Ma première fois, c’était au Bilboquet. La prématernelle m’arrachait à ma mère, et la rupture a marqué un premier traumatisme sur mon cœur jusque-là pur et innocent.

Philippe Côté

Lorsqu’on aime, c’est difficile de se quitter. Les larmes de crocodiles ruisselaient sur mes pommettes rouges, et quotidiennement, je revivais cette tragique destinée. Ces (demi)-journées me terrifiaient, autant par l’absence de mes parents que par l’inconnu qui se murait devant moi.

Autant vous le dire tout de suite : je ne suis pas précoce ; du moins, lorsqu’il est question d’adaptation. J’ai bien lu toutes les citations possibles sur vos photos de couverture Facebook, dont la plus célèbre “Finish your DEC, buy a ticket to Sherbrooke, fall in love, never return”, mais je ne peux rien y faire : mon sentiment de liberté est vite terni par un mal du pays, un manque viscéral du domicile familial. Les vieux amis sont loin, le Zara encore plus…

Je vous ai menti un peu. Je suis un des rares Sherbrookois d’origine que vous croiserez à l’Université. Et je revois chaque fois, quand septembre revient, la neige, neige, d’étudiants provenant de partout au Québec se poser sur Sherbrooke, pour commencer une nouvelle aventure.

L’aventure. Certains vous diront qu’ils sont venus pour les voyages, les stages. D’autres pour jouer la game (entre autres les Jeux du commerce). Les plus romantiques vous parleront d’amour, d’amitié et de nouveaux départs. Mais même si les sessions à l’étranger aux Îles Vierges vous font déjà saliver (oui, c’est possible), même si Sherbrooke déborde de célibataires sexy, même si les 5 à 8, même si vos nouveaux colocs, même si votre programme d’étude passionnant, même si… Même si tout ça, il y aura d’abord les adieux. Il y aura les papas qui ne pleurent pas souvent, mais que pas cette fois-ci. Il y aura Molly, Cachou et Lionel (un chien-saucisse) qui manqueront d’affection, tout seuls à la maison. Il y aura les amourettes d’été qui tourneront leur dernière page, et dont on regrettera secrètement la fin. Il y aura finalement les chums et les blondes, à qui on dira ou non au revoir, à qui on dira qu’on s’aime autant que Chuck et Blair, à qui on dira qu’on reviendra chaque week-end. On a vu neiger beaucoup d’étudiants à Sherbrooke. Et pour tout vous dire, des fois ça marche, des fois c’est plate. Faut pas avoir peur de flipper.

Et pour tout le reste : oui, on pleure et on s’ennuie, au début. On se dit : « c’est plate en ********* les bars à Sherbrooke, pis ****** qu’y a pas de magasins où s’habiller, on dirait que tout le monde a le même manteau » (reminisce le manteau kaki avec des manches en cuir, édition 2013).

Tant mieux. Faites-vous des partys de maison, invitez vos nouveaux amis du 5 à 8, ramenez nous un style du mile end pour vous retrouver dans les lookbooks du journal.

Et tranquillement, sans vous en rendre compte, la petite cicatrice du départ va se refermer de plus en plus. Vous resterez pour un week-end de temps en temps. Vous découvrirez les Cantons-de-l’Est en lovers quand votre chum descendra vous voir. Vous skyperez avec votre papa et Cachou. Vous parlerez à vos amis de l’autre jour où vous avez eu le coup de foudre pour une belle p’tite blonde dans l’autobus 16 qui étudie en droit.

Et ça tombe bien, parce qu’il y a un 8 à minuit jeudi au café Gigi. On y va?

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