulent respectivement 53 000 vues, 29 000 vues et 27 000 vues.

À l’écoute des morceaux de son deuxième album, on sent que la musique traditionnelle prend plus de place que le punk, contrairement au premier album. On sent aussi plus de contrôle du côté du chant. Enfin, la thématique de la vie à la ferme est plus omniprésente que jamais.

L’entretien réalisé avec Médé, sympathique membre de la formation musicale, est rapporté ci-dessous.  

D’où vient l’inspiration pour le nom du groupe?

Au Québec, carreauté s’utilise pour désigner un motif qui a des carreaux. Comme pour les chemises à carreaux. Les premiers à employer ce terme seraient originaires de Neuville. Manuel Lavallée (banjo) a suggéré ce nom pour le groupe, car les fans de punk rock ou de musique traditionnelle portent du carreauté.

D’un côté, vous avez le traditionnel et de l’autre le punk, qu’est-ce qui vous unit comme groupe?

Des paroles engagées dans nos chansons. Les membres du groupe ont écouté les deux genres étant jeunes, donc la cohabitation du punk et du traditionnel dans notre musique se fait naturellement.

À l’ère où la musique pop monopolise les radios, est-ce que le fait d’écrire des paroles de chansons qui ne parlent pas de peines d’amour et de cœurs brisés est un choix que vous assumez pleinement? Est-ce un thème que vous allez explorer éventuellement?

NON! Rendus en 2018, pas besoin que notre musique passe à la radio pour qu’elle se diffuse. Plusieurs nous découvrent sur le web grâce aux nombreux partages, ils viennent nous voir en concert et voilà!

Où trouvez-vous l’énergie et le temps de faire de la musique professionnelle considérant que vous êtes agriculteur (métier difficile et en voie de disparition)?

La musique me fait sortir du quotidien. Le quotidien d’agriculteur est difficile, donc c’est plus que nécessaire de garder des passions, décompresser et décrocher de la vie sur la ferme.

Quel est votre public cible?

On vise de 28 ans à 60-65 ans. Parfois, on voit des petits de 5 ans, ça nous fait bien plaisir!

Chant de Pot : lancé le jour de la légalisation du cannabis au Canada, pour quelles raisons?

La chanson a été enregistrée en février 2018. Il était important de souligner la légalisation du cannabis. Il est dommage que la culture du cannabis ait été limitée à quelques gros joueurs. Nous voulions revendiquer qu’au niveau financier, c’est déjà difficile d’être agriculteur au Québec et avec la légalisation du cannabis au Canada, c’était là une occasion de faire d’une pierre deux coups : puisque les agriculteurs se font déjà inspecter par la MAPAQ, la culture du cannabis aurait pu leur être refilée pour leur donner un coup de pouce financier.

D’après votre vision, en quoi votre 2e opus se démarque du 1er?

Le premier opus était plus précipité, le 2e opus est plus réfléchi.

Le meilleur spectacle que le groupe ait donné depuis ses débuts?

C’est pas une question facile… C’est à l’auberge Sea Shack à Sainte-Anne-des-Monts. On joue 1 fois par année devant un petit public, 200-300 personnes, l’ambiance est festive et incroyable.

Est-ce que le groupe a des plans outre-Atlantique?

À l’automne 2019, on aimerait visiter nos cousins français. On va garder l’accent et les paroles qui nous sont uniques au Québec et desquels notre musique est empreinte. La musique traditionnelle québécoise est un mélange breton et celtique (irlandais), donc nos cousins français vont avoir la chance de voir comment celle-ci a évolué.

Médé conclut l’entrevue avec le mot de la fin : « Dansons donc le quadrille avant de passer au cash. Ce qui veut dire de lâcher le cellulaire, la job et venir fêter! »

La formation musicale aura un agenda rempli à l’hiver et au printemps avec la promotion de leur deuxième album aux quatre coins du Québec. Par ailleurs, le projet d’aller outre-Atlantique étant pour bientôt, les membres du groupe auront donc la chance d’entendre des Français scander « Swing la bacaisse dans l'fond d'la boîte à bois »!


Crédit Photo @ Jessy Fuchs

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