Par Sarah Gendreau Simoneau 

La désinformation est un fléau important dans la société en 2021 et la pandémie de COVID-19 a exacerbé ce problème qui peut s’avérer dangereux pour la santé et la sécurité de la population. Dans le cadre de la conférence Désinformation : quelles solutionsqui aura lieu en ligne le 30mars, Le Collectif a pu s’entretenir avec Marie-Ève Carignan, professeure-chercheuse au département de communication de l’Université de Sherbrooke, pour nous éclairer sur le sujet. 

Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, a invité Marie-Ève Carignan à participer à cette conférence puisqu’elle a beaucoup de projets de recherche en ce moment financés autour de la désinformation, notamment à ce qui a trait à la COVID-19 

«Quand la Covid est apparue, on a déposé une demande de financement avec une équipe pluridisciplinaire, donc des chercheurs en science de la santé, en politique et en communication pour faire un gros projet de recherche sur les stratégies de communication des acteurs de santé publique autour de la COVID et comment les informations allaient être reçues par la population», explique la Pre Carignan.  

La désinformation au cœur de la pandémie 

Les chercheurs anticipaient que la crise sanitaire allait engendrer une panoplie de fausses informations, «mais c’était encore plus grand que ce qu’on aurait pu imaginer», explique Marie-Ève Carignan, qui est aussi directrice du Pôle Médias à la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent (Chaire UNESCO PREV) 

«On a fait des sondages populationnels à différents moments où on demandait aux gens s’ils croyaient à certaines fausses nouvelles, par exemple, ou on les soumettait à des énoncés qu’on pouvait qualifier de complotistes pour voir s’ils adhéraient à ces informations», poursuit-elle. Tout ça leur a permis de voir l’étendue du problème seulement par rapport à la pandémie de COVID-19, bien que la désinformation se déploie dans plusieurs domaines.  

Selon la professeure, au début de la pandémie, beaucoup de gens vivaient de l’insécurité et de l’angoisse face à la situation. «Ces gens-là s’inquiétaient beaucoup, avaient perdu leur travail et avaient plus de temps libre étant confiné pour s’informer. Ils ont donc été rapidement exposés à toute la désinformation qui circulait un peu partout et à toutes sortes de théories sur l’origine du virus et sur les façons de s’en sortir. C’était vraiment plus un moyen de se rassurer au tout début.»  

Le problème, c’est qu’un an plus tard, certaines personnes croient encore ce qu’ils ont vu en ligne ou ce qu’ils ont entendu, même s’il y a eu beaucoup de recherches dans la dernière année et que les spécialistes déboulonnent plusieurs mythes.  

Plusieurs croient encore aussi aux thèses du complot. «C’est un problème, ça crée beaucoup de méfiance et ce que nos données de recherche démontrent, c’est que les gens qui croient à ça ont moins tendance à accepter les mesures sanitaires, donc à moins les appliquer et ils sont aussi réticents aux vaccins. À long terme ça peut avoir beaucoup de conséquences sur la santé.»  

Ce n’est pas spécifique à la COVID-19; la peur entraîne la désinformation pour n’importe quelle maladie si on pense au sida ou à l’Ebola, par exemple.  

Combattre la désinformation 

Il reste beaucoup de chemin à faire pour anéantir complètement la désinformation. Ça ne se produira pas du jour au lendemain. Selon la chercheuse, «plusieurs initiatives ont déjà été mises en place par différents acteurs qui gravitent autour de l’information, mais il faudrait mesurer si elles sont efficaces à court, moyen ou long terme, lesquelles on va devoir prioriser et surtout, les uniformiser aussi parce qu’en ce moment, c’est beaucoup d’initiatives individuelles. Il faudrait quelque chose de plus structuré, plus large et ce n’est pas de dire aux gens quoi penser, c’est plus de les amener à se questionner et leur donner des outils pour mieux comprendre le processus scientifique et politique.»  

C’est un défi d’éducation et de sensibilisation auprès de la population que les gouvernements, les scientifiques et les chercheurs vont devoir relever. Les gens ne comprennent pas toujours ce que fait un journaliste non plus, d’après Marie-Ève Carignan. Il faut éduquer toute la population parce qu’on est tous exposés aux fausses nouvelles et aux thèses complotistes. 

Un de leurs projets de recherche éventuellement consiste à aller sonder les plus jeunes, les 14-17ans, «voir comment ils adhèrent à ces fausses nouvelles pour mieux comprendre s’il y a une problématique spécifique chez les jeunes qui ont été pendant quelques mois déscolarisés, très présents sur les réseaux sociaux et qui sont souvent influencés des adultes qui les entourent aussi».  

Savoir reconnaître une fausse nouvelle 

Marie-Ève Carignan énonce quelques pistes pour pouvoir reconnaître une fausse nouvelle ou une théorie qui semblerait loufoque comme «les titres ou les photos spectaculaires, ou un article qui semble contraire à ce qu’on a vu ailleurs. On doit aller vérifier qui a écrit la nouvelle, est-ce que c’est un journaliste reconnu, un scientifique, quelqu’un de confiance? Si ça semble bizarre, on doit toujours aller contrevérifier ailleurs pour voir si l’information est crédible». Elle rappelle qu’il est important de faire ces vérifications avant de partager la nouvelle.  

La conférence Désinformation : quelles solutions? qui est organisée par les Fonds de recherche du Québec regroupera Rémi Quirion, Jean-François Cliche, journaliste au quotidien Le Soleil, Émile Roy, réalisateur et youtubeur, ainsi que Marie-Ève Carignan, ce mardi30mars de 15 h 30 à 17h, sur Facebook 

À lire aussi  

La désinformation : une lutte constante 

L’épidémie de la désinformation

Partager cette publication