Dehors, le MP3!

Culture - Photo dedito - Julien Beaulieu - 24 marsNon, il ne sera pas ici question de ce lecteur de musique format clé USB que tout le monde avait en secondaire 2. Le lecteur MP3 a eu ses heures de gloire, certes, avec sa mémoire interne capable de contenir un gros maximum de cinq chansons. Toutefois, c’est plutôt du « format » MP3 dont il sera ici question. Préparez-vous à vous boucher les oreilles!

Par Julien Beaulieu

Déjà loin sont les heures à chercher sur Limewire le nouveau hit de T-Pain et Chris Brown. En effet, cela fait déjà cinq ans qu’un juge de la Cour fédérale américaine a émis une injonction interdisant la poursuite des activités du logiciel de partage de fichiers. Frostwire l’a remplacé pendant quelque temps, mais ça n’a jamais été la même chose. Nombreux sont ceux qui ont abandonné leurs activités de pirate à ce moment-là pour se tourner vers les portails payants comme iTunes pour s’approvisionner en musique. D’autres ont simplement poursuivi l’aventure avec d’autres logiciels de téléchargement, dont les populaires modules permettant le téléchargement des vidéos du portail YouTube. Malheureusement pour les pirates, la gratuité a une conséquence fréquente sur le contenu téléchargé : la faible qualité sonore.

La faute d’un format?

On entend souvent que la faible qualité sonore de certains enregistrements s’explique par les conversions successives qu’ils ont subi, d’un format à un autre, du studio jusqu’à votre écouteur. La conversion implique souvent une compression, surtout lorsque le format sortant est plus léger – et donc moins riche en données. C’est le cas du format MP3.

Le MP3 (ou MPEG-1 et MPEG-2, pour les intimes) date déjà de plusieurs années. Il a succédé aux formats MUSICAM et ASPEC, omniprésents dans les années 90, avec comme caractéristique une forte compression des données : un poids minimal pour une maximisation de la qualité sonore perçue par l’oreille humaine. Au début des années 2000, le MP3 est le format privilégié sur les sites de partage audio : c’est la consécration.

Encore aujourd’hui, le MP3 est un des formats audio les plus communément utilisés. Mais est-il nécessairement de mauvaise qualité? Malgré certaines voix discordantes, la plupart des personnes l’utilisant ne voient pas la différence avec des formats de qualité supérieure. Il faut toutefois noter que le débit d’encodage du fichier peut influer beaucoup sur sa qualité.

La solution Neil Young

En janvier, le chanteur canadien Neil Young lançait, suite à une campagne de financement participatif sur KickStarter, le lecteur de musique Pono dont la principale caractéristique est de pouvoir lire de la musique à partir de fichiers en haute résolution. Il est possible de se procureur ce lecteur pour 399 $ en ligne. L’initiative de Young se veut une réponse directe à la perte de qualité audio dans certains formats. Mais Pono est-il vraiment le sauveur de la musique numérique?

Charles Arthur, chroniqueur techno du Guardian, est sceptique : « It's true that bandwidth has expanded hugely over the past 10 years; we're not working on MP3s encoded at 64 kilobits per second (kbps) so they can be squeezed down a phone line connected to a dialup modem. But during that period the ability of our ears to distinguish sound has not changed; 44.1kHz, 16-bit audio sampling is good enough to reproduce any music. » Au final, Pono est tellement bon qu’il offre une qualité que l’oreille humaine n’est même pas capable d’apprécier.

Les limites humaines

Des automobiles toujours plus rapides malgré des limites de vitesse qui ne changent pas. Des barbecues capables de faire cuire des villes entières en quelques secondes tellement ils ont de BTU. On croyait pouvoir s’en sortir, mais voici maintenant que l’extravagance en vient aussi à toucher les outils de diffusion culturelle.

Après la télé HD, les nouveaux appareils 4K, offrant une résolution quatre fois supérieure à leurs prédécesseurs, commencent à faire leur apparition dans les magasins d’électronique. Avait-on vraiment besoin de cela pour pouvoir apprécier pleinement les œuvres cinématographiques et télévisuelles de nos créateurs? N’est-ce pas qu’un moyen de plus pour faire saliver les consommateurs? D’ailleurs, ne vous pressez pas pour vous en procurer : Sharp travaille déjà sur la mise en marché d’appareils encore plus puissants. Ses téléviseurs, qui exploiteront la technologie 8K, devraient être disponibles dès 2020. Dire qu’il y a quelques décennies, la télévision en couleur révolutionnait le monde.

Il semble qu’on pourra toujours faire plus fort, plus lourd, plus grand, jusqu’à ce qu’on atteigne les limites de nos récepteurs sensoriels. Cette limite a été atteinte en matière de lecteur audio par la technologie Pono. La qualité, oui. Toutefois, cette qualité a souvent un prix. Oui au progrès, mais seulement dans la mesure où il contribue à une meilleure transmission du message.

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