Chien de garde : l’amour inconditionnel d’une famille dérangée

Par Érika Aubin

Depuis le début mars, le premier long métrage de Sophie Dupuis, Chien de garde, est à l’affiche dans quelques salles de la province. Le Collectif s’est rendu à la Maison du Cinéma pour visionner ce film québécois qui ne laisse personne indifférent.

Un trio désillusionné  

Chien de garde, intitulé à l’origine Toujours ensemble, raconte l’histoire d’une mère alcoolique (Maude Guérin) et de ses deux fils. Une famille fusionnelle, mais toxique, qui habite Montréal. Les deux frères, JP (Jean-Simon Leduc) et Vincent (Théodore Pellerin) errent dans la ville, à la recherche d’un sens à leur vie. Ils travaillent tous les deux comme collecteurs de drogue pour leur oncle Dany. La fragilité de leur famille est rapidement ébranlée alors que JP, le pionnier de la meute, tente de se construire un avenir et veut lâcher ses activités criminelles, ce qui ne plaît pas du tout à son oncle.

Une main d’applaudissement à nos acteurs québécois

Le trio nous fait prendre conscience de la précarité émotionnelle de la famille. Vincent, le benjamin, est un jeune adulte très impulsif. Son caractère explosif et violent devient incontrôlable. Soulignons d’ailleurs le jeu d’acteur de Théodore Pellerin, qui a livré une performance poignante. Son énergie est électrisante et il déborde du cadre conventionnel. Le rôle semble avoir été créé pour lui. De par ses yeux, son rire satanique et ses mouvements brusques, il réussit facilement à nous convaincre que Vincent est dérangé, mais tout de même attachant.  

Maude Guérin, la mère de famille, joue, elle aussi, à la perfection. On voit son personnage dépérir et retomber dans l’alcoolisme. Elle n’en peut plus de s’occuper de son fils Vincent. Pourtant elle fait tout en son pouvoir pour le protéger de lui-même. Elle ira jusqu’à laisser sa vie déraper. La vulnérabilité prendra le dessus de cette pauvre mère épuisée. Une relation mère-fils qui nous remémore le film Mommy, réalisé par Dolan.

Certains détails du scénario ont sombré dans l’oubli. Par exemple, Vincent est obsédé par une montre, mais on ne comprendra jamais pourquoi. La même chose se produit lorsque la blonde de JP reçoit des textos mystérieux de l’oncle de ce dernier. Quelle est la relation entre elle et Dany? Ce sont des passages qui piquent notre curiosité, mais rien ne nous est donné pour la satisfaire.

Un Montréal sinistre

Chien de garde dépeint le côté underground de Montréal avec une photographie qui est toujours teintée de rouge. Une chanson de Dead Obies, tirée de la bande sonore du film, contribue à cet effet. Puis, il y a les deux frères qui assistent à un face-à-face entre rappeurs et qui se rendent à des partys dans des bars paumés. C’est dans un Verdun défavorisé que leur vie se déroule.

C’est avec succès que Sophie Dupuis signe son premier long métrage. Il faut mentionner son travail remarquable quant à la direction de ses acteurs, car c’est dans la maîtrise de ses personnages que cette production puise son intensité. Il y a longtemps que nous n’avions pas reçu un film québécois aussi sincère et audacieux.


Crédit Photo @ Chien de Garde, le film

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