Chronique d’une Française et d'un Français à Sherbrooke

Par Sandra Favier

De la neige, du froid, du sirop d’érable et un accent très prononcé, voire carrément incompréhensible. Voilà ce à quoi je m’attendais il y a six mois, quand j’ai décidé de quitter mon nid pour m’établir quatre mois à Sherbrooke.

Avant mon départ, quand j’annonçais que j’étais en partance pour le Québec, les réactions étaient similaires : « Tu as tellement de chance, j’aimerais être à ta place! » Si le Québec est réputé en France pour être la région la plus froide après la Sibérie, il est aussi fameux pour son style de vie, son ambiance et la bienveillance de ses habitants. Je n’étais jamais allée au Canada avant, mais sa réputation le précédait et plus les jours avançaient, plus l’excitation de découvrir cette région me gagnait. Et puis, il est arrivé. Ce fameux avion qui allait m’emmener loin de mes proches, mais qui était aussi la promesse de découvertes incroyables.

Mon aventure a débuté dès ma sortie de l’appareil, avant même de rejoindre les longues files d’attente : « Je sors de l’avion, j’arrive. Mais ne te parque pas, je te texterai quand j’aurai fini. » Pardon? Si j’ai finalement compris la signification de cette phrase complètement anodine, je n’ai pu réprimer un sourire. J’étais arrivée à bon port.

Mais la difficulté de la langue québécoise ne réside pas seulement dans l’existence d’expressions idiomatiques, mais peut-être tout autant dans son accent. S’il parait amusant à première vue, il le devient beaucoup moins dans les premières heures de la vie quotidienne québécoise. Dans l’autobus 747 à destination de Montréal par exemple… Le conducteur annonçait lui-même les arrêts et je me suis trouvée tout simplement incapable de savoir où j’étais parce que je ne comprenais pas les mots qui sortaient de sa bouche! Force est de constater que, si théoriquement nous parlons la même langue, le québécois reste la principale raison de mes moments de solitude…

L’adaptation à la vie sherbrookoise n’a cependant pas été bien compliquée. Je peux avancer avec certitude qu’elle a été largement facilitée par la gentillesse incroyable des habitants. En France, cette célèbre bienveillance fait partie du mythe du Québécois. Ici, c’est une réalité. Ils sont tous tellement chaleureux, accueillants et naturellement gentils que j’en suis encore étonnée parfois. Cependant, cette surprise est peut-être liée à ma culture française, bien plus nonchalante, grincheuse et râleuse il faut l’avouer!

Ce sont de petites choses qui peuvent sembler futiles aux yeux de certains, mais c’est quand on y fait attention que l’on parvient à s’imprégner réellement du folklore d’une culture. Le Québec a encore une multitude de choses merveilleuses à m’offrir, qui me feront sans aucun doute tomber davantage en amour avec cette région canadienne si particulière.


Par Antoine Lapeyre

Contrairement à Sandra, j’ai fait le choix de vivre chez l’habitant afin de vivre au plus près d’un vrai Québécois, qui s’est finalement trouvé être une Québécoise. Et je remercie ma bonne étoile de m’avoir fait croiser son chemin. L’adjectif adorable n’étant pas suffisant pour la qualifier comme il se doit, je vous laisse imaginer à quel point elle a été attentionnée depuis mon arrivée dans sa maison – que je suis venu désordonner à vitesse grand V – il y a maintenant plus d’un mois.

Dès le premier jour, elle nous a accueillis, Sandra et moi, à notre débarquement du bus en provenance de Montréal. Et ce n’est que le début d’une longue série d’exemples du genre qui ont façonné une relation née d’une certaine complémentarité. En effet, en contrepartie de sa précieuse aide dans le processus d’installation et d’adaptation, notamment au niveau de la langue, j’ai pris un certain plaisir à lui prêter main-forte pour l’achèvement de ses aménagements paysagers. Et ces journées passées dans un univers qui n’est pas initialement le mien – autant dire que quand je vous avoue que je n’ai pas la main verte, c’est un euphémisme – m’ont fait réaliser à quel point la mentalité avec laquelle évoluent les Québécois permet à ceux qui les côtoient de s’y adapter rapidement. En France, la culture de l’entraide n’est pas aussi commune qu’ici, ou du moins pas sur l’ensemble du territoire français. J’ai pu remarquer que j’étais devenu, en très peu de temps, beaucoup plus serviable et surtout attentif aux besoins potentiels des personnes qui m’entourent.

Pour être tout à fait honnête avec vous, j’ai pu remarquer une certaine évolution chez moi depuis que je vis de cette manière, avec cette attention continuelle donnée à mon environnement social, qu’il soit proche ou non.

Et d’ailleurs, en parlant d’environnement, vous êtes là encore bien en avance sur les Français, notamment dans le domaine du recyclage, obligatoire ici, et seulement facultatif en France. Nous devrions prendre exemple sur cette initiative.

La notion de « contrainte » que j’ai brièvement évoquée en désignant le recyclage est également applicable à l’entretien des espaces verts. En réalité, j’ai été médusé d’entendre que les citoyens québécois pouvaient légalement dénoncer un voisin qui serait potentiellement négligeant du point de vue de l’entretien de son terrain, et là encore je souligne l’efficacité de la mesure qui rend la ville de Sherbrooke tout à fait attrayante esthétiquement parlant.

Néanmoins, je me dois de vous pointer du doigt. Eh non, vous n’êtes pas parfait! Mais ne vous inquiétez pas, rien de grave à signaler si ce n’est mon incompréhension vis-à-vis des prix et de leur affichage. Pourquoi ne pas inclure directement le montant des taxes dans le prix sur les produits? Pourquoi se compliquer la vie ainsi? J’espère découvrir la réponse à ce mystère rapidement.

Plus sérieusement, je suis particulièrement heureux de vivre ici et, en dépit du fait que je suis Français et non Québécois, je me sens comme si j’étais chez moi, en étant aussi épanoui que je ne l’étais dans ma France profonde, si ce n’est davantage. Et cela n’aurait pas été possible sans les belles rencontres qui m’ont été données de faire et j’aime à penser que tout cela n’est qu’un début.

Vous aurez rapidement de mes nouvelles. Stay tuned!


Crédit photo © Sandra Favier

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