Par Simon RD 

Le 4février dernier, l’Association des locataires de Sherbrooke a organisé une manifestation pour mettre en garde la population sherbrookoise et pour passer un message clair au gouvernement. En effet, à presquun mois du dévoilement du nouveau budget provincial, l’Association demande que l’accessibilité aux logements abordables soit l’une des priorités pour les caquistesLe Collectif a eu la chance de s’entretenir avec Celia Dagenais, porte-parole de l’association.     

La situation actuelle dépasse largement celle de la pénurie du logementSherbrooke fait actuellement face à une crise, et c’est la raison pour laquelle l’Association des locataires de Sherbrooke a organisé une manifestation durant laquelle trois grandes lignes directrices ont façonné les cris du cœur: un avertissement à la population sur une crise qui prend une ampleur considérable, la dénonciation du marché privé et de la déresponsabilisation du gouvernement en place devant une telle situation et enfin, des revendications à long et court terme.  

Un regard pessimiste de la situation  

L’Association des locataires de Sherbrooke a tenu à faire un avertissement clair à la population : le regroupement met en garde la communauté de Sherbrooke, d’un état peu optimiste de la situation actuelle concernant l’accessibilité du logement. Effectivement, selon le dernier rapport annuel, le taux d’inoccupation des logements à Sherbrooke est passé de 2,3 % à 1,3 %.  

Le constat devient encore plus sombre quand on tient compte que, dans le marché locatif privé, le taux d’équilibre est de 3%. «Du jamais vu en 15ans», a affirmé MmeDagenais. La porte-parole a aussi tenu à préciser que dans le 1,3% d’occupation, il faut comprendre que le pourcentage d’habitation salubre est encore plus minime. Donc, si on tient compte que tout être humain devrait pouvoir vivre dans un endroit où la qualité de vie est optimale et dans un budget raisonnable, permettonsnous de nous poser de sérieuses questions. 

De surcroît, Celia Dagenais parle aussi de discrimination. De plus en plus, certains propriétaires vont sélectionner leurs locataires à partir de critères illégitimes. En effet, force est d’admettre que «les familles bruyantes» deviennent de moins en moins les clients cibles des propriétaires, et ce, au profit de couples travailleurs. Comme le mentionne Celia Dagenais, les propriétaires ont le pouvoir d’établir ces critères, puis dans un contexte au droit au logement cela pose problème.  

«Je dis aux gens, sauf en cas d’extrêmes situations qui les mettraient en danger, de garder leur logement, car sinon ils risquent d’être dans la rue!» – Celia Dagenais 

Un marché trop libre et un gouvernement désengagé 

L’Association des locataires de Sherbrooke a aussi tenu à dénoncer les propriétaires qui bénéficient de la crise et aussi à dénoncer un gouvernement désengagé dans une crise sans précédent. Selon l’Association, les prix des loyers au Québec auraient augmenté de 170% de 1980 à 2010, ce qui est sérieusement inquiétant.  

«Nous insistons sur le fait que le principal responsable de cette crise EST le marché privé locatif. Non seulement c’est lui qui contrôle l’indexation des loyers, mais c’est aussi la cause première d’embourgeoisement. Et c’est lui seulement, ainsi que les fonctionnaires et les propriétaires, qui en bénéficient!» 

D’après MmeDagenais, le prix d’un loyer ne devrait jamais dépasser 30% du revenu. Au-dessus de ce pourcentage, les gens sont plus propices à se retrouver en situation d’itinérance, ce qui est indéniablement alarmant.  

De plus, il n’y a pas que les chiffres, mais aussi des situations des plus déplorables auxquelles les individus et familles moins fortunés peuvent être confrontés. On peut notamment parler dharcèlement, d’insalubrité, d’expulsion et d’augmentation non justifiée d’un loyer.  

D’ailleurs, on pourrait aussi parler des fameuses «rénovictions», un néologisme peu glorieux, où certains propriétaires vont faire une reprise de logement pour le rénover, pour ainsi le louer plus cher à quelqu’un de plus fortuné donc probablement pas à une jeune famille en situation plus délicate. C’est assez facile de constater l’augmentation des loyers en parcourant les annonces sur le web. 

Revendications et réformes 

Bien entendu, l’Association des locataires de Sherbrooke offre des pistes de solutions et Celia Dagenais en a fait part. Tout d’abord, l’Association revendique à court terme que le gouvernement finance la construction de 5000logements sociaux, dont 300unités ici, à Sherbrooke. Le gouvernement avait promis 15000logements et, à mi-chemin de son mandat, n’avait pu atteindre que le nombre de 2000logements entamés. À long terme, toutefois, soit sur cinq ans, l’organisme communautaire sherbrookois stipule que 50000nouvelles habitations devraient être construites pour les besoins urgents.  

À court terme, les plans voudraient qu’on socialise l’habitation. En fait, l’idée serait que «la population obtienne le pouvoir de gérer l’habitation» ce qui représente une large différence avec l’idée de la nationalisation.  

Trois types de logements ont été évoqués par la porte-parole. Le premier type serait la coopérative d’habitation, ensuite l’office d’habitation et enfin des OSBL. Ces structures permettraient aux gens moins fortunés de pouvoir s’offrir, à plus petit prix, des logements convenables et où il fait bon vivre. En fait, la socialisation du logement est assez logique quand on pense que se loger est un besoin essentiel. 

Au-delà des chiffres et des statistiques qui présentent l’image d’un marché du logement québécois aux tendances pécuniaires; au-delà de ceux qui profitent des crises sociales pour s’enrichir un peu plus, il ne faut jamais oublier le drame humain derrière «le dollar»Un logement, des êtres humains, ça, c’est important.   

Un peu d’humanisme, on devrait tous pouvoir vivre dans un logement sécuritaire sans anxiété. Soyons solidaires

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