Par Rodrigue Turgeon

Les mesures adoptées par le gouvernement Couillard pourraient appeler les étudiants à contribuer davantage.

Le 4 juin dernier, le ministre des Finances, monsieur Carlos Leitão, déposait un ambitieux budget à l’Assemblée nationale. Dès lors, la population québécoise obtint confirmation de la volonté ferme du gouvernement libéral de parvenir à l’équilibre budgétaire en 2015-2016. Puisque le chemin s’annonçait parsemé de compressions et de restrictions, le ministre a souligné que tous les ministères, organismes et sociétés d’État devraient se serrer la ceinture. Mis à part cet avertissement, les universités de la province ne reçurent guère d’informations supplémentaires quant à leur contribution.

Le 3 septembre, le réseau universitaire a reçu un avis du ministère de l’Enseignement supérieur l’appelant à un « effort budgétaire » de 172 millions de dollars. Il s’agit de mesures plus contraignantes de quelque 49 millions dollars que ce que demandait le gouvernement précédent. La nouvelle a pris de court les institutions universitaires qui, pour certaines, avaient déjà adopté leur budget annuel en fonction de ce qu’elles s’attendaient à recevoir du gouvernement.

La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), représentant plus de 125 000 étudiants dont ceux de la Fédération étudiante de l’Université de Sherbrooke (FEUS), a vivement réagi à ces compressions dans un rapport publié le 15 septembre. Le président de la FEUQ, Jonathan Bouchard, y fait part de ses préoccupations : « Il est inquiétant et anormal que les compressions qui affectent des services directement aux étudiants, comme le soutien à l’insertion professionnelle, soient prises sans consultation [sic] de la communauté universitaire. » Il souligne également que« ces coupes drastiques marquent l’importance de revoir en profondeur la politique de financement des universités, et ce, le plus rapidement possible. Le ministre Bolduc se doit de rendre public rapidement le rapport du chantier, qu’il dit avoir en main depuis le 3 juillet. »

La direction de l’Université de Sherbrooke, devant composer avec des coupes de l’ordre de 16 millions de dollars, a déjà confirmé au journal le «Devoir» que « la prochaine vague de compressions entraînera nécessairement la révision ou la réduction de certains services », sans préciser davantage la nature de ceux-ci. Le conseil d’administration dévoilera son « plan global » au courant des prochains jours. Les étudiants connaîtront dès lors le rôle qu’ils seront appelés à jouer pour pallier cette baisse de financement.

Anticipant les mesures, la FEUQ, dont l’objectif ultime est de faciliter l’accessibilité aux études universitaires et de limiter l’endettement étudiant, craint que cela ne se traduise en une hausse des frais institutionnels obligatoires. En entrevue au journal «La Presse» le 17 septembre, le président M. Bouchard affirmait que « déjà, on sait qu’il y a certaines de nos associations membres qui se sont fait demander par leurs universités d’augmenter les frais afférents. »

Si les dires de la FEUQ devaient également s’appliquer aux étudiants de l’UdeS, ceux-ci verraient leur fardeau financier s’alourdir, accroissant l’endettement pour bon nombre d’entre eux.

Dans un rapport ayant pour titre «L’endettement étudiant – état des lieux, déterminants et impacts», la FEUQ met en lumière les conséquences que peut entraîner l’endettement chez les étudiants. Parmi ces facteurs, on dénombre notamment la hausse du stress et de la détresse psychologique, les problèmes de paiements qui attendent les finissants du baccalauréat et l’abandon du projet d’études supérieures. Il est à noter que tous ces facteurs sont proportionnels à la taille de la dette accumulée. On y lit également que les étudiants désirant éviter l’endettement par le travail sont plus à risque de décrochage scolaire. Enfin, le rapport déplore que les « étudiants [sont] peu informés sur le crédit et son usage ».

S’il s’avérait que les étudiantes et étudiants de l’UdeS sont mis à contribution par le « plan global » du conseil d’administration de l’Université, ils pourront à tout le moins se réjouir du fait que le programme de prêts et bourses de la province figure parmi les plus généreux du continent.

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