Comprendre le monde par ses interactions

Par Paul Jr Charron et Théo d’Hérouville Jean-Baptiste

Vous souvenez-vous de vos premiers cours de chimie? Pour comprendre la matière, nous devions comprendre la base : l’atome. L’atome est la plus petite partie d’un corps simple qui puisse entrer en combinaison avec une autre. Cependant, avant d’explorer les combinaisons, il est nécessaire de connaître l’essence de chaque composante. Pourquoi? En chimie, la réaction est une rencontre. Elle se produit au contact d’une ou de plusieurs matières et réagit différemment selon l’environnement et le climat dans laquelle elle est exposée. Ainsi, en nous intéressant aux phénomènes scientifiques, nous sommes en mesure de comprendre le monde naturel et social. Si nous pouvons comprendre l’univers par la science, la communication n’est-elle pas à l’homme ce qu’une formule est à la science? L’humain est un atome, la communauté une molécule et une interaction efficiente entre ces molécules devient la condition indispensable au bon fonctionnement d’un organisme. Toute interaction est communication : d’où l’importance de bien se connaître comme matière pour savoir comment communiquer.

Grand absent de notre faculté

Dans la formule de la Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH), une composante est manquante dans le cursus de formation en communication appliquée : l’Humain. Dans un environnement profondément professionnalisant, le programme d’études met beaucoup l’accent sur les codes de communications, la grammaire, les outils informatiques, les codes linguistiques, les méthodes de recherches, mais à aucun moment on ne dirige l’étudiant afin d’explorer scientifiquement sa matière : sa chimie. Pourtant, nous sommes la source de nos communications et de nos interactions. En considérant que la connexion entre les humains est principalement un partage d’émotions, il est essentiel aux étudiants, et spécialement ceux en communication, de s’étudier afin de découvrir quelle sorte d’atome ils sont. Ainsi, ils seront mieux équipés pour évoluer dans divers contextes sociaux et professionnels.

Trésor inexploité

Pourquoi est-il si important d’approfondir la connaissance de soi chez l’étudiant et tout spécialement à l’Université de Sherbrooke? Les étudiants de Sherbrooke ont découvert un trésor que l’administration n’intègre pas dans la structure des cours. La preuve, de nombreux étudiants de l’université proviennent de l’extérieur. Tous ont entendu parler de la convivialité qui règne au sein de la communauté étudiante. Ce sont les relations humaines qui attirent les étudiants à venir poursuivre leurs études dans cet établissement. Demandez-leur pourquoi ils se sont inscrits à cette université. Ils vous répondront : « j’ai entendu parler des 5 à 8, de la proximité avec les enseignants, des petites cohortes et, bien entendu, de la qualité du programme des stages rémunérés ».

Un laboratoire bienfaiteur

Un cours offre la possibilité d’explorer et de transformer cette richesse inexploitée, mais il est optionnel. Il s’agit du cours de communication interpersonnelle (COM382). Ce cours et son format restreint servent littéralement de laboratoire scientifique pour permettre à l’étudiant de se découvrir et de se développer : la matière, c’est nous. On apprend à observer, à analyser et à décortiquer les interactions humaines. La cible précise de cette formation est de comprendre les différentes approches de la communication interpersonnelle; d’accentuer la conscience de soi dans un contexte relationnel; d’être en mesure de reconnaître les déterminants d’une communication dyadique efficace et de développer les habiletés à interagir en groupe restreint. La théorie offre également à l’étudiant de découvrir les huit formes d’intelligence, car oui, il existe d’autres formes d’intelligence que celles de la logique mathématique et de la verbale linguistique si valorisées par la société. De plus, on explore les divers facteurs qui influent sur la perception et les émotions, les différentes techniques d’écoute et toute l’importance de la présentation, du langage et de la communication non verbale. Dans une ère où nous sommes constamment appelés à travailler en équipe, ce cours nous permet d’identifier les constituantes d’une équipe, les règles qui les composent, les différents types de leaders, les climats de communication et les démarches constructives dans une résolution de conflit. À une époque où les relations humaines sont la base de tout, ce cours ne devrait-il pas être un cours de base en communication appliquée, et ce, dès l’entrée? Le cours d’outils informatiques, offert dès la première session, est-il plus utile que celui de communication interpersonnelle?

Une formule reconnue par les pairs

Lors de la session d’hiver 2019, plusieurs étudiants provenant de divers domaines d’études ont participé à ce cours. Tous ont terminé leur session avec la même conclusion : le cours devrait être obligatoire. Lors de la plénière du dernier cours, les étudiants ont exprimé un consensus. En plus d’avoir approfondi leurs connaissances sur eux-mêmes, ils ont affirmé, unanimement, avoir révisé leurs approches dans leurs interactions personnelles et professionnelles. En considérant que l’Université est nationalement reconnue pour son régime de stages rémunérés et que selon le sondage Maclean’s, elle est la plus appréciée des étudiants au Canada, offrir cette formation à tous renforcerait la notoriété déjà bien établie de l’université.

Un investissement rentable pour tous

Ce cours façonne concrètement le monde. L’administration à tout intérêt à le rendre obligatoire. Il deviendrait un investissement à long terme. Toutes les retombées liées à ce cours deviendraient pour l’université une publicité permanente et intemporelle. En plus de contribuer directement au programme de stages par le développement de compétences interpersonnelles, ses enseignements et ses bienfaits se propageraient par les sujets dans la communauté étudiante pour finalement s’épandre finement dans notre société. D’ailleurs, n’est-ce pas une des principales missions de l’éducation : favoriser une cohésion sociale? Enseigner les communications interpersonnelles, c’est former les bons communicateurs de demain, mais c’est surtout une éducation qui pose un regard sur le monde, sur nous.

Rappelons-nous que l’humain compose la matière première des communications et que tous doivent l’utiliser pour vivre et fonctionner. Pourquoi ne pas exploiter scientifiquement et judicieusement cette matière que nous sommes? La nature ne fait pas toute seule, parfois, elle nécessite l’apport humain pour se transformer et se matérialiser. Alors, quel atome êtes-vous?

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