Désinvestissement des énergies fossiles: l'Université a tout à gagner

Par Zacharie Barabé, membre du Comité Désinvestissons UdeS

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Malgré l'urgence d'agir et les risques immenses liés au changement climatique, notre Université continue de participer à l'économie des carburants fossiles.

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L'urgence

La raréfaction de l'eau, la diminution des rendements agricoles, la montée des eaux et les nombreuses autres conséquences du réchauffement de la planète arriveront dans un monde déjà sous haute tension. Notre représentation d'une «communauté mondiale organisée, équitable et civilisée» pourrait devenir chose du passé. C'est vraiment lourd.

Mais de façon positive, on peut le voir comme le défi de notre génération. Et ça commence tout près de nous: convainquons notre Université de retirer ses investissements dans l'industrie des énergies fossiles. Pour se sortir d'un problème, il faut avant tout arrêter d'investir dans ce qui nous y enfonce.

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Ce n'est pas un investissement si ça détruit la planète

À travers la Fondation et le régime de retraite, l'UdeS détient des placements totalisant des millions de dollars, dont plusieurs liés au pétrole et au charbon. Pour éviter un dérèglement climatique majeur,  80% des réserves de ces ressources doivent rester dans le sol. Si personne ne bouge, elles seront toutes exploitées.

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Un devoir moral

L'Université, acteur de progrès social, a le devoir moral de se départir de ces actions. Institution de recherche et de connaissance, elle se doit d'être un phare et d'agir en cohérence avec les cris du cœur des chercheurs: il y a urgence d'arrêter de brûler des énergies fossiles et d'investir massivement dans la transition vers une économie décarbonisée.

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Conviction et cohérence

L'Université a acquis un statut de visionnaire en matière de développement durable. Toutefois, l'urgence climatique exige davantage que des bacs de compost. Le statut quo en matière d'investissement irait à l'encontre de la plupart des principes directeurs de sa Politique de développement durable, et spécialement l'article 4.3.8: «Tenir compte des principes de responsabilité sociale et environnementale des entreprises dans les choix de l’Université en matière d’investissement». Elle devra, face à cette question, passer un test de conviction.

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De plus en plus risqué

Souvent, les combats environnementaux peinent à traverser le mur de la logique économique. Pas celui-ci: désinvestir constitue un choix logique et raisonné, même au niveau financier. Des chercheurs de la très-prestigieuse-et-très-crédible Université d'Oxford affirment que les actions fossiles sont à risque de devenir des «actifs bloqués». Leur valeur serait surévaluée et des mesures réglementaires, le développement de nouvelles technologies ou des choix politiques en faveur d'énergie de «transition» comme le gaz naturel pourraient faire éclater la «bulle du carbone», tel que le mentionne le Journal Les Affaires.

C'est ce qui arrive présentement avec le charbon; dégringolade dans laquelle plusieurs institutions financières ont subi de lourdes pertes récemment. Des analystes financiers ont aussi prouvé à maintes reprises qu'il est possible d'avoir de meilleurs rendements en n'investissant pas dans l'énergie polluante.

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Leadership

La possibilité de retirer nos investissements dans les énergies du siècle passé représente une opportunité en or de se démarquer et de poser un geste historique et lourd de sens. Nous serions les premiers au Canada. Désinvestir mettrait de la pression sur les autres universités, mais surtout sur l'industrie, le gouvernement et les marchés financiers pour qu'ils changent leurs orientations. À titre d'exemple: si toutes les universités du pays désinvestissaient, il deviendrait gênant pour notre nouveau premier ministre d'appuyer l'expansion des sables bitumineux et de continuer à leur verser de généreuses subventions.

Tout est dans le rapport de force. Dans 30 ans, quel rôle voudrons-nous avoir joué dans la crise climatique? Jusqu'à maintenant, 500 fonds ont désinvesti. Soyons les prochains.

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