Célébrer la diversité, le premier Diversi-Drag : la réussite de l’année

Par Ariane Drainville

Le 30 octobre dernier, aux Grands-Ducs de Wellington, avait lieu le premier Diversi-Drag, un événement organisé par le Comité Diversité de la Faculté de droit afin d’amasser des fonds pour ses activités. En plus d’assister au spectacle, Le Collectif a pu s’entretenir avec les membres du comité qui allaient se transformer le temps d’une soirée.

En quoi consiste le Diversi-Drag?

Drag : Art de personnification où une personne se déguise en femme (drag-queen) ou en homme (drag-king) et se donne en spectacle, généralement sur scène. Les numéros les plus communs dans l’univers du drag sont le lipsync, la danse, le défilé de mode et la comédie.

C’est ce qui nous a été présenté le 30 octobre dernier, où quatre étudiants et une étudiante de droit se sont prêtés au jeu dans le cadre d’une levée de fonds pour le comité Diversité. Les cinq personnages qui nous ont été présentés, tous plus singuliers et attachants les uns que les autres, sont Queen D (Karl Boulanger), Sheiliche (Sheila Suos), Fatty Titi (Simon Robert-Jourdain), Mama Bear (Alexis Wawanoloath) et Hélène de Beauvoir (Antoine Poirier-Godon). Ils étaient encadrés par Miss Fountain (Justin Fontaine, étudiant en piano classique à l’UdeS), qui pratique le drag depuis avril 2018. Miss Fountain animait l’événement, en plus de faire valoir ses talents dans plusieurs numéros.

Les buts du jeu

La mission du comité Diversité est de sensibiliser à la diversité sexuelle, culturelle et de genre au sein des milieux juridiques et non juridiques. Par le Diversi-Drag, le comité a souhaité rassembler les gens autour de la diversité dans un événement loin de la sobriété et rassembler la diversité elle-même dans l’audience. Selon Queen D, un spectacle de drag représente parfaitement ces intentions : on tend à rendre cette facette de la diversité plus accessible, pour la déstigmatiser. Le concept de levée de fonds à travers le drag est plus répandu à Montréal; le comité a donc tenté de le transposer à Sherbrooke.

Avec les fonds amassés, le comité prévoit organiser un panel de spécialistes de la diversité des milieux juridique et communautaire, renflouer les coûts d’une bannière et créer des capsules éducatives, entre autres.

Drag-queen d’un jour

Il est 18 heures, le spectacle commence dans environ trois heures et demie et on sent la fébrilité qui commence à s’installer dans la loge, alors que les queens se font maquiller par Miss Fountain et Gina Gate, une drag-queen bien connue du milieu sherbrookois. Je m’entretiens avec Queen D, qui vit de surprise en surprise, au fur et à mesure que son visage change. Elle me raconte qu’elle a été initiée au drag principalement en fréquentant les milieux gays de Montréal.

Es-tu attiré naturellement à faire du drag?

« Je n’ai pas la fibre artistique ni l’audace de faire du drag, mais, dans le cadre d’une levée de fonds et d’une expérience d’un jour, ça me fait plaisir de le faire et je crois que c’est une belle expérience. On va en sortir en riant et ça fait du bien parfois de piler sur notre sérieux et de décrocher. Tu sais, on étudie en droit, on est toujours dans un cadre juridique assez sérieux. »

N’est-ce pas difficile de piler sur son orgueil?

« Je crois que ceux et celles qui sont ici n’ont pas vraiment un orgueil qui les empêche de faire ce genre de chose et tout le monde participe sur une base volontaire. On est à l’aise avec le ridicule, même si je crois qu’on sera très belles, qu’on n’est pas clownesques. »

Hélène de Beauvoir, qui se prépare non loin, ajoute : « Nous allons essayer de donner un bon show. L’objectif est d’être la meilleure drag possible. »

Comment avez-vous fait pour que l’événement se déroule dans le respect?

« On s’entoure de gens qui connaissent l’art pour bien le faire, comme Miss Fountain et Gina Gate » répond Queen D.

« Les Grands-Ducs de Wellington est un symbole de la diversité à Sherbrooke et il accueille chaque samedi des spectacles de drag-queen provenant de Sherbrooke, Montréal et Québec. Ça rend la démarche plus respectueuse de faire l’événement dans un lieu comme celui-ci » ajoute Miss Fountain.

La mentore, Miss Fountain

Celle qui qualifie son personnage drag d’osé affirme que le drag est pour elle un moyen de faire de la musique pop (rappelons qu’elle étudie le piano classique) et de s’exprimer. D’ailleurs, depuis qu’elle a commencé cet art, Justin, de jour, se sent plus masculin, car il réussit à évacuer le trop-plein de féminité qu’il ressent, le temps d’un spectacle de drag. C’est aussi un bon moyen pour lui de défier les gens qui l’ont jugé pour sa féminité dans le passé en l’exploitant à son comble.

En avril 2018, elle a participé à la compétition Sherby drag race, organisée par Gina Gate, qui est depuis devenue sa drag mother. Elle a gagné le titre de Miss personnalité et, depuis, sa carrière a connu une ascension fulgurante. Elle dit avoir beaucoup progressé au travers de ses six spectacles en carrière.

Les bilans

Après un spectacle fort divertissant qui a réuni une soixantaine de personnes (majoritairement des femmes étudiant en droit), les cinq drag-queens d’un jour vivaient toute une gamme d’émotions, y compris une grande satisfaction. Comme c’était la première édition, le comité n’avait pas d’attente particulière, sauf de renflouer les coûts de l’événement et d’avoir du plaisir, deux buts atteints haut la main.

Personnellement, je m’attendais à couvrir l’événement de l’œil extérieur de la personne qui tente de s’y intéresser, mais qui se bute à des concepts complexes… Pas du tout! J’ai trouvé tout le monde très accessible, ouvert à partager son expérience avec moi et surtout, rempli de bonnes intentions. Malgré le fait que ce soit un spectacle amateur, il était si enlevant qu’il m’a donné envie d’en voir d’autres. Je termine avec un petit clin d’œil à Sheiliche et Miss Fountain, les véritables reines de la soirée!


Crédit Photo @ Miss Fountain

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