Conférence sur les inégalités : Nicolas Zorn nourrit la réflexion

Par Charles-Antoine Séguin

Le mercredi 4 octobre dernier, les étudiants de l’Université de Sherbrooke ont eu la chance d’assister à une conférence sur les inégalités, organisée par le département d’économique. L’Université accueillait le politologue Nicolas Zorn pour qu’il partage ses connaissances en la matière. Les inégalités sont un enjeu d’actualité qui nécessite la préoccupation de toute la population.

Qui est Nicolas Zorn?

Doctorant en science politique et philosophie à l’Université de Montréal, Nicolas Zorn est considéré comme un spécialiste des inégalités dans le milieu. Il travaille présentement comme analyste politique à l’Institut du Nouveau Monde (INM), un organisme non partisan ayant comme objectif la participation citoyenne à la vie démocratique. Auteur de trois livres qui traitent des inégalités, son tout dernier intitulé J’ai profité du système explique son parcours et l’impact que le filet social a eu sur sa propre vie.

Lors de la conférence, il confie aux auditeurs que c’est à la suite d’expériences personnelles qu’il décide de s’intéresser à ce sujet. « J’ai été décrocheur deux fois et j’ai raccroché grâce à des programmes sociaux [...]. Sans cela, je n’aurais probablement pas terminé mon secondaire. »

À propos des inégalités

Qu’est-ce qu’une inégalité selon Zorn? « Il s’agit d’un écart social entre citoyens au sein d’une société. C’est comme deux sociétés à l’intérieur d’une même société, où les gens d’une même région cohabitent sans ne jamais entrer en interaction. C’est comme deux mondes séparés, mais pourtant très près », raconte-t-il.

Il explique que plusieurs types d’inégalités existent, dont les riches et les pauvres, les riches et la classe moyenne, la classe moyenne et les pauvres. On peut parler d’inégalités financières, c’est-à-dire différents revenus ou d’inégalités de ressources sociales, telles que le réseau de contacts. M. Zorn fait référence à tous ceux qui ont eu un boulot parce qu’il ou elle connaissait quelqu’un dans l’entreprise.

L’une des principales sources de réduction des inégalités est la redistribution des ressources financières. Celle-ci consiste à redistribuer au peuple en argent ou en services publics. Il s’agit de montants recueillis par l’intermédiaire de l’impôt des contribuables et de la taxe à la consommation. Le Québec a très bien compris ce concept. « Nous sommes une province qui ressemble beaucoup plus au modèle de redistribution européen, c’est-à-dire une société qui prône les services à la société, ce qui contribue à la diminution des inégalités. »

Pourquoi redistribuer?

Plusieurs raisons justifient la redistribution. En effet, elle peut contribuer à réduire les obstacles à l’épanouissement individuel. L’éducation est un moyen qui permet de s’approcher de l’égalité des opportunités, car elle permet d’augmenter les chances de rencontrer plusieurs personnes, et donc d’avoir un travail bien rémunéré qui ferait sortir certains de la pauvreté, explique Nicolas Zorn.

En concept économique, Nicolas Zorn affirme qu’il est possible de maximiser l’utilité et le bien-être. « La proportion d’argent pour les biens essentiels diminue avec l’augmentation du salaire, donc le gain marginal d’utilité diminue avec l’augmentation du salaire », explique-t-il. L’objectif est d’avoir la plus grande quantité de bien-être pour le plus grand nombre de personnes.

« La diminution des écarts sociaux permet de réduire les externalités négatives telles que la corruption et les crises économiques par la stabilisation du cycle économique », ajoute-t-il. La réduction des transferts, des impôts et des services publics augmente les inégalités, ce qui implique que les plus riches auront plus d’argent. Cet argent servira essentiellement à la finance et non à l’économie réelle.

« J’ai couté 400 000 $ au système. Maintenant, je vais injecter 1,7 million dans l’économie et payer 500 000 $ d’impôts au cours de ma vie », mentionne le conférencier. Selon lui, il s’agit d’un investissement à long terme de la part d’une société.

Comment distribuer?

« Les impôts sont un moyen de financer les services publics et d’imposer un plafond pour la croissance des revenus des plus riches », a expliqué Nicolas Zorn. Bien que le fait de payer des impôts ne soit pas une partie de plaisir pour plusieurs, cette action contribue au rétrécissement de l’écart entre les classes sociales.

Les transferts, c’est-à-dire les programmes sociaux tels que les prestations familiales, les pensions de retraite ou les remboursements de médicaments constituent 70 % des redistributions, selon le conférencier. Les services publics comme la santé, l’éducation et les services sociaux contribuent également à la redistribution des chances dans la société.

Quelques pistes de solutions

Nicolas Zorn présente le concept de la dé-démonisation de l’impôt. Il suggère que les citoyens devraient arrêter de voir les impôts comme le démon, comme quelque chose de mal dans la société. Il faut plutôt faire comprendre à quoi sert l’argent de l’impôt aux citoyens et tenter de les persuader que c’est nécessaire au mieux vivre collectif.

Il faut miser sur la participation citoyenne, c’est-à-dire laisser une place au citoyen dans la participation de politique publique, ce qui permet de donner la voix aux gens souvent moins entendus pour que les politiques mises en place conviennent au plus grand nombre de personnes possible.

L’invité aborde également le programme d’emploi garanti. L’idée est similaire au revenu minimum garanti, qui, testé par nos voisins ontariens sous la gouverne de la première ministre Kathleen Wynne, a prouvé que cela garantissait un emploi pour chaque citoyen. « Cela permet de former les gens et de les garder sur le marché du travail », partage-t-il.

Le politologue croit également que les politiciens devraient développer le réflexe d’analyser systématiquement les conséquences des différentes politiques intégrées au gouvernement, même si ces politiques ne sont pas directement en lien avec les inégalités. Nicolas Zorn conclut en mentionnant qu’il s’avère pertinent de se pencher sur les impacts qu’elles peuvent avoir dans tous les cas.


Crédit Photo ©  Institut du Nouveau Monde

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