Cinq jours pour sensibiliser

Par Ariane Lacerte

L’Université de Sherbrooke accueille encore cette année l’événement pancanadien 5 jours pour l’itinérance. L’événement, qui se déroulera du 17 au 22 mars prochains, est constitué de huit étudiants qui dormiront pendant cinq nuits sur le campus universitaire. Pour en apprendre davantage sur l’événement, Le Collectif s’est entretenu avec Pascale St-Pierre, organisatrice et ancienne participante de l’événement.

5 jours pour l’itinérance est un événement pancanadien qui prend place dans une vingtaine d’universités canadiennes chaque année. L’événement a pour but de sensibiliser les étudiants face à l’itinérance. Les participants de 5 jours pour l’itinérance ramassent bien sûr des fonds pour des organismes de leur région qui œuvrent à aider l’itinérance. À Sherbrooke, l’argent amassé ira à la Table d’itinérance de Sherbrooke, un regroupement de partenaires travaillant avec les itinérants ou des personnes à risque de le devenir. Les fonds sont redistribués selon les besoins des partenaires. L’événement est une initiative étudiante d’étudiants en administration à l’Université de l’Alberta, à Edmonton. Les étudiants d’Edmonton ont démarré le projet en 2005 et l’Université de Sherbrooke participe depuis 2009. Grâce aux effets positifs de cette expérience unique, 5 jours pour l’itinérance est maintenant présente d’un océan à l’autre.

Quêter pour s’alimenter

Pour maximiser l’expérience, les participants ont certaines règles à suivre. Comme le mentionnait Pascale St-Pierre, les participants n’ont pas le droit à leurs effets personnels. Ils n’ont pas droit à leur argent, à leur carte bancaire ni à leur cellulaire. Ils doivent toutefois continuer à assister à leurs cours. Pour pouvoir se nourrir, les participants doivent quêter et manger seulement la nourriture donnée par les étudiants. Ils se promènent dans les cafétérias, parlent du projet et demandent aux étudiants s’ils n’ont pas quelque chose qu’ils pourraient manger. Les participants peuvent toujours faire du dumpster diving dans les poubelles de la cafétéria.  Le dumpster diving consiste à fouiller dans les poubelles et recueillir des aliments toujours consommables. Selon l’expérience de Pascale, le dumpster diving permet d’avoir un repas complet. Les étudiants donnent principalement des collations comme des barre-tendres et des fruits. L’une des choses qui a surpris Pascale est le fait que les étudiants donnaient beaucoup de nourriture aux participants. Les participants avaient tellement de nourriture que les surplus non périssables ont été donnés à un organisme.

Sommeil sur le campus

Puisque l’événement est organisé dans un cadre éducatif, les participants dorment sur le campus. Ils dorment près de la faculté qui les accueille. Les huit participants dorment dans des sleepings installés sur des planches de bois. Ils dorment tous ensemble et la sécurité de l’université est avisée de leur emplacement. La fin mars est une période encore assez froide, donc la plupart d’entre eux dorment avec des tuques et des foulards. La mission première de 5 jours pour l’itinérance n’est pas de savoir ce qu’est de dormir dehors, c’est principalement un événement de sensibilisation. Même si les participants dorment cinq nuits sur le campus, leur expérience n’est en rien ce qu’est la réalité d’un itinérant. Ils savent que dans cinq nuits, ils retourneront à leur domicile et pourront prendre une douche. Par ailleurs, les itinérants ne savent jamais quand sera leur prochaine douche.

Les huit participants par université portent le chandail orange du projet, avec lequel il est plus facile pour les participants d’interagir avec les étudiants. Pascale St-Pierre a notamment trouvé l’expérience spéciale, puisque les étudiants félicitaient les participants d’entreprendre un tel projet. Alors que les vrais itinérants se font plus souvent regarder avec dédain et n’ont pas tendance à se faire donner beaucoup d’argent. Les étudiants sont moins réticents face aux participants car ils savent qu’ils ne sont pas itinérants pour vrai. Les participants travaillent donc à briser les préjugés de l’itinérance. Ils réfléchissent énormément sur les privilèges qu’ils ont. C’est banal pour la plupart des gens d’avoir un toit et de prendre une douche chaque jour, alors que pour certaines personnes, c’est un immense privilège. De plus, les participants réfléchissent beaucoup sur ce qui différencie leur expérience à celle des vrais itinérants. En quêtant de la nourriture et de l’argent, ils ont la chance de pouvoir discuter plus en profondeur avec les étudiants et leur expliquer la réalité d’un itinérant et l’importance d’intervenir dans cette problématique. Les participants expliquent notamment que l’argent qu’ils récoltent sert à venir en aide à l’itinérance et que nous ne devrions pas avoir peur de donner de l’argent aux itinérants. Comme Pascale St-Pierre l’expliquait au Collectif, lorsque nous rémunérons quelqu’un pour son travail, nous ne lui demandons pas ce qu’il va faire avec notre argent, alors pourquoi se demander ce que l’itinérant fera avec notre argent? Plus souvent qu’on le pense, l’itinérant a bien souvent plus besoin d’argent que la personne que nous payons pour faire un travail. Les participants se déplacent également dans la ville pour parler de leur projet et pour l’expérimenter. Ils vont notamment à La Chaudronnée de l’Estrie et, l’an dernier, ils ont même assisté à un match d’improvisation.

Le projet 5 jours pour l’itinérance est un bon moyen de sensibiliser les étudiants à l’itinérance et d’avoir l’idée de ce qu’est être dans cette situation, bien qu’il ne représente qu’un faible pourcentage de la difficulté de ce que cela représente en réalité. Si vous êtes intéressés à participer à l’événement, un formulaire est disponible sur la page Facebook du projet. Autrement, restez à l’affût des participants qui se promèneront bientôt sur le campus et n’oubliez pas que les dons sont amassés pour une bonne cause!


Crédit Photo @ Pascale St-Pierre

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