Démystifier le cannabis médical

Par Sandrine Martineau-Pelletier

Une consultation publique a récemment eu lieu au Québec concernant le projet de loi qui prévoit légaliser le cannabis récréatif d’ici 2018. Cependant, la consultation publique a laissé de côté le thème du cannabis médical, qui est légal depuis 2001. Ce dernier est mal compris par la population selon l’Association québécoise des intervenants en cannabis médical (AQICM), ce pour quoi elle fait en ce moment une tournée d’information au Québec pour démystifier l’utilisation thérapeutique du cannabis.

« C’est la [drogue] la plus cachée qui est utilisée par le plus de monde », précise au Collectif Shantal Arroyo, membre de l'AQICM. L’Enquête québécoise sur la santé de la population faite par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) rapporte en effet que 31 % des 15 à 17 ans et 41,7 % des 18 à 24 ans ont consommé du cannabis entre 2014 et 2015. Ces chiffres rapportent seulement les expériences qui ont été partagées avec l’ISQ, ce qui laisse donc penser que le nombre réel serait encore plus grand que ceux dénoncés dans l’enquête.

Projet de loi

La loi qui entrerait en vigueur en 2018 concerne le cannabis en général, donc toucherait également la vente de cannabis médical. L’utilisation thérapeutique de la substance se fait fréquemment à partir de produits dérivés, tels que des crèmes, des huiles, des sprays, des biscuits, des capsules, des suppositoires et plusieurs autres. Ces dérivés seraient interdits durant la première année d’entrée en vigueur de la loi.

À la clinique Croix Verte, une clinique médicale traitant ses patients avec le cannabis médical et plusieurs dérivés de ce dernier, plusieurs experts tels que des nutritionnistes, microbiologistes, botanistes et infirmières ou infirmiers travaillent à créer des produits adaptés à la situation d’un client. « Lorsqu’un client entre dans la clinique, sa condition est examinée et son rythme de vie est pris en compte afin de recevoir le bon produit et le bon dosage », explique Mike Sandev, membre de l’AQICM et copropriétaire de la Croix Verte, ainsi que consultant en transformation de cannabis.

Ce processus doit être fait de façon minutieuse, ce qui rend M. Sandev perplexe quant à la façon dont le gouvernement provincial compte distribuer le cannabis au Québec, qu’il soit récréatif ou médicinal : par une filiale de la SAQ. « [Les employés de la filiale de la SAQ] ne sauraient jamais ce qui est bon pour quelqu’un. Il y a tellement de travail à faire encore sur le plan de distribution », précise M. Sandev. L’AQICM vient d’ailleurs de présenter ses recommandations dans un mémoire aux gouvernements fédéral et provincial.

Microdosage 

Étant populaire, le cannabis médical n’est pourtant pas assez compris selon l’AQICM. Shantal Arroyo, copropriétaire de la clinique la Croix Verte, explique qu’« il y a trop d’avis provenant de partout : des médecins, des psychiatres, des politiciens et d’autres partis. La population est mêlée par le trop grand nombre de discours différents ». Ces discours « démonisent » souvent le cannabis pour des effets qui sont associés à son utilisation en grandes doses, alors que l’utilisation thérapeutique de la substance est faite à petite dose : « On les aide avec des microdoses. On peut même aider les personnes ayant des maladies mentales. »

Parmi les personnes utilisant le cannabis médical, on y retrouve principalement des individus souffrant de maladies chroniques. Plusieurs patients ont le cancer ou sont parfois des enfants souffrant d’épilepsie. « On améliore leur qualité de vie avec nos produits, en allégeant ou supprimant plusieurs symptômes », explique Mike Sandev. Le microdosage de cannabis aide aussi les personnes en soins palliatifs, leur permettant de passer de meilleurs moments avec leur entourage.

Utilisation intelligente

Mme Arroyo et M. Sandev ont également dénoncé plusieurs utilisations du cannabis récréatif souvent observées chez la communauté étudiante. Lors de la consommation de cannabis, l’absorption des substances déjà présentes dans le corps augmente grandement, donc les matières consommées préalablement ont beaucoup plus d’effets sur le corps. Les étudiants fumant le cannabis après avoir consommé de l’alcool sont alors encore plus affectés par les effets de l'alcool que s'ils utilisaient le cannabis avant d'avoir pris un verre.

Les deux membres de l’AQICM avertissent aussi qu’il est important de ne jamais ingérer de nourriture ou de liquide considéré comme « corps gras » après avoir consommé du cannabis. Au contraire, les huiles essentielles de pin, d’agrumes ou de poivre noir seraient à conseiller pour contrôler les effets du tétrahydrocannabinol (THC), agent actif de la substance.

Mme Arroyo et M. Sandev précisent que « tout passe par l’éducation, et l’éducation va mener au contrôle » en ce qui concerne le cannabis. Plus les gens seront informés des effets du cannabis, plus son utilisation sera faite de façon réfléchie et éclairée.

Pour consulter le mémoire de l’AQICM, visitez le aqicm.com.


Crédit Photo ©  Gabrielle Gauthier

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