De Sherbrooke à Portland : un vélo, quatre sacoches et une tente

Par Jérémi DeBlois-Beaucage

Un plan simple. On part de Sherbrooke à vélo, on se rend à l’océan et on revient. Aucune réservation, personne qui nous attend, juste une tente, un peu de nourriture et quelques vêtements bien accrochés à nos vélos. Voici quelques pensées sur un inconfortable mais incroyable périple de dix jours jusqu’à la côte Est américaine.

Choisir l’inconfort

À quoi ressemble votre voyage de rêve avec un budget d’étudiant? Le jeune adulte moyen campe quelques nuits à Sandbanks ou loue un appartement à Old Orchard. J’ai choisi de partir en vélo, sans réels plans. Pour dix jours, j’ai choisi de me placer dans l’inconfort. Ces dix journées ont suivi le même rythme : quelque cent kilomètres de vélo, arrêt à une épicerie puis quête d’un terrain où camper, habituellement en cognant aux portes des maisons environnantes. Les seuls jours de congé de ma dernière année universitaire se résument à de longues heures à suer dans les montagnes des États-Unis, à de courtes nuits dans une tente à sept centimètres du visage d’un vieil ami et à des repas cuisinés assis dans l’herbe avec un couteau-fourchette-cuillère audacieux. Et je les ai adorés.

L’inconfort et les inconnus

Certains swipent à droite, sortent plusieurs fois par semaine ou dépensent des fortunes pour rencontrer des gens. Un vélo avec quatre sacoches bien pleines, un habillement sensuel de cycliste et un timide accent francophone : voilà ce qui fonctionne vraiment. Peu importe l’endroit, au moins une personne inconnue nous saluait, sourire aux lèvres, et nous questionnait sympathiquement sur notre parcours. À Colebrook, un couple jardinier nous a hébergés et nous a offert fruits et légumes frais pour accompagner notre juteux riz aux bines et aux saucisses. À Gray, une jeune famille nous a accueillis avec bières et jeux de cartes et nous a chaleureusement cuisiné le déjeuner le lendemain. Mieux encore, quelques heures plus tard, la grand-mère de la famille nous offrait un toit pour trois jours. Toutes ces rencontres ont été initiées de la même façon : « Hi! We’re two guys biking from Quebec to Portland, could we pick a tent in your yard? ». Ces gens ne nous devaient rien, mais nous ont donné un terrain où dormir, une douche chaude, de la nourriture et des souvenirs de soirées inoubliables. Jamais je n’aurais cru qu’une femme de soixante-cinq ans, inconnue trois jours auparavant, verserait une larme la journée de notre départ de Portland.

L’inconfort se vit difficilement sur le coup. Mes bonnes cuisses brunes et blanches vous en parleraient longtemps. Mais l’inconfort, indissociable de l’aventure et de la nouveauté, aura laissé place à un sentiment d’accomplissement et aura rendu enivrant un confort autrefois banal.


Crédit photo © campqs.org

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