Un peu de mauvaise foi avec votre interprétation?

Par Jonathan Asselin

C’est écrit partout! On en parle, on n’en revient pas : la ministre de la Condition féminine Lise Thériault qui dit qu’elle n’est pas féministe. Et Marie-France Bazzo qui renchérit avec un éditorial dans lequel on peut lire tel quel : « Je ne suis pas féministe, moi non plus ». Incroyable.

Surpris de lire ces mots? Les titres sont parfois trompeurs. Les paroles aussi. Les quotidiens doivent rapidement décupler l’ampleur de la « nouvelle » avec leurs gros titres, question de titiller la sensibilité des uns et des unes. Mais lorsqu’on lit correctement les articles, on se rend bien vite compte que ces deux femmes – pour en rester à ces deux cas – sont bel et bien féministes.

Eh oui! Elles ont beau dire ce qu’elles veulent, leurs idées vont dans le même sens que l’idéologie principale du féminisme. Dans ses fondements, le féminisme veut l’égalité des sexes. Pas trop compliqué (sauf dans les faits). Après lecture, mon verdict est clair : ces femmes se sont simplement mis les pieds dans les plats. Fausse alerte! Elles sont pour l’égalité des hommes et des femmes.

Lise Thériault explique qu’elle ne veut pas être identifiée à un mouvement qui se bat contre les hommes. Elle explique donc : « Je suis beaucoup plus égalitaire que féministe. » Ce qu’elle sous-entend, c’est que le mouvement féministe qu’elle croit connaître milite contre les hommes. Or, il n’en est rien. Si des groupes féministes militent contre les hommes, il va sans dire qu’on parle ici de féminisme extrémiste ou radical. Les musulmans ne sont pas tous terroristes. Quant à Bazzo, son point de vue est plutôt égocentrique (et assumé comme tel). Elle ne veut pas militer et ne veut pas joindre un groupe quelconque. « Mais je pense faire ma part », écrit-elle.

Je crois que ceux qui ont fait sortir cette nouvelle étaient de mauvaise foi. Il est évident qu’il s’agit d’une erreur de sémantique. Ce qui m’a frappé, quand même, c’est que ces deux femmes ne semblent pas savoir qu’être féministe, ça n’engage à aucune réunion, aucune manifestation, aucune redevance. Être féministe, c’est d’abord et avant tout dans notre manière de penser, d’agir et de comprendre le monde. En tout cas pour moi. Être féministe, madame Thériault, ce n’est pas se battre « contre les hommes », c’est, comme vous l’avez vous-même écrit, vouloir que les femmes aient les mêmes droits que les hommes. Être féministe, madame Bazzo, ce n’est pas non plus « s’empêcher de porter jupes et talons hauts ».

Il n’est jamais trop tard pour apprendre. Il y a quelques années, je ne me considérais pas comme féministe. Je n’étais pas misogyne non plus. Je n’y avais tout simplement jamais réfléchi. Au fil de lectures, conversations et découvertes Internet, je me suis rendu compte que je l’étais. Comme monsieur Jourdain, sans le savoir, s’exprimait en faisant de la prose, je crois que peu de gens peuvent vraiment dire qu’ils ne sont pas féministes. Ne pas être féministe revient à dire que l’on n’est pas pour l’égalité des sexes. Il convient à chacun de choisir sa manière de l’être. Militant ou non. Jupe ou col roulé. Talons aiguilles ou gougounes. Peu importe. Et vous, comment il est, votre féminisme?


Pour lire l'article de notre chef de pupitre campus Jonathan Asselin, c'est par ici!

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