Déjà les prochaines montagnes russes

Par Jonathan Asselin

Souvenirs légers

Contrairement aux années passées, j’ai écrit la date sans faire d’erreur sur le chèque du

loyer de janvier. Ça m’aura bien pris six ans pour réussir cet exploit. Comme je m’y

attendais, le propriétaire ne m’a pas félicité. J’ai savouré seul ma petite victoire et

personne n’était même au courant que j’avais accompli quelque chose ce jour-là :

changer, du premier coup, le 2015 habituel pour le nouveau 2016.

 

C’est peut-être ça, devenir adulte. Ça peut aussi être la hâte de tourner la page sur une

année remplie de déceptions. C’est vrai, Éric Duhaime a plus de followers que tous mes

amis réunis, et il les gave bien. Certains de mes compatriotes ont fièrement arboré le sac

de patates pour protester contre le droit de vote à visage couvert. Ils n’étaient pas

nombreux; à peine plus que les femmes qui ont voulu voter le visage voilé.

 

Tout n’a pas été négatif. Justin Trudeau a quand même remplacé notre führer national en

promettant la légalisation de la marijuana. Ça nous fera quelque chose à consommer en

patientant pour la légalisation du chanvre, une des plantes les plus multi-usages qui soit.

Dans plusieurs régions, on a eu droit à un magnifique Noël vert (vert, c’est tendance,

right?), ce qui a laissé le temps aux retardataires de faire leurs achats du temps des fêtes à

vélo (vert, c’est tendance).

 

Ce qu’il me restera de 2015

Veux, veux pas, l’année qui vient de se terminer aura inévitablement marqué, comme

toutes celles d’avant, notre imaginaire collectif. Les débats autour de l’accueil de réfugiés

syriens auront sans doute été une des bouchées difficiles à avaler de 2015.

 

Alors que l’égalité entre tous les hommes et toutes les femmes de cette planète est depuis

un certain temps inscrite noir sur blanc en plusieurs endroits, elle reste péniblement

appliquée dans plusieurs situations. Les grands débats de l’actualité débordent non

seulement de sophismes, tant d’un côté que de l’autre; les enjeux sont si délicats que les

expliquer de fond en comble semble presque impensable. Ce faisant, les partis ont

tendance à passer rapidement sur certains problèmes, quitte à laisser la population se

débrouiller dans ce labyrinthe de désinformation. Ainsi, malgré la misère vécue par les

Syriens demandant asile au Canada, certains commentateurs (des inconnus, d’autres

ayant comme tribune le journal le plus vendu du Québec) ne se sont pas gênés pour sortir

le fond de racisme et d’intolérance qui reposait en eux.

 

Comme écrit plus haut, tout n’a pas été si négatif. Je veux dire, ça aurait pu être mieux,

mais ça aurait aussi bien pu être pire. Kim Jong-un n’a pas testé de missile sur le territoire

de l’Université de Sherbrooke. Le colis suspect retrouvé à la FLSH n’était pas dangereux.

Madame Bou est devenue famous worldwide. Jean Leloup a fait paraître un album que la

critique qualifie comme étant son meilleur depuis le nouveau millénaire et il a été

largement récompensé lors du Gala de l’ADISQ.

 

Regards dans le palantír pour 2016

À l’ère de l’individualisme ingrat, il est bon d’avoir des idéaux, quitte à ne pas détruire

tout sur son passage style V for Vendetta. Sans souhaiter de nouvelles grèves, je crois

qu’espérer des solutions aux différents problèmes socio-économiques de notre belle

province n’est pas trop. Oh! wait… quitte à ce qu’on sorte deux ou trois fois dans les rues

pour faire entendre nos voix : « Pas content! Pas content! »

 

On m’a demandé mes prévisions pour 2016, et je mentirais si je disais que je crois à une

amélioration palpable de la situation du Québec en tant que tel. L’histoire tend à se

répéter. Mais on peut au moins regarder plus près de nous et apprécier le développement

de projets d’envergure locale ou régionale et leurs entrepreneurs qui prennent le temps,

aujourd’hui, de travailler à construire demain pour les gens d’ici.

 

Mes prévisions rêvées pour 2016 (aka liste d’idées de projets étudiants) : la mise en place

d’un système de récupération des mégots de cigarettes (ça existe déjà, mais pas à

l’UdeS); une série de séances d’information sur l’éthique végane et les nombreux enjeux

qui se cachent derrière ce type d’alimentation mode de vie; une série de bandes dessinées

caricaturant le rocambolesque Donald Trump; la momification de la statue de Duplessis

devant le parlement provincial; une proposition officielle pour changer le slogan des

plaques d’immatriculation.

 

Rien de mieux qu’un nouveau défi pour commencer l’année.


Crédit photo © Vicky Tous les jours de ma vie

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