Le côté sombre de la sexualité : divers sujets abordés par des chercheuses de l’Université de Sherbrooke

Par Audrey Cournoyer

Le 4 septembre dernier, La Capsule recevait un Bistro Brain ayant pour sujet la sexualité. Il n’y avait qu’un thème, mais il fut exposé en trois aspects bien différents. Voici un survol rapide des projets présentés par trois chercheuses de l’Université de Sherbrooke.

« Docteur, j’ai des envies sexuelles envers des petits garçons… Pouvez-vous m’aider? »

Valérie Aubut de la Faculté de médecine et des sciences de la santé explore la question des hommes ayant des déviances sexuelles. La chercheuse souhaite aborder la problématique des pédophiles et des personnes ayant une attirance sexuelle pour les enfants sous un angle de santé publique. Elle nous explique à l’aide de cas de figure qu’au Québec et au Canada, les hommes éprouvant de l’attirance sexuelle envers les enfants et qui ne sont pas passés à l’acte n’ont pas accès à des services pour leurs différents besoins. Mme Aubut pose donc la question suivante : « Pourquoi et comment peut-on y remédier en termes de santé publique? »

Elle nous présente alors la situation ailleurs dans le monde. En Allemagne, par exemple, il existe une campagne de santé publique ayant pour message Vous avez des envies envers des enfants? N’hésitez pas à demander de l’aide. Cette initiative repose en fait sur une approche de santé publique avec des campagnes publicitaires ayant plusieurs objectifs. D’abord, le programme souhaite sensibiliser les gens, montrer de l’empathie et diminuer la discrimination pouvant être subie quant aux préférences sexuelles. Il vise également la diminution de la peur d’être puni, de la culpabilité et de la honte ainsi que la promotion de services gratuits et confidentiels. Et, ça a fonctionné! Le taux d’agressions sexuelles sur les mineurs à Berlin a bel et bien diminué.

Au Canada, bien que le programme Circles of Support and Accountability (COSA) accompagne les personnes incarcérées lors de leur réinsertion sociale, il n’existe aucune forme de soutien ou de services pour celles n’étant jamais passées à l’acte. Au Québec comme au Canada, tout est à faire, selon Valérie Aubut.

Couple et coercition sexuelle : la contribution de l’attachement amoureux

Raphaëlle Paradis-Lavallée du Départment de psychologie de la Faculté des lettres et sciences humaines a exposé son projet de thèse de doctorat sur la coercition sexuelle dans les couples. La coercition sexuelle se définit comme l’usage de contraintes physiques ou de pressions psychologiques dans le but d’obtenir une relation sexuelle. Le fait est que s’il n’y a pas de consentement, c’est de la coercition. Paradis-Lavallée explique que, dans le couple, ce ne sont pas seulement « les gros méchants » qui font de la coercition sexuelle, ce sont monsieur et madame tout le monde.

La chercheuse établit des liens entre la coercition, la théorie de l’attachement amoureux et l’anxiété d’abandon. Ce dernier serait un facteur de risque d’être victime d’agression sexuelle de la part de son partenaire. Une personne en souffrant aurait tendance à céder à la pression et à se sentir d’avance vaincue, ce qui augmenterait ses chances de vivre de la coercition sexuelle.

À la fin de sa présentation, madame Paradis-Lavallée résume ses résultats en mentionnant que ce n’est pas parce qu’on s’aime qu’on consent à la coercition sexuelle. Amour n’est pas synonyme de consentement.

La douleur lors des relations sexuelles : causes et traitements

La docteure Mélanie Morin est professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé. Elle est également spécialiste physiothérapeute en rééducation périnéale et pelvienne. Dre Morin explique que les douleurs lors des relations sexuelles, également appelées dyspareunie, sont une condition médicale très fréquente. On parle ici de 16 % à 21 % des femmes. Cette vive douleur (sensation de coupure ou de brûlure) est localisée au niveau du vestibule lors de pression ou de la pénétration vaginale.

Un diagnostic est posé par exclusion puisque les causes ne sont généralement pas identifiables. C’est donc en éliminant les infections, les inflammations, les causes neurologiques, et plusieurs autres éléments qu’on établit finalement le diagnostic. Étant donné ces circonstances, il n’est pas rare que les femmes consultent plusieurs médecins avant d’avoir une réponse. Cette problématique reste encore aujourd’hui mal comprise.

Après avoir fait des essais cliniques, Dre Morin et son équipe en sont venus à plusieurs conclusions. Deux traitements ont été testés sur plus de 200 femmes : la physiothérapie et une crème anesthésique. Environ 79 % des femmes dans le groupe de physiothérapie ont rapporté que leur douleur s’était de très fortement à fortement améliorée comparativement à 40 % dans le groupe de la crème. En conclusion, la physiothérapie est le traitement le plus efficace et réduit grandement la douleur, la détresse sexuelle et la peur de la douleur.

Qu’est-ce qu’un Bistro Brain?

Chaque mois, La Capsule présente une série de conférences sur un sujet défini. Les chercheuses et les chercheurs invités doivent vulgariser leurs travaux de recherche dans un court laps de temps, laissant donc l’occasion au public de poser ses questions.

« Bistro Brain vise à servir de plateforme de diffusion pour le savoir développé dans les universités de la région afin de réduire le fossé séparant la recherche effectuée en milieu universitaire et le grand public », explique l’organisation sur sa page Facebook.

Le prochain Bisro Brain se déroulera le 2 octobre et aura pour thématique les sciences fondamentales. Il sera suivi le 6 novembre par une soirée sous le thème de l’éthique, puis, le 4 décembre, c’est le sujet de la surconsommation qui sera abordé.


Crédit Photo © Pxhere

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