Danse et relation d’aide : deux passions mises au service des femmes

Par Judith Doré Morin

Au moment d’achever son baccalauréat en travail social à l’Université de Sherbrooke, Alexia St-Germain désire pouvoir arrimer sa passion pour les relations d’aide à celle de la danse. C’est ainsi qu’elle se lance dans la rédaction d’un essai de maîtrise intitulé Interventions féministes par la danse au Québec : violences, corps, identité et reprise de pouvoir.

Se reconnecter avec les sensations de son corps, ce véhicule de violences et de tensions; exprimer les idées et les sentiments qui habitent l’esprit sans un moindre mot; déconstruire des stéréotypes genrés et explorer des problématiques sociales dans un contexte de créativité : c’est notamment ce que permet l’emploi du mouvement dansé comme outil d’intervention en travail social.

L’approche féministe en travail social

La Charte des droits et libertés de la personne adoptée par le gouvernement québécois en 1975 prohibe, entre autres, la discrimination fondée sur le sexe. Pourtant, malgré de nombreuses avancées en la matière, l’égalité entre les hommes et les femmes semble toujours relever de l’utopie dans la province. Encore aujourd’hui, le revenu des femmes tend à être inférieur à celui des hommes et celles-ci représentent la majorité des victimes d’agression sexuelle et de violence conjugale. Ainsi, la remise en question d’une organisation sociale genrée qui anime le mouvement féministe demeure d’actualité. De cette réalité sociale découlent les stéréotypes de genre définis par croyance selon laquelle certaines attitudes différencient les femmes des hommes. L’intervention féministe, développée dans les années 1970, découle du mouvement social visant l’atteinte de l’égalité des genres. Ce modèle d’intervention s’articule alors autour du postulat que les violences faites aux femmes, peu importe les formes sous lesquelles elles se manifestent, constituent une problématique structurale issue des rapports de pouvoir inégaux entre les genres.  Ainsi, autant par des interventions individuelles que collectives, les travailleuses sociales et les travailleurs sociaux parviennent à intégrer le mouvement féministe et participent à la déconstruction des stéréotypes de genre.

La danse comme outil d’intervention

Afin d’accroître l’autonomisation des femmes et de leur redonner le pouvoir sur leur vie, l’intervention féministe prône l’acquisition de moyens créatifs de s’exprimer, d’agir et de revendiquer ses droits. La danse constitue l’un de ces langages innovateurs qui permettent aux femmes de communiquer et de dénoncer les oppressions qu’elles vivent en raison de leur sexe. Ainsi, le mouvement corporel devient une forme d’expression par lequel les femmes peuvent explorer leur identité dans un espace de liberté et de respect.

L’intervention féministe par la danse se réalise dans différents contextes. Par exemple, au cours de son stage, l’automne dernier, Alexia St-Germain a eu l’occasion de participer à des ateliers de danse avec des femmes victimes de violence conjugale. Ce genre d’activité permet aux femmes de sortir de l’isolement, de partager ce qu’elles ressentent, et ce, tout en créant un lien plus positif avec leur corps. Autrement, la danse peut également sensibiliser le public face aux violences faites aux femmes, ou même d’aborder les thématiques de l’image corporelle et de l’estime de soi auprès d’adolescentes et d’adolescents.

Par la réalisation de son essai, basée sur l'hypothèse que le corps constitue l'élément central de l'intervention féministe, Alexia St-Germain souhaite notamment prouver que la créativité et l'innovation ont leur place dans le domaine du travail social.


Crédit Photo @ Maxime Daigle

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