Crises des opioïdes : l’UdeS souhaite développer des médicaments plus sécuritaires

Par Jean-François Eddie

Des surdoses par milliers, des services d’urgences assaillies, la crise des opioïdes ravage le Canada et les États-Unis. Pour la première fois depuis des décennies, l’espérance de vie au Canada a cessé de croitre en raison des nombreuses surdoses accidentelles au fentanyl, à l’oxycodone et au Percocet. À l’heure actuelle, de nombreux laboratoires de l’Université de Sherbrooke travaillent dans le but de comprendre les effets des opioïdes et créer des médicaments plus sécuritaires.

Qu’est-ce que la crise des opioïdes ?

Au début des années 2010, on dénote une augmentation des cas de surdoses liées au fentanyl au Canada, principalement dans l’ouest du pays en Colombie-Britannique. Offrant une alternative jusqu’à 50 fois plus puissante que l’héroïne, les opioïdes font peu à peu leur entrée dans le trafic des stupéfiants. Lorsqu’utilisé de façon inadéquate, seulement quelques grammes suffisent pour causer la mort. En 2015, le Centre canadien de lutte contre les toxicomanies souligne dans un rapport que « le nombre de morts impliquant le fentanyl a augmenté de façon marquée dans les quatre plus grandes provinces du pays ».

Chaque jour, 11 personnes meurent au Canada d’une surdose d’opioïdes selon le gouvernement canadien. Entre 2016 et 2018, plus de 9000 décès ont été causés par la consommation inadéquate d’opioïdes au Canada. Parmi les divers analgésiques présents sur le marché, le fentanyl est particulièrement utilisé et représente 60% des décès répertoriés.

Comprendre les opioïdes

L’opioïde est une substance psychotrope qui interagit sur l’état du système nerveux central. En altérant les fonctions du cerveau, ce médicament agit en tant qu’analgésique et induit des modifications de la perception, des sensations et de la conscience chez le patient. Utilisés en médecine dans le traitement de la douleur, les analgésiques sont répertoriés en fonction de la douleur à atténuer : les anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme l’ibuprofène et l’aspirine, permettent de soulager la douleur jugée faible ou modérée. Pour les opioïdes, ils sont utilisés pour les douleurs plus importantes et sévères.

Contrairement aux anti-inflammatoires, les opioïdes sont extrêmement addictifs et peuvent causer des surdoses avec seulement quelques grammes. Toutefois, ces effets ont longtemps été cachés au grand public dans le but d’accroitre la vente de ce genre de médicaments. En 1995, l’OxyContin du géant pharmaceutique Purdue Pharma a été prescrit massivement et a un panel plus large de douleurs. Aujourd’hui, cette entreprise est poursuite devant la justice pour ses publicités dites mensongères, et pour son rôle dans l’épidémie qui ravage l’Amérique du Nord.

Sherbrooke particulièrement touchée par la crise

Depuis quelques années, le fentanyl et la morphine ont causé de nombreux cas de surdose en Estrie. Selon les plus récentes données de l’Institut canadien d’information sur la santé, Sherbrooke obtient la médaille d’argent du nombre d’hospitalisations liées aux opioïdes pour toute la province. De fait, le nombre de surdoses atteint environ 18,2 individus par 100 000 habitants, pour seulement 6,9 cas par 100 000 habitants à Montréal. Ces chiffres inquiétants poussent l’Institut de Pharmacologie de Sherbrooke et le Centre de recherche du CHUS à trouver de nouveaux analgésiques.

Dans un communiqué publié sur le site de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS, on relate les avancées scientifiques dans la création d’analgésiques plus sécuritaires. Les équipes des professeurs-chercheurs « Louis Gendron, Ph.D. (Département de pharmacologie-physiologie), Yves Dory, Ph.D. (Département de chimie) et de Brigitte Guérin, Ph.D. (Département de médecine nucléaire et radiobiologie) […] étudient les enképhalines afin de mieux comprendre comment elles fonctionnent et se rapprochent, petit à petit, de la découverte d’un analgésique sécuritaire. » Avec une surdose qui frappe en quelques secondes, la communauté sherbrookoise se doit d’être conscientisée sur les nombreux dangers que représente l’utilisation des opioïdes.

Comment obtenir de l’aide

Pour obtenir de l’aide, de l’offre soutien et des informations pour les individus concernés par la toxicomanie, suivez le lien http://www.drogue-aidereference.qc.ca/www/index.php?locale=fr-CA ou composez le 1-800-265-2626. Des agents offrent des services strictement confidentiels et anonymes, 24 heures par jour, 7 jours par semaine, sans frais.

Partager cette publication

Laisser une réponse