Par Véronik Lamoureux

Le groupe prépositionnel « comme avant » n’aura jamais été aussi populaire que durant les dix dernières semaines de pandémie. Cela n’a rien d’étonnant, l’être humain semble apprécier ce qu’il a uniquement lorsque cela lui est dérobé brutalement. Le 13 mars, l’adverbe « brutalement » illustrait bien la manière avec laquelle on a confisqué nos vies, temporairement du moins. Toutefois, la question qui se pose est celle-ci : à quoi fait-on référence lorsqu’on se languit d’hier ?

Stressés « comme avant »

Déjà en 2012, Caroline Montpetit, journaliste pour Le Devoir, publiait un article intitulé Une société malade de son travail. Selon cet article, au Canada, 14 % des citoyens seront atteints d’une dépression majeure au cours de leur vie. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), la même organisation qui confine les citoyens présentement, souligne que la dépression est le cancer du 21e siècle et la première cause d’incapacité sociale. Rien de réjouissant, mais pourtant, cette réalité faisait partie du « comme avant » dont plusieurs prient le retour. Dans le même article, le sociologue Marcelo Otero dévoilait une réalité aussi triste que vraie : « Si vous ne travaillez pas, dans la société dans laquelle on vit, vous êtes mal pris, vous n’existez pas. Le travail n’est pas un gage de santé, c’est un gage d’existence ». En effet, dans une société de performance, la première question posée est : « que faites-vous dans la vie », alors on s’explique bien comment cette absence d’action rend les gens fous, leur donnant l’impression de ne plus « exister ». 

Polluer « comme avant »

L’essence à 80 sous le litre, l’arrêt des vols internationaux, l’absence de croisières pour les retraités, une circulation amoindrie… en matière d’environnement, il semble que la situation soit meilleure actuellement qu’elle ne l’était dans l’univers du « comme avant ». Les amoureux confinés ayant déserté le canal, l’eau se clarifie à Venise. De leur côté, les chevreuils valident notre existence en direct de notre « porte patio ».  

Le 14 mars dernier, dans un article publié par La Presse, Boucar Diouf (humoriste et biologiste) partageait une théorie que l’on nomme « tuer le gagnant ». Élaborée en 1997 par deux chercheurs, Frede Thingstad et Risto Lignell, elle prétend que les virus possèdent un rôle de régulateurs de l’écosystème : « En s’attaquant à ces gourmands qui accaparent les ressources sans partage, les virus redonnent à d’autres groupes de microorganismes la place qui leur revient et favorisent ainsi la biodiversité dans les écosystèmes. » En d’autres mots, le coronavirus est le balai « Swiffer » de la nature et nous, le germe à éliminer.  

Oui, l’être humain a cette tendance à apprécier ce qu’il a uniquement lorsque cela lui est dérobé. Mais, il a aussi cette propension à négliger les aspects négatifs d’une situation par nostalgie et amour de son confort. Et si la population mondiale cessait de parler de « comme avant » et utilisait plutôt l’expression « comme demain » ? 

Que les humains le veuillent ou non, la vie ne sera plus jamais « comme avant ». Et franchement, c’est peut-être mieux ainsi. 

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