Le développement de l’athlète : l’influence de l’entraineur

Par Andréanne Beaudry

Suite à notre enquête pour l’article Comprendre les enjeux pour mieux avancer : retour sur les derniers Championnats du monde d’athlétisme, une autre question s’est posée par rapport au développement des athlètes. Selon M. Jean Laroche, entraineur en athlétisme, plusieurs facteurs composant la vie d’un athlète sont contrôlés par l’entraineur. En effet, cette personne joue un rôle important dans la carrière de son protégé. Le Collectif s’est entretenu avec M. Laroche pour cerner les facteurs influençant les performances des athlètes. Au final, cette discussion nous a amenés à introduire un autre aspect, soit les responsabilités de l’entraineur et l’importance de l’individualisation des plans d’entrainement.

L’influence de l’entraineur

On pourrait énumérer plusieurs facteurs de stress comme l’école ou le travail, mais en réalité, l’entraineur est une des principales sources d’anxiété dans la vie d’un athlète. « C’est lui qui impose, c’est lui qui décide et c’est lui qui ne tient pas toujours compte de l’environnement. En tant qu’entraineur, nous avons un rôle à jouer et il faut être en mesure de nous adapter. » Lorsque nous voyons un athlète qui s’implique un peu trop par-ci par-là, et bien il est préférable de diminuer le nombre d’entrainements. Même si nous avons tendance à dire que plus on en fait, mieux ce sera, il faut être brillant pour être capable de dire le contraire.

En 2014 à Toronto, Jean Laroche a participé à un stage nord-américain sur la vitesse et la puissance auquel il aime faire référence. Là-bas, il y avait quatre entraineurs de niveau olympique, dont celui de Andre De Grasse.

Ce qui est ressorti le plus pendant la conférence est « d’en faire le moins possible pour les meilleurs résultats possibles »

En réalité, il faut trouver ce que l’on considère comme « le moins possible » pour chaque athlète : est-ce 5, 6 ou 12 entrainements par semaine? Nous sommes dans une société de more is better et ce facteur influence les athlètes à croire qu’ils n’en font jamais assez et se mettent alors à se sentir coupables, puisque d’autres y arrivent. C’est un réel défaut de notre mentalité nord-américaine. L’idée n’est pas de savoir si l’athlète s’entraine beaucoup ou peu, mais de voir si celui-ci est en mesure de performer dans le temps, au moment où il doit performer. Si oui, à quoi cela sert de stresser? Il ne suffit pas de se pointer à l’entrainement, il faut aussi comprendre son athlète et être capable de lui donner les meilleurs outils, pense M. Laroche.

Un cas qui ne devrait pas être considéré comme une exception

Le champion olympique au saut en longueur de 2012 s’entrainait seulement trois fois par semaine, car à quatre fois, il se blessait. Il a donc été mieux pour lui de s’adapter pour ne pas manquer le bateau. Selon notre référence, aucun entraineur ne nous aurait confié un détail comme celui-ci. C’est une situation peu envisageable pour plusieurs.

Dans le cas précédent, nous réalisons que l’entraineur a un rôle à jouer dans la planification des plans d’entrainement. Il faut se remémorer qu’aucune personne ne fonctionne de la même façon : il y a des athlètes qui ont besoin de s’entrainer beaucoup et d’autres moins. « Je donne des cours à l’Université et une des étudiantes-athlètes intervient en classe pour me montrer ce qu’elle fait à l’extérieur des cours pour avoir mon avis. Je lui ai répondu que c’était trop et qu’elle allait se blesser bientôt, et cela n’aura peut-être même pas rapport avec son sport. Malheureusement, c’est exactement ce qui est arrivé. » En réalité, l’entraineur aurait dû être en mesure de détecter le danger. Pour cette première année, la charge d’entrainement n’était pas adaptée à son niveau et son entraineur n’a pas été en mesure de s’adapter. En parallèle, « plusieurs athlètes dans mes cours ont abandonné le programme du Vert & Or, car étant donné qu’ils étaient très nombreux, ils devaient se contenter de suivre le programme du meilleur de l’équipe. Ceux-ci n’étaient pas capables de passer au travers et ils perdaient leur temps ». Souvent, c’est trop de travail pour l’entraineur, mais cela occasionne un stress pour l’athlète.

S’adapter à l’athlète et à son horaire

Lorsque nous avons confié à M. Laroche que certains étudiants-athlètes s’inquiétaient parce qu’ils avaient l’impression de manquer de temps pour l’entrainement, il a répondu que c’est encore à l’entraineur d’examiner cette réalité. Dans certains cas, il y a des entraineurs qui ne jouent pas ce rôle et croient que huit entrainements par semaine est la clé pour accéder au succès. Pour cet entraineur, responsable du centre d’entrainement de haute performance de Sherbrooke pour le para-athlétisme sous l’autorité d’Athlétisme Canada, penser ainsi est une erreur. L’individualisation des plans devrait être un aspect à prioriser dans le développement d’une carrière. Selon lui, il n’est pas impossible d’être un athlète de haut niveau en s’entrainant moins. Par contre, il faut respecter les moments accordés et bien les réaliser.

Un de ses athlètes, étudiant en génie à l’Université de Sherbrooke, se préparait pour les Jeux paralympiques. Croyant ne plus être en mesure de s’entrainer autant avec les études, Jean Laroche lui a dit : « OK, on va s’asseoir ensemble pour regarder ton horaire. » En regardant son plan, M. Laroche a réussi à donner à son athlète plus de temps de repos et du temps pour ses études. Avec cette réorganisation, il permet à celui-ci de disposer de trente heures de possibilité d’entrainement. En plus, on ne lui en demandait que dix. « Dans son cas, j’ai été très analytique. Heure par heure, voici ce que tu fais! » Grâce à cette analyse, l’athlète s’est rendu compte qu’il pouvait s’entrainer de façon convenable sans nuire à ses études. Le truc est de s’organiser et ne pas courir à gauche et à droite. L’entraineur est celui qui peut calmer et encadrer l’athlète. En jouant son rôle, il est en mesure d’optimiser la performance en considérant tout ce qui entoure l’athlète.


Crédit Photo © Gillian Reid

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