Chut! N’en parlons pas

Par Sandrine Martineau-Pelletier

Dans une société basant ses constructions sociales sur le jugement, il est difficile d’essayer de comprendre les autres sans les juger au préalable. Pourtant, on aurait tout avantage à se départir de cette habitude. Portrait des principaux tabous de la société nord-américaine.

D’abord, la définition du mot « tabou » du dictionnaire Larousse :
« Interdiction d'employer un mot due à des contraintes sociales, religieuses ou culturelles. »

Les contraintes sociales, religieuses et culturelles, censées nous guider dans notre vie, nous empêchent d’exprimer ce qu’on pense vraiment. De peur de se faire juger, on garde nos pensées pour nous-mêmes, même si celles-ci sont généralement partagées par la majorité de la population.

Mais dans une société où on est de plus en plus ouverts d’esprit, permettons-nous de remettre en question la pertinence de cultiver des tabous. Cela s’applique autant aux soupers de famille qu’aux soirées entre amis ou aux 5@8.

Le sexe (Attention, termes choquants, pourtant souvent utilisés)

On parle souvent de sexe sans dire les vraies choses. Une queue. Une chatte. Une pipe. Pourquoi sommes-nous à l’aise de nous exprimer en images, mais pas de prononcer les vrais mots? Un pénis. Une vulve. Une fellation. Si on est à l’aise de parler de sexe, on ne devrait pas sentir le besoin de masquer ces termes d’un voile métaphorique.

La masturbation est aussi une pratique sexuelle tenue taboue. L’étiquette de « péché » est restée collée à cette pratique même si la religion n’est plus autant présente qu’avant. Pourtant, comme le sexe, cette activité réduit le stress des individus et augmente la sécrétion d’endorphine, l’hormone du bonheur. La masturbation est donc une pratique normale, et humaine.

La pornographie est aussi sujette à jugement dans notre société. Toutefois, on ne devrait pas avoir honte de regarder de la pornographie, car le sexe est un désir naturel pour tous les êtres humains. Sans ce désir, notre espèce serait aujourd’hui éteinte.

Cependant, il faut être prudent, car la pornographie n’est pas toujours représentative de la réalité. Le contenu pornographique stéréotype ce qui est perçu comme désirable aux yeux de la société et standardise alors la beauté. La beauté est pourtant subjective : ce qui est attrayant pour un individu ne l’est pas nécessairement pour un autre.

C’est naturel, le sexe. C’est beau, le sexe. Cela appartient à tout un chacun de choisir avec qui on veut discuter de nos propres pratiques sexuelles, mais cela ne devrait pas être un sujet de gêne sociétale.

Le féminisme

Le nom « féminisme » vient du fait que les femmes ont toujours été perçues comme inférieures aux hommes, ce qui est malheureusement encore le cas aujourd’hui.

Il y a tellement eu de mauvaises interprétations du féminisme et de mouvements dérivés de celui-ci que sa mission est rendue floue aux yeux de la société. À la base, c’est seulement un mouvement prônant l’égalité hommes-femmes. Il n’y a d’ailleurs pas seulement des femmes féministes, mais aussi beaucoup d’hommes qui supportent cette idéologie.

Le féminisme ne semble pourtant plus être pris au sérieux avec la grande quantité de mouvements qui ont dérivé de celui-ci. Ces derniers semblent avoir dénaturé le message essentiel, pourtant simple, du féminisme.

Les féministes ne sont pas nécessairement contre le rasage (référence, notamment, au « Hairy Legs Club ») ou contre le port du soutien-gorge (mouvement Free the Nipple). Les femmes féministes n’ont pas non plus de haine envers les hommes. Une personne féministe veut seulement que la femme soit reconnue égale à l’homme.

La maladie mentale

Que ce soit le cancer ou la dépression, les deux sont des maladies, donc aucune n’est causée par, ni guérie avec un manque de volonté.

La maladie mentale atteint le cerveau, l’organe le plus complexe du corps humain. Il est alors difficile d’accorder des mesures à des symptômes. On peut dire qu’une tumeur cancéreuse est de 1 cm et qu’il y a un tel nombre de cellules cancéreuses dans le sang, mais il est plus ardu pour les médecins de noter l’intensité du désespoir vécu par la personne en dépression ou de mesurer à quel point l’opinion d’une personne anorexique sur son poids est démesurée.

Pourtant, le mal est bien là, même s’il n’est pas visible aux yeux de tous. « Il faut le voir pour le croire » est une fausse devise lorsqu’elle concerne la maladie mentale : un individu sur cinq en sera atteint, mais on ne la verra physiquement jamais.

Ces personnes sont faibles, paresseuses ou simplement fatiguées selon la société. Ce n’est pourtant pas un choix d’être atteint d’une maladie mentale. L’individu anorexique ne décide pas du jour au lendemain d’arrêter de manger. La maladie s’installe lentement, un processus souvent méconnu du public. Nos préjugés nous confondent alors dans de fausses idées qui n’ont pas lieu d’être. En parler reste donc la meilleure façon de démystifier les maladies mentales.

La prostitution, le sadomasochisme, la vulnérabilité chez les hommes, les poils, la cellulite chez les femmes, le suicide, la religion, les différences raciales et bon nombre d’autres sujets sont évités dans nos conversations avec nos pairs dans la culture nord-américaine.

Alors, pour cette nouvelle année 2017, souhaitons-nous de l’honnêteté, entre nous et envers nous-mêmes. Il suffit d’aborder un sujet avec respect et d’avoir une ouverture d’esprit dès le départ pour partager sur n’importe quel sujet, avec n’importe qui.


Crédit photo © Flickr

 

Partager cette publication