Par Mireille Vachon 

L’Université de Sherbrooke (UdeS) prône l’offre de cours en présentiel depuis le début de la pandémie, au plus grand bonheur des uns et au désarroi absolu des autres. Le Collectif s’est entretenu avec la FEUS et lREMDUS pour faire le point sur la situation des cours en présence avec les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement.  

Depuis plusieurs mois, la Fédération étudiante (FEUS) et le Regroupement étudiant de maîtrise, diplôme et doctorat de lUniversité de Sherbrooke (REMDUS) travaillent d’arrache-pied pour défendre les intérêts de la communauté étudiante auprès de l’Université, et encore plus avec les récentes annonces du gouvernement autorisant la reprise de certaines activités sur les campus à partir du 8février. 

Il semble y a voir eu un problème de communication entre l’Université et les facultés, croit Marie-Pier Audet, directrice aux affaires internes du REMDUS. « Certains ont compris que le retour en classe était obligatoire dès lundi dernier, alors que ce n’est pas ce que la ministre Danielle McCann avait indiqué », souligne-t-elle.  

Selon les informations obtenues par le conseiller politique du regroupement, la ministre a demandé que les étudiants aient le choix de retourner en présence ou non. « L’UdeS, ou du moins certaines facultés, ont toutefois semblé comprendre autre chose », note Marie-Pier.  

Avec le décret gouvernemental qui stipule que « la continuité des activités d’enseignement actuellement offertes à distance doit être assurée pour les membres de la communauté étudiante qui ne peuvent se présenter sur le campus », l’UdeS offrira finalement la formation comodale 

« On aura donc droit à un retour progressif jusqu’à la semaine de relâcheet on sattend à retourner en présentiel avec le plan initial au retour de la misession », soutient Yaomie Dupuis, vice-présidente à la condition étudiante de la FEUS. 

« Ce qu’on demande depuis le début, c’est que la décision de venir en présence ou non soit au choix de la personne. C’est de mettre le pouvoir dans les mains des individus », ajoute son collègue Alexandre Guimond, président de la FEUS. 

« Tout est une question de choix, renchérit Yaomie. Évidemment, on est conscient que l’étudiant à la maison n’aura pas la même qualité d’enseignement, mais au moins, ce sera sa propre décision. Oui, on encourage le retour en présentiel, mais pas à tout prix.» 

Enjeux du comodal  

Ce qui est complexe avec le comodal, c’est la manière dont les cours sont offerts à distance. « Il y a cette espèce de loi non écrite de la liberté académique des enseignants qui fait en sorte qu’ils peuvent décider eux-mêmes de leur manière d’enseigner à distance. Un directeur de faculté ne peut pas imposer à tous les enseignants de senregistrer, par exemple », explique Yaomie Dupuis de la FEUS. 

Le prochain combat de la Fédération sera donc de s’assurer que la façon dont les cours sont donnés en comodal soit acceptable, et que les professeurs ne fassent pas seulement déposer leurs notes PowerPoint en ligne sans explication complémentaire, par exemple.  

« Ce qu’on propose aux étudiantsc’est de discuter avec leurs enseignants pour convenir d’une méthode qui fonctionne pour tous », avance la vice-présidente à la condition étudiante. « On demande aussi aux étudiants qui ont des enseignants plus réticents à modifier leur façon d’enseigner de nous en faire part, car comme le décret lexplique, on ne peut pas obliger l’étudiant à se présenter en vrai », ajoute-t-elle.  

La majorité silencieuse  

Bien que plusieurs étudiants redoutent le retour en classe, la communauté étudiante de Sherbrooke est complètement divisée. « C’est sûr que ceux qui sont contents de revenir en présentiel, on ne les entend pas, car la situation leur convient », concède Marie-Pier Audet du REMDUS.  

« Il y a même des étudiants des autres universités qui ne comprennent pas pourquoi les étudiants de Sherbrooke sont mécontents, car ils nous trouvent tellement chanceux d’avoir du présentielBref, c’est un sujet vraiment mitigé, et c’est impossible de satisfaire tout le monde », continue la directrice aux affaires internes. 

« Nous, on n’est vraiment pas contre le présentiel, bien au contraire »insiste Alexandre Guimond, qui dénote toutefois plusieurs problèmes en ce sens. « C’est pourquoi nos recommandations et notre orientation sont vraiment axées sur le fait de donner le choix à la communauté étudiante », ajoute-t-il.  

La mesure d’offrir du présentiel, c’est d’améliorer la santé mentale des étudiants et d’offrir une meilleure formation académique, alors demander à certains étudiants de quitter leur famille et de venir s’isoler dans une chambre à Sherbrooke, c’est un non-sens et ça va à l’encontre de l’objectif de départ, croit le président de la FEUS. 

Mise à jour sur la mention RÉUSSITE/ÉCHEC 

En ce qui concerne la modification du système de notation, c’est « mort et enterré » pour la session d’automne 2020, regrette Yaomie Dupuis, mais pour la session actuelle, c’est encore « sous le respirateur artificiel », indiquait-elle la semaine dernière.

Toutefois, dans une communication envoyée mardi, l’Université de Sherbrooke a annoncé qu’elle voulait accommoder la communauté étudiante en permettant finalement un changement de notation pour une activité pédagogique suivie au trimestre d’hiver 2021.

Ainsi, les personnes qui désirent modifier leur note attribuée en vertu du barème de notation prévu au plan d’une activité pédagogique pourront demander une seule modification de note en autant de répondre à certaines conditions :

  • avoir suivi l’activité pédagogique au trimestre d’hiver 2021;
  • avoir réussi l’activité pédagogique en question au trimestre d’hiver 2021;
  • remplacer la note obtenue par la mention « Réussite » exprimée au relevé de notes par un « R »;
  • effectuer la demande de changement de note entre le 15 mai et le 1er juin 2021;
  • respecter les exceptions universitaires ainsi que celles qui pourraient être ajoutées par la faculté ou le centre universitaire de formation.

« L’Université était en négociation avec les facultés. Ce genre de modalité est très décentralisée, donc l’UdeS n’aurait pas pu l’imposer si une ou plusieurs facultés s’y opposaient. Ça prend un consensus », explique Yaomis Dupuis.

La FEUS est contente de la décision. Elle sentait néanmoins que l’Université était plus ouverte que la dernière session pour offrir l’option Réussite ou Échec aux étudiants, et elle était plutôt optimiste.

Rappelons que ce que la FEUS demandait par rapport au système de notation, c’était encore une fois de donner le choix à la communauté étudiante.

« Chaque personne pourra donc décider si elle veut un R, qui n’affecte pas sa cote, ou une note. Nous, on voulait que ça s’applique à tous les cours, mais on a mis de l’eau dans notre vin et on le demande désormais pour un seul cours », indique Alexandre Guimond, qui compare cet ajustement à l’aide sociale. « Même si peu de gens vont s’en prémunir, ça vaut la peine de le mettre en place pour ceux qui ont plus de misère à passer au travers de la pandémie », conclut le président de la FEUS.


Crédit photo @ Simon RD

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