Combien d’esclaves travaillent pour vous?

Par Sofie Lafrance

D’aussi loin que l’Humain se souvienne, l’esclavage a toujours été présent et a revêtu des facettes différentes. Nul besoin de remonter le fil du temps pour en comprendre l’histoire, de « la domestique » respectée et reconnue par son maître à « l’esclave » violentée et maltraitée, du païen de Slavonie au marchand malien, l’esclavage a toujours su se réinventer et perdurer à travers les âges.

Et l’Humain étant ce qu’il est, il se complait à croire que l’esclavage a été éradiqué le 2 décembre 1949 de manière définitive. Or, quoi de plus dangereux qu’une pratique illégale qui croît dans les failles criminelles des sociétés et qui enrichit ces personnes sans visage, avides de pouvoir? L’esclavage est plus présent qu’il ne l’a jamais été à travers son passé, et tous et toutes, moi y compris, y contribuent indéniablement.

Selon les Nations unies, la traite des humains est la troisième activité criminelle la plus lucrative, après le trafic des armes et des drogues. Cette activité renferme évidemment tout l’éventail d’exploitation sexuelle, mais également le travail forcé, la servitude domestique, la mendicité forcée d’enfants ou encore le prélèvement illégal d’organes. Il s’avère difficile de chiffrer le nombre de victimes à travers le monde, mais selon l’Organisation internationale du travail (OIT), plus de 2,4 millions de personnes en étaient victimes en 2005. Selon l’Organisation Made In A Free World, il s’agit plutôt de 27 millions de personnes.

Dans cette optique, je me suis moi-même adonnée à la chose, pour connaître l’impact de mes consommations quotidiennes sur l’esclavage dans le monde. En tant qu’étudiante au budget serré, je m’étais dit que mis à part mon téléphone intelligent, mon laptop et quelques vêtements de provenance douteuse, je ne pouvais pas faire de mal à grand monde.

Le site web SlaveryFootPrint m’a radicalement giflé le visage, j’étais plus que dans le champ! Ce site permet de connaître le nombre approximatif de personnes que nous exploitons. Mon résultat, selon mon statut professionnel, mes consommations de nourriture, de vêtements, de cosmétiques, de bijoux et d’appareils électroniques, est de 40. 40 esclaves qui travaillent pour moi. Toutefois, Made In A Free World propose plusieurs solutions d’entreprises qui ont des pratiques à 100 % éthiques. Ce site vaut assurément le détour.

Face à un bilan si éprouvant et troublant, je me permets de souligner que la traite humaine est une problématique bien difficile à démasquer en raison de son invisibilité forcée. Le moins que nous puissions faire collectivement, est d’exiger la transparence des pratiques des multinationales et de connaître la provenance réelle des matériaux à partir desquels les produits que nous consommons sont faits. Les choix éclairés parleraient ensuite d’eux-mêmes. D’ailleurs, à ce sujet, n’est-ce pas Luther King qui soutenait ceci : « There’s nothing more dangerous in the world than honest ignorance and stupidity. »?


Crédit photo © NPR

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