Par Mireille Vachon 

Il n’y a pas que les étudiants qui se sentent bousculés de tout bord tout côté depuis le début de la pandémie. Cours en présence, cours à distance, cours comodal… le corps professoral de même que les chargés de cours doivent eux aussi faire preuve d’une grande flexibilité et de beaucoup d’adaptation pour arriver à transmettre leur matière. Le Collectif a pris le pouls de la situation auprès d’enseignants de différentes facultés afin de savoir: comment ils vont, les profs 

« C’est une grosse année », avance d’emblée Julie Myre Bisaillon, présidente du Syndicat des professeures et des professeurs de l’Université de Sherbrooke (SPPUS) et professeure titulaire au Département des études sur l’adaptation scolaire et sociale. 

« On a un mandat syndical complexe. Il faut trouver une façon de ne pas diviser les professeurs sur la question du format des cours, en ligne ou en présence, et c’est assez compliqué. Autant on assiste à un certain clivage chez la communauté étudianteautant on vit un peu la même chose avec nos professeurs. Oui, la plupart sont daccord pour faire du présentiel, mais il y a aussi toutes les questions sociosanitaires, l’anxiété, l’organisation des cours », explique la Pre Myre Bisaillon.

«Ça se passe relativement bien, mais c’est sûr qu’on ne travaille pas dans des conditions idéales», indique Félix Berrigan, professeur à la Faculté des sciences de l’activité physique. « On est plus en mode réactif que proactif, alors c’est difficile de prévoir notre enseignement longtemps d’avance. » 

« C’est une situation très exigeante, tant pour les étudiants que les profs, et ça demande beaucoup de bienveillance de part et d’autre», croit pour sa part Patricia Dionne, professeure agrégée au Département dorientation professionnelle. « Tout le monde est dans un contexte de pandémie, donc c’est important d’être compréhensif et de se dire que la personne devant soi est elle aussi en train de vivre une situation difficile », poursuit-elle.  

Qualité de l’enseignement 

« Ce qu’on maintient comme position, c’est que peu importe les décisions qui sont prises par l’Université, il ne faut pas que ce soit au détriment de la qualité d’un cours. Si on oblige les professeurs à faire du comodal, mais que ce n’est pas la meilleure solution, il faut regarder d’autres options », note la présidente du SPPUSJulie Myre Bisaillon. 

Le comodal ne semble en effet pas faire l’unanimité au sein du corps professoral. « Moi, je préfère que les cours se donnent soit en ligne, soit en présence. Le fait de maintenir les deux n’a pas été quelque chose que j’ai apprécié », avoue la Pre Patricia Dionne, car ça l’oblige à demeurer devant son écran d’ordinateur, ce qui lui enlève une certaine flexibilité d’enseignement.  

« Quand tu aimes enseigner, tu aimes être en classe et avoir un contact avec les étudiants, les voir tripper sur quelque chose C’est expérientiel l’apprentissage, et ça me manque », exprime Anne-Marie Corriveau, professeure au Département de management et gestion des ressources humaines.  

Félix Berrigan dit comprendre la situation, étant quelqu’un qui vit bien l’incertitude. « C’est toutefois la première année que je trouve ça moins le fun enseigner, alors qu’à chaque année, je suis toujours impatient donner mes coursCe n’est pas évident, et quand je regarde autour de moi, j’en vois des membres du corps professoral et des chargés de cours qui tombent au combat, et des étudiants aussi », partage-t-il 

Le SPPUS discute actuellement avec la direction de l’UdeS pour trouver la meilleure solution possible, autant pour la qualité de l’enseignement que le bien-être des professeurs 

En majorité, les professeurs ont envie de revenir sur le campus, mais il y a tout de même certains enseignants qui sont très forts en technopédagogie et qui ont préparé des choses vraiment intéressantes à distance, et qui pensent que ce serait mieux de rester en ligne, soutient Julie Myre Bisaillon 

Trop de changements 

Ce sont les nombreux allers-retours dans la prise de décisions de l’UdeS qui ont déplu à une majorité de professeurs.  

« C’est légitime de la part de l’Université de dire qu’elle veut miser sur le présentiel. Ce qui est difficile à soutenir, c’est le nombre d’allers-retours. À partir du moment où on a dû retourner à la maison en novembre, il aurait fallu être plus prudent, et il aurait été préférable que le retour en janvier soit annoncé à distance », avoue la présidente du SPPUS.  

Félix Berrigan, qui enseigne actuellement en comodal avec un ratio d’environ 75% des étudiants en ligne contre 25 % en présence, abonde dans le même sens. « Il aurait peut-être fallu prendre une position plus nuancée pour s’assurer de faire ce qu’on annonce. Moi, on m’a dit de planifier un cours en présentiel pour l’hiver, mais ce n’est pas ça que je fais finalement. Si on m’avait dit de planifier un cours en ligne ou un cours comodal, comme c’est le cas, j’aurais probablement été meilleuret mieux préparé. » 

Un des idéaux en contexte de pandémie, selon Julie Myre Bisaillon, serait déviter les changements pour les professeurs et les étudiants, en prenant des décisions pour toute une session au lieu de demander un retour en présence en milieu d’une session, comme c’est le cas actuellement 

« Rien n’est parfait dans la vie, encore moins ces temps-ci, mais il faut garder en tête que chacun fait de son mieux. Autant les étudiants trouvent ça dur d’être à la maison, avec des colocs, du bruit, etc., mais l’envers du décor est aussi vrai. Il est important de faire preuve de tolérance, de compréhension et de discipline », rappelle Anne-Marie Corriveau.  

Aucune annonce officielle n’a encore été faite pour les sessions d’été et d’automne. « On sait que la directive sera de faire le plus de présentiel possible, mais tout dépendra des consignes de santé publique », termine la présidente du SPPUS. 


Crédit photo @ Simon RD

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