Le cas Raïf Badawi, une histoire sans fin

Par Érika Aubin

Raïf Badawi. Vous connaissez probablement ce nom ou vous l'avez déjà entendu quelque part. Ce nom est devenu populaire au début de l'année 2012. Malheureusement, c'est pour une raison déplorable que l'histoire de Raïf Badawi a fait le tour du monde en si peu de temps. Dernièrement, les médias ont laissé de côté son cas. Pourtant, cet homme se trouve encore en Arabie Saoudite enfermé quelque part dans une sombre prison.

Raïf Badawi vivait paisiblement en Arabie Saoudite avec sa femme et ses trois enfants lorsqu'il eut l'idée de transmettre ses opinions politiques, grâce à son blogue Free Saudi Liberals, avec des textes qui n'ont pas plu au gouvernement en place. Après avoir reçu plusieurs menaces des autorités, c'est en 2012 que l'homme d'opinion a définitivement été arrêté et il demeure emprisonné depuis ce jour. La cause de son arrestation : avoir critiqué des hommes religieux saoudiens. Badawi a été condamné à 1000 coups de fouet. D'ailleurs, il a reçu les cinquante premiers, et doit loger pendant dix ans derrière les barreaux. Sa femme et ses enfants sont désormais des citoyens du Canada où ils sont venus s'y réfugier, et plus particulièrement dans notre ville sherbrookoise. Vous aurez sans doute remarqué la grande photographie qu’arbore notre centre-ville.

Amnistie Internationale est impliquée de très près dans ce dossier et poursuit sa campagne avec autant d'adversité pour tenter de libérer M. Badawi.

Béatrice Vaugrante, directrice de la section francophone d'Amnistie, travaille conjointement avec Stéphane Dion, ministre des Affaires étrangères, à ce dossier. Mme Vaugrante aimerait que le gouvernement canadien augmente la pression auprès des autorités saoudiennes et que le premier ministre, Justin Trudeau, s'implique personnellement dans cette affaire. M. Trudeau a affirmé dans une entrevue avec La Presse canadienne qu'il ne prévoyait pas « dans l'immédiat » prendre en main ce dossier. Notre premier ministre a aussi ajouté que ce n'est pas en mettant une forte pression sur le gouvernement saoudien que cela allait améliorer la situation. Malgré tout, Béatrice Vaugrante confirme que le gouvernement libéral est plus communicatif à la situation de M. Badawi que lorsque M. Harper siégeait à la tête du gouvernement.

La famille de Raïf Badawi est désormais fière citoyenne du Canada. Par contre, M. Badawi ne possède pas de citoyenneté canadienne puisque les membres de sa famille sont déménagés à cause de son arrestation. La question se pose à savoir s'il est réellement du devoir du gouvernement canadien d'intervenir dans une telle situation. Au nom de la liberté d'expression, l'homme ne mérite pas son emprisonnement, mais jusqu'à quel point le parti de Justin Trudeau se doit de compromettre ses relations avec l'Arabie Saoudite? Surtout en sachant que le Canada possède un accord important avec ce pays arabe quant au pétrole. Bref, Justin Trudeau ne désire peut-être pas s'embarquer dans cette histoire pour des raisons économiques et politiques plus importantes que celles apparentes.

Un cas qui demeure malheureusement à suivre, de près.


 

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