« La chance de se faire connaitre » ou comment ne pas payer les artistes?

Par Jasmine Rondeau

Un concours, qui n’est probablement pas le seul du genre, circule sur Facebook depuis quelques jours. Un restaurant cherche à refaire la décoration de ses salles de bains et souhaite y mettre en vedette des murales réalisées par des artistes talentueux. Pour participer au concours, il suffit d’envoyer des photos de ses croquis. L’établissement sélectionnera lui-même les trois artistes qui utiliseront chacun une salle de bains comme canevas. Par la suite, les clients décideront de la pièce la plus réussie. Le premier prix : un chèque-cadeau de 400 $ à ce restaurant. De leur côté, le deuxième et le troisième artiste en lice recevront respectivement 200 $ et 100 $ sous le même format, sans oublier le prestigieux prix commun de « pouvoir se faire connaitre ».

La mise en valeur d’artistes québécois dans un environnement fréquenté est évidemment applaudie. Le fait de ne pas leur fournir de rémunération appropriée, lui, porte à se questionner.  Le commerce, un établissement à but lucratif, profitera d’une décoration originale, unique et presque gratuite. Si celui-ci n’accorde pas de grande valeur aux œuvres des artistes de sa région, qui le fera ?

Selon une étude réalisée par Hill Strategies en 2011, le revenu des artistes visuels qui parviennent à faire de l’art leur principale activité est en général 49 % inférieur à celui du Canadien actif moyen.

Pourquoi eux ?

Prenons n’importe quel autre type de travailleur, que ce soit un plombier, un paysagiste, un comptable ou même un plongeur de restaurant. Un chèque-cadeau au montant incertain ainsi qu’une chance de visibilité représenteraient vraisemblablement une paye ridicule pour les services de ceux-ci. Pourtant, les artistes se voient régulièrement offrir ce genre de contrat, sous prétexte qu’ils prennent plaisir à le faire et qu’ils ont besoin de ces expositions s’ils souhaitent un jour vivre de leur art. Le problème est qu’à ce rythme, cela ne risque pas d’arriver de sitôt. Dans un contexte comme celui du Canada, où les artistes peinent à réussir économiquement, il est de la responsabilité sociale des entreprises de les soutenir, et non d’en tirer avantage.

Tout sauf inutiles

Les artistes, quel que soit leur domaine, peignent le paysage culturel et l’identité de leur communauté. Ils décorent nos maisons, nous divertissent, agrémentent nos journées et contribuent à la santé économique – et mentale – du pays. La diversité culturelle, telle que soulignée par David Throsby et l’UNESCO, s’atteint en encourageant la réussite professionnelle de tous les artistes, connus ou très peu, afin qu’ils participent au capital culturel. Si on décide de n’accorder de valeur monétaire qu’aux grands noms, notre culture, élément essentiel au développement d’un pays selon l’UNESCO, sera moins riche. Ainsi, les artistes devraient être considérés comme des membres à part entière de notre société et se voir accorder une rémunération juste et équitable pour tout service performé. Non?

Bien que le vainqueur du fameux concours puisse profiter d’une dizaine de tables d’hôte, il serait plus juste de permettre aux trois artistes participants de payer leur loyer et leurs factures. Bref, de gagner leur vie par le travail qu’ils auront livré. Autrement, le troisième au classement n’accèdera qu’à l’équivalent de huit heures de travail au salaire minimum… en nourriture, à tarif de restauration. À la fin de la journée, le plongeur ressortira plus gagnant.


Crédits Photo © Pixabay Nicole Pina

9 comments

  1. Salomon 27 mai 2017 at 01:04 Répondre

    Ce n’est pas un problème purement québécois.. En France, nous connaissons les mêmes situations et comme le décrit bien Vicky Langlois plus haut, c’est une remise en question du fonctionnement de notre société qu’il faudrait effectuer. Et développer l’éducation à l’art et, de manière plus précise, aux pratiques artistiques professionnelles, comprendre que même s’il y a plaisir et heureusement, il n’y a pas moins d’investissement et de travail.
    Take care.

  2. Martin Lemieux 22 mai 2017 at 12:40 Répondre

    Du plus loin que je me souvienne (les années 80 !), il y a toujours eu ce genre d’arnaque où un artiste visuel est appelé à travailler pour rien, en échange de visibilité. Ce sont les restaurants, les cafés et les bars qui s’adonnent à ce genre de deal, habituellement. En règle générale, ceux qui ne paient rien sont prêts à exposer n’importe quoi et reçoivent les offres d’artistes débutants ou mal renseignés (exemple : Second Cup). Ceux qui paient, opèrent une manière de curation et paient assez souvent en services, comme ici : j’espère qu’ils paient le matériel et qu’ils offrent un reçu pour les impôts. À savoir si cette pratique est bien ou mal… comme vous le dites dans votre article, « à la fin de la journée, le plongeur en ressortira plus gagnant ». Oui, mais le plongeur se fera chier dix fois plus : être artiste, c’est travailler comme pigiste dans une économie de gig, avec tout ce que ça implique. Il est certain par contre, que les conditions de précarité propres aux carrières des différents secteurs de l’art sont inadmissibles et que la répartition du capital dans le milieu des arts révèle des inégalités marquées.

