De l’engagement des artistes en politique

Par Benjamin Le Bonniec

A quelques jours des élections, on peut se poser la question de l’engagement des artistes en politique. Les artistes peuvent-ils réellement favoriser le changement et comment ? Pourrait-on imaginer une société sans artistes ? La fonction politique des artistes est-elle de montrer le réel ? L'artiste ne doit-il pas également apporter une respiration, non en s'opposant aux institutions, mais en nous permettant de sortir du politique ?

L’engagement politique des artistes est depuis les premiers balbutiements de la politique quelque chose qui apparaît nécessaire et indispensable. Il favorise la démocratie et nous défend contre les dictatures, de Victor Hugo à Jean-Paul Sartre, de Charlon Heston à  Robert Redford, beaucoup ont élevé leur voix.  Fin septembre, ce dernier déclarait justement à l’occasion du Festival du Film de Sundance, dont il est le créateur : « J’utilise mon art pour critiquer le système politique. »

Nombreux sont en effet les artistes qui, à travers l’histoire, ont su dénoncer par l’humour, la critique, par les mots ou l’image, les dérives et travers de nos sociétés contemporaines. Imaginer la société dans laquelle on vit sans artistes apparaît aujourd’hui inconcevable et à certains niveaux de l’engagement artistique, leur rôle peut être déterminant. On l’a vu en janvier dernier avec les attentats contre Charlie-Hebdo à Paris; grâce aux dessins satiriques, Charlie-Hebdo a toujours fait de la caricature un moyen de critiquer et de lutter en se positionnant contre le terrorisme religieux notamment.

Une des premières missions d’un artiste est de dire et de montrer le réel, et le réel s’apparente souvent à ce qui ne va pas. Et justement, la caricature, de James Gillray à Charb ou Cabu, a pour charge de dénoncer en partant du réel, il s’agit là d’une des fonctions fondamentales de l’artiste. Dans les climats socio-économiques actuels, la seule véritable voix d’opposition devrait être portée par des artistes, en raison notamment de la complaisance flagrante ou de l’aphasie dont font part les membres de la classe politique. Or, les seuls acteurs de la société véritablement capables de dire ce qui est, ce sont les artistes.

On l’a vu pendant la période où Margaret Thatcher était au pouvoir au Royaume-Uni, les artistes étaient devenus la véritable opposition, celle qui structurait les luttes en leur donnant une forme et une profondeur. Cette opposition naturelle est évidemment le rôle même de l’artiste. Dans le Québec du XXième siècle, Robert Lepage ou Robert Charlebois se sont fait entendre et ont dénoncé la réalité comme lors de « la chasse aux artistes » menée par Stephen Harper en 2008. L’artiste engagé doit perdurer et chaque élection est l’occasion de casser un peu plus les pieds à ceux qui nous gouvernent.


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