C’est la taille qui compte

MouflonTre`s prise´es par les chasseurs, les impressionnantes cornes du mouflon d’Ame´rique re´ve`lent des surprises a` des chercheurs sherbrookois. L’animal, pre´sent dans l’Ouest canadien, a fait l’objet d’une e´tude sur la relation entre la taille des cornes des be´liers et la survie de leur proge´niture.

E´liane Beauregard

Sur la corne raide

Les ma^les se servent de leurs cornes pour s’affronter en vue de conque´rir une femelle pour se reproduire. Les deux pre´tendants s’en servent pour se charger et se heurter mutuellement la te^te, et les affrontements peuvent parfois durer plusieurs heures.

Me^me si peu d’e´tudes ont mesure´ le lien entre la taille des cornes et un bagage ge´ne´tique fort, la plupart des biologistes s’entendent pour dire que ces individus engendrent ge´ne´ralement une proge´niture plus forte.

Mieux vaut avoir une bonne paire de... cornes

La conclusion de la recherche peut paraitre surprenante. En principe, de plus grosses cornes seraient plus couteuses a` produire pour l’animal, ce qui devrait diminuer ses chances de survie. Or, il semblerait que les agneaux engendre´s par l’accouplement d’une femelle avec un ma^le arborant des cornes plus imposantes auraient plus de chances de survie lors de leur premie`re anne´e. Quant a` la masse corporelle des ge´niteurs, elle serait sans rapport avec la viabilite´ de la proge´niture.

Les femelles laisse´es-pour-compte

Un des aspects e´tonnants de cette recherche est que les avantages que les be´liers transmettent a` leur fils ne sont pas transmis a` leurs filles, me^me si les ma^les n’offrent aucun soin aux jeunes, ma^les ou femelles.

Les biologistes ne s’expliquent pas ce re´sultat. Ils tentent maintenant de de´terminer si les femelles qui se reproduisent avec les be´liers pourvus de longues cornes investissent plus de soin dans leur proge´niture.

La chasse a` la corne

En Alberta, la chasse au mouflon est re`glemente´e. La loi exige que les cornes des individus aient comple´te´ 4/5 de la boucle forme´e par celles-ci, ce qui est appele´ le crite`re du « 4/5 curl ». Les chercheurs craignent que cette se´lection naturelle, qui favorise l’abattage des ma^les avec de plus grosses et plus longues cornes, puisse nuire a` l’e´volution de l’espe`ce. Les ma^les qui engendrent des agneaux avec un meilleur taux de survie seraient moins nombreux, ce qui pourrait perturber le ratio des sexes.

Fanie Pelletier, titulaire de la chaire de recherche du Canada en de´mographie e´volutive et en conservation a contribue´ a` la publication d’un article dans la revue Biology Letters. Elle et son e´quipe, compose´e de son colle`gue biologiste Marco Festa-Bianchet, de leur ancien e´tudiant au doctorat, Alexandre Martin, et de David W. Coltman, professeur a` l’Universite´ d’Alberta ont signe´ un article intitule´ « Sexually antagonistic association between paternal phenotype and offspring viability reinforces total selection on a sexually selected trait ». Pendant 20 ans, l’e´quipe a collecte´ des donne´es sur les mouflons de Ram Mountain, en Alberta.

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