P3A afficheLa troupe de théâtre des Mille Feux de l’Université de Sherbrooke, a présenté lundi soir sa production du semestre d’hiver qui, comme le veut la tradition ai-je appris, était une programmation double. Au menu ce soir-là, un premier texte écrit par un ancien étudiant de l’Université de Sherbrooke, Kéven Breton, s’intitulant Le journal d’un auteur de sexe masculin. En deuxième partie, on retrouve La chanson de l’éléphant, une pièce écrite par l’auteur ontarien, Nicolas Billon.

Sandrine Dumouchel Tessier

La première histoire, on peut tous s’y retrouver : on apprend à connaître Mathieu, un jeune écrivain un peu perdu. Celui-ci se cherche en regardant vers une relation passée, qui n’a pas fonctionné, comme nous en avons tous vécu. Lui et sa copine, Marie-Hélène, essayent de recoller les morceaux, rattraper les souvenirs et recréer une époque qui n’existe déjà plus. Et comme bien des histoires d’amour, ça passe, ou bien ils cassent.

Le texte ne prétend pas à un quelconque suspens, mais expose, pour ainsi dire, les faits de la vie, tels qu’ils sont, dans tout leur drame et leur banalité. Le sujet est bien choisi, car il ne faut pas nécessairement aller dans toutes les profondeurs de l’âme humaine pour raconter une histoire touchante. Cependant, ce genre de texte est bien plus fragile et requiert une mise en scène des plus prudentes. Malheureusement, ce n’était pas le cas de cette production. Tout au long de la pièce, les deux éléments du couple se parlent que rarement face à face, et préfèrent plutôt dialoguer en faisant face au public. Cette décision, personnellement, m’a seulement fait questionner le pourquoi du comment. Bien sur, un gouffre s’est créé entre les deux amoureux, mais cette illustration visuelle dudit gouffre était, pour moi, quelque peu clichée et inutile. Il était donc difficile pour les acteurs de soutenir le drame, ce qui fait que l’histoire n’a jamais vraiment levé pour moi.

La deuxième partie de la soirée s’est enchainée avec La chanson de l’éléphant. Le docteur Lawrence a disparu, et le suspect numéro un est le dernier patient à l’avoir vu : Michael. Alors que la direction cherche à éclaircir cette étrange situation, Michael fait des siennes, passant des allusions subtiles d’agressions sexuelles au chantage pur et dur, tout en mêlant à la conversation, quand bon lui semble, sa passion pour les éléphants.

Je dois ici, en premier lieu, saluer la performance des trois comédiens interprétant le rôle de Michael. Chacun d’eux représentait une facette différente de la personnalité du patient, et ce rôle demandait un rythme sans failles et une coordination à tout casser. En deuxième lieu, évidemment, une honorable mise en scène, bien réfléchie, qui nous mène exactement aux bonnes réactions : exaspération, confusion et finalement, la libération cathartique finale avec une scène, que la metteure en scène a inventée de toutes pièces, et qui fait place à de nombreuses interprétations. Je souligne tout particulièrement cette touche personnalisée, que j’ai fort appréciée.

En deux heures, je me suis plus posé de questions que je le fais dans ma vie en général, mais c’est ce qui fait, en mon opinion, la beauté de cet art qu’est le théâtre. On y arrive avec l’intention de se détendre, et on finit souvent par en sortir avec mille et une questions sur la vie, soi-même, ou peut-être même, sur les éléphants.

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