Bois-Beckett-1À l’orée du bois, je retrouve Jean-Simon Campbell, étudiant en politique à l’UdeS, qui a été sous les feux de la rampe lors de la dernière campagne électorale provinciale. En plus de soutenir sa charge de travail étudiant, le candidat d’Option nationale dans Sherbrooke a relevé le défi du marathon électoral. Cravate en moins, espadrilles nouées, le jeune homme revient sur l’expérience qu’il a vécue dans les derniers mois.

Philippe Côté

Les élections provinciales ont eu lieu le 7 avril dernier. Ça ressemble à quoi, un rush de fin de session pour un politicien?

Les nuits qui ont suivi la campagne ont été assez courtes. Les deux semaines de bris d’horaire ont été très intenses, et on ne doit pas lâcher pour sauver la session. Ça faisait déjà un mois que je roulais à pleine vitesse, mais j’ai pu respirer à temps pour les examens. Ça m’a pris un peu plus de temps pour revenir sur terre, vu la situation particulière. Je n’ai vraiment regardé derrière moi qu’à la fin avril.

Comment s’est fait le retour en classe, à la fin de la campagne électorale?

Pour moi, c’était un retour à la normale. Évidemment, comme j’étudie en politique, j’ai dû répondre à beaucoup de questions! Mais c’était très plaisant de pouvoir discuter, et de voir mon implication reconnue de la sorte pousse nécessairement à échanger avec les autres étudiants sur ce qui s’est passé. Ça amenait des débats très enrichissants.

Ça t’a pris un certain temps avant de faire le point sur ta campagne électorale. Comment se passe le retour sur terre?

Je dois dire que c’est un sentiment assez ambigu. J’ai de la misère à me représenter tout ce que j’ai fait. J’ai une grande fierté du travail et de l’implication que j’ai mis dans cette aventure. Tout a bien été, mais avec un pas de recul, je réalise que je n’aurais pas pu présumer ce qui allait se passer. Allais-je faire le poids? Garderais-je le contrôle par rapport à mon plan de match? Ce n’est pas des questions que l’on se pose avant la campagne.

Pour le résultat en tant que tel, comment as-tu réagi?

À l’instar de tous les souverainistes, je suis amer du résultat. C’était une conjoncture politique très difficile. Sur un plan plus personnel, je serais curieux de connaitre mon résultat, si j’avais eu le temps de m’impliquer 7 jours sur 7 dans la campagne, sans statut d’étudiant.

Quant aux réactions très cyniques des électeurs, je m’en préoccupe beaucoup. Le cynisme est extrêmement dangereux en mon sens. Je l’ai vécu dès le premier jour, en amassant mes 100 signatures pour officialiser ma candidature. Les candidats font face à beaucoup de résistance sur le terrain. Environ une personne sur quatre ne s’intéresse plus du tout à la politique. Lorsqu’on s’y intéresse moins, on devient sensible seulement aux nouvelles majeures, donc souvent mauvaises, ce qui aggrave le cynisme davantage. C’est très difficile de combattre ce cercle vicieux avec de nouvelles idées.

Ce cynisme est-il l’affaire des plus vieux? A-t-on affaire à un raz-de-marée de boomers désillusionnés?

Il faut faire attention. Avant de critiquer une réalité démographique, regardons ce qui ne fonctionne pas de notre côté. La relation entre les jeunes et la politique se biaise dès le départ. Ce qu’ils entendent de la politique est à majorité conflictuel. Ce n’était pas nécessairement le cas avant. Il y avait un réel projet de société en 1970, pas un projet réchauffé. Il faut renouveler le message pour l’adapter à la jeunesse. Ça ne s’est pas fait. Celle-ci revendique par la suite un rôle restreint dans la politique active. Elle se désintéresse de la place qui lui revient de droit. D’un autre côté, quand les jeunes se sont levés en 2012, la réaction de l’électeur moyen a été assez brutale. Beaucoup de préjugés ont été véhiculés.

Je constate une barrière communicationnelle entre les générations. Il y a une panoplie de sujets sur lesquels les jeunes et les moins jeunes ne s’entendent pas. Il faut rétablir les ponts et créer un consensus au niveau des différentes revendications. Tirons profit de l’un et de l’autre. Cet aspect-là de la communication a été négligé. Il faut être capable de faire la démonstration que ces projets de société ne sont pas seulement bons pour les jeunes, mais aussi pour les plus vieux.

Quel est le futur de l’option souverainiste pour la suite des choses?

J’espère une fusion des différents partis souverainistes. Je crois qu’il faut oublier la gauche et la droite pour le moment. Le référendum doit être l’objectif commun.

Tu n’as pas peur de la formule « Votez pour nous, on verra après » ?

Je ne m’identifie pas comme un fervent de la politique partisane. Le but, c’est de faire la souveraineté. Un référendum, ça se prépare. Il faut se concentrer sur l’information et la promotion du projet avant tout. C’est actuellement une lacune. On entend beaucoup parler du mot souveraineté, mais rien de ce qu’il évoque concrètement.

La promenade tire à sa fin. Quels projets pour l’été?

Beaucoup de lecture. J’ai besoin de me détendre, de respirer un peu. Je vais surtout passer du temps avec mon amoureuse, que j’ai négligée pendant les derniers mois. J’ai eu la chance de pouvoir compter sur son soutien lors de ma campagne électorale, elle a été ma bouée de sauvetage lorsque le courant était trop fort.

Le bois Beckett est décidément un endroit idéal pour un peu de romance!

Il faut savoir aimer pour s’impliquer en politique. Avant de donner son cœur pour le Québec, il faut être en mesure d’aimer une femme avant tout!

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