Comment survivre à la poésie?

Par Anthony Lacroix

Les gens qui me connaissent bien peuvent résumer mon amour de la culture à seulement deux choses : la poésie et les zombies. Malheureusement, les deux sont trop souvent intrinsèquement liées. Quand je suis couché au sol, au Archambault, pour tenter de dénicher le dernier Patrice Desbiens, il me vient souvent une image en tête : je suis en train d’excaver le corps d’une personne proche de décombres créés par un cataclysme. Si je suis chanceux, le cadavre réchappé des ventes à rabais et des anthologies des plus beaux poèmes d’amour du Québec sera le bon et me contaminera. Avec encore plus de chance, je le prêterai à un ami qui sera contaminé à son tour. C’est ça la poésie aujourd’hui : un épisode de Walking Dead ou ton meilleur buddy se fait mordre à la jambe. Mais on fait quoi après être zombifié? Les éditions de la Peuplade a fermé sa section poésie, les Herbes Rouges n’ont pas de site web et les Écrits des Forges.... pitié c’est aussi classe qu’une épicerie végétarienne pour le zombie affamé que nous sommes devenus. Bon. Il reste la coopérative la Tournure, l’Écrou et la nouvelle section de l’Hexagone. Ça, c’est un quartier résidentiel en développement. Non, nous manquons de centre d’achat, d’école secondaire et de grande capitale pour se faire les dents. Nous voulons un Tokyo, un Time Square, Montréal à la limite...

Tout ça pour dire : est-ce que la poésie, elle vit encore? Avec les disques de Queen Ka qui sont joués à Radio-Canada, avec les tournées de Grand Corps Malade et les tournois de slam dans les écoles secondaires nous pouvons dire que la poésie s’écoute bien, se récite bien, s’écrit bien, mais est-ce qu’elle se lit bien? Beaucoup de mes amis performeurs m’avouent souvent ne pas lire de recueils de poésie. Encore moins ne savent ce qui est dans le catalogue de la rentrée littéraire. Ce qui n’enlève rien à leurs qualités scéniques, comprenons-nous bien. Cependant, je ne dis pas qu’il faut vivre la poésie d’une seule et unique façon, mais au moins la défendre sur tous les fronts possibles ou encore mieux, se laisser dévorer par elle.

 

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