    • Marcelle Hamelin 24 mai 2017 at 09:38 Répondre

      décoré des chiottes c’est le bout de la merde……….j’ai toujours refusées de décorer des restaurants gratuitement, j’espère que les artistes vont se respecter en refusant.

  3. Denise 21 mai 2017 at 10:36 Répondre

    Jamais je ne laisserais mes tableaux décorer leurs salles de bain! J’aurais l’impression que mon travail ne vaut pas de la merde et mes tableaux en sentiraient autant.
    C’est une insulte à mon travail!

  4. Vicky Langlois 21 mai 2017 at 10:28 Répondre

    Malheureusement, comme bien d’autres avant qui se sont exprimés sur ce sujet, cet article est bien plus un texte d’opinion qu’un texte journalistique. Ça manque de recherche, ça ne couvre pas pleinement le sujet et ça apporte une affirmation bien plus qu’une réflexion.
    Analysons d’abord le point comme quoi seul les artistes sont victimes de négociation. De nos jours, cette affirmation est complètement fausse. Tout le monde négocie tout le monde. Si tu dois refaire ta plomberie, ta cuisine ou ton aménagement paysager, tu vas négocier avec chaque quart de métier. Si tu ne le fais pas, c’est toi qui passe à côté. Mon copain est mécanicien et il passe des heures à négocier avec les clients. En plus, lui, il se fait traiter de voleur s’il ne réduit pas la facture, au contraire des artistes qui se font dire qu’ils vont acquérir une belle visibilité. Bref, pour conclure se point, je négocie avec mon électricien quotidiennement et je vous suggère de faire pareil.
    Ensuite, le fameux point du restaurant lucratif. As-tu vérifié les chiffres du dit restaurant? La dernière fois que vous êtes allé dans un café de quartier, avez-vous pris plus qu’un café pour 4 heures de présence à cet endroit? Quand vous allez au restaurant, prenez-vous autre chose que les spéciaux, rabais ou autre promotion? Il faut arrêter de croire que parce qu’un restaurant est plein, les restaurateurs ont les poches pleines. La restauration est un métier très difficile et très peu lucratif si on se met à compter nos heures de travail. Donc, c’est faux de croire que le restaurateur veut volontairement faire de l’argent sur le pauvre petit artiste. Voyez le comme une collaboration au lieu d’une relation profiteur-esclave. Le restaurateur pourrait aller s’acheter 4 tableaux random au Rona, mais il préfère afficher qlqn de sa communauté. Je trouve ça très noble.
    Mon dernier point, et c’est là que je crois que cet article passe à côté de l’essentiel, c’est l’artiste qui vit pauvrement pcq le restaurant ne veut pas lui payer ces oeuvres. Et si on renversait la situation? Et si, au contraire, on se demandait pourquoi les gens trouvent ça cher payer 800$ un tableau d’un artiste local? Pourquoi les gens sont prêts à payer 900$ un tattoo et le même montant pour un ordinateur portable, un cellulaire ou un voyage dans le sud, mais rendu à l’art, ces mêmes gens trouvent ça cher? Je pense que nous manquons d’éducation au niveau de la valeur de l’art. Nous avons un grave problème au Québec: nous demandons à l’artiste de baisser ses prix, mais nous acceptons que le gouvernement nous sur-taxe sur tout. Nous perdons notre pouvoir d’achat à force de payer trop d’impôt, mais nous ne questionnons pas ce fait.
    En somme, le manque de connaissance par rapport à la valeur de l’art (chose qui devrait être enseignée à l’école) combinée à notre faible pouvoir d’achat fait en sorte que l’artiste paie au final. Est-ce vrmt le problème d’un restaurateur qui veut bien faire ou à une société qui ne remet jamais en question ses fondements?

  5. Kim Collin 21 mai 2017 at 09:15 Répondre

    Il est grand temps que les artistes mette leur culotte et dise NON à ce genre de rémunération !…..
    en plus ”décoration de salle de bain”……..toilette …..quoi !
    Ça va changer quand nous artistes on aura une attitude négative face à ces offres……..
    de toute façon si on y pense bien, les miettes ça nous connaient, on ne perdrait pas grand chose……hen !
    Commençons par se respecter comme individu qui fait parti de la société en se faisant rémunérer pour simplement ……ce que nous faisons.
    À re lire…….Tout sauf inutiles

  6. Garneau 20 mai 2017 at 19:09 Répondre

    Malheureusement, pour de la visibilité et la fierté d’etre choisi, plusieurs artistes accepterons cette paye! C’était ainsi du temps des impressionnistes…, ça pas trop évolué hein!

  7. Garneau 20 mai 2017 at 19:09 Répondre

    Malheureusement, pour de la visibilité et la fierté d’etre choisi, plusieurs artistes accepterons cette paye! C’était ainsi du temps des impressionniste…, ça pas trop évolué hein!

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