Des bas et des couvertes, si peu pour passer la nuit dehors

Par Camille Cloutier

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Une proportion de 40 000 étudiants sur 160 000 habitants, ça fait quoi? Ça fait de Sherbrooke une ville pauvre. Le phénomène de l’itinérance, aboutissement extrême de la pauvreté, n’est pas réservé aux grandes villes; la ville de Sherbrooke regorge de sans-abris à abrier. Être conscient du problème, c’est la première étape d’une volonté de changement.

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Alors que l’arrivée du temps des fêtes crée toujours de l’attendrissement autour des gens touchés par la pauvreté, cette dernière n’en a rien à foutre; elle frappe à l’année longue. Il existe une seule maison d’hébergement pour itinérants à Sherbrooke, nommée Accueil Poirier. La coordonnatrice Marie-Lou Bérubé, avec qui j’ai discuté, insiste sur la constance des besoins: leurs lits sont constamment occupés. En 2013, par exemple, 800 personnes différentes ont utilisé leurs services.

Marie-Lou s’attend à la scène habituelle en janvier: les médias se pointeront lorsqu’il fera -30 degrés et feront tourner les regards vers la tristesse des sans-abris. Pourtant, c’est en fait la période de l’année où le nombre de gens dans la rue diminue. Ceux-ci redoublent plutôt d’efforts pour éviter le froid de ces nuits mortelles. C’est l’été, au contraire, que l’Accueil Poirier peine à répondre à la demande, alors que les gens consomment plus et que, logiquement, les crises sont plus fréquentes.

La recette d’un drame invisible

Malgré un nombre important d’itinérants à Sherbrooke, le phénomène passe inaperçu car ils ne sont pas habillés en bon vieux «robineux», et ne dorment pas sur les bancs de parc. Ici, le visage de l’itinérance est trompeur, et il change avec les années. «On pourrait se promener ensemble dans la rue et j’en verrais plein, des gens qui utilisent nos services, et toi tu devinerais jamais», me dit Marie-Lou Bérubé.

L’itinérance, ça peut arriver comme suite logique de toute une vie difficile et instable, mais ça peut aussi frapper par surprise, alors que la vie suivait tranquillement son cours. Un divorce, une perte d’emploi, une maladie mentale…n’importe quel bouleversement peut laisser une personne sans murs ni toits. L’accueil Poirier en a vu passer de toutes sortes.

Il y a François, directeur d’un hôtel réputé de Sherbrooke, qui s’est retrouvé un soir à l’Accueil Poirier après s’être fait congédié et avoir perdu son logement. Il est resté un mois.

Il y a Alain, classique sans-abri dans la cinquantaine, qui se promenait sur le pouce de ville en ville depuis plusieurs années. Après s’être soudainement fait diagnostiquer un problème de haute pression, il a décidé de cesser les voyagements pour suivre des traitements à Sherbrooke. Aujourd’hui, Alain a pris goût à la stabilité et vit dans un appartement, un vrai.

 Il y a Estelle, femme itinérante souffrant de bipolarité, qui déteste cohabiter longtemps dans une maison d’hébergement, et qui trouve de temps à autre un homme qui l’invite à habiter chez lui. On devine de quelle façon elle doit payer son logement.

Des juniors au poulet, et toi?

L’itinérance n’est pas près d’être radiée de Sherbrooke, mais aider la cause, c’est possible. En plus de pouvoir aller porter des objets ou vêtements usagés au comptoir du Partage St-François (qui chapeaute l’Accueil Poirier), c’est possible d’aller porter n’importe quand de la nourriture qui fera le bonheur des usagers. Par exemple, cette année, les dizaines de hamburgers McDonald qui restaient après la nuit du célèbre Oktoberfest de Sherbrooke ont terminé leur parcours à l’Accueil Poirier (bravo à l’organisation pour l’idée). Un geste banal qui a réussi à faire sourire plusieurs usagers. Ton buffet de Noël était calculé pour 50 personnes de trop? Viens porter le reste à l’Accueil.

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