Devrions-nous garder le silence?

Regard sur l’esclavage en Libye

 Par Dorian Paterne Mouketou

Avez-vous, vous aussi, entendu parler de la Libye? Je ne parle pas de l’assassinat du général Mohammard Khadafi, qui nous a permis de découvrir un pays d’un continent dont on parle rarement, sauf si ce n’est que pour souligner ses problèmes récurrents. L’ancien dictateur étant dans l’état dans lequel ses choix politiques l’ont conduit, restons dans l’actualité. Et l’actualité est hélas sidérante : alors que nous pensions que l’esclavage est une pratique du passé, la Libye peut bien nous surprendre avec une réalité bien inquiétante.

Se mobiliser, dénoncer

Des gens de partout dans le monde se sont mobilisés pour s’opposer à l’esclavage en Libye. Artistes, athlètes, politiciennes et politiciens, toutes et tous se sont dit consternés par la révélation des images diffusées par CNN. À Sherbrooke et dans quelques autres villes canadiennes, dont Ottawa, a eu lieu la grande « marche contre la Libye » pour dénoncer l’esclavage au nord du continent africain. Ce qui est dommage, c’est le manque de sensibilisation et de mobilisation à Sherbrooke. La grande marche contre l’esclavage s’est soldée par un échec : c’est simple, il n’y avait pas grand monde!

Pourquoi parler de la Libye?

J’aurais pu vous parler des enjeux importants touchant directement les membres de la communauté étudiante de l’UdeS, des avancées de notre institution universitaire, des initiatives de notre Sherbylove ou d’une décision du recteur qui ne plait pas à tout le monde. Pourquoi parler de la Libye, un pays aussi loin de nous, tant géographiquement que culturellement? C’est simple. Dans ce pays lointain est pratiquée une activité qu’on croyait disparue, et que nous nous devons de dénoncer fermement aujourd’hui.

On estime qu’il y a 400 000 à 700 000 migrants africains en Libye (Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’Union africaine). La première chose que je trouve flagrante dans cette histoire, c’est qu’on considère que les Libyens ne sont pas Africains. Un détail semblant être presque anodin, je n’en disconviens pas, mais qui cache une plus grande réalité. L’Afrique étant beaucoup associée aux Noirs, du moins dans l’esprit de beaucoup trop de gens, je peux donner le crédit à la Libye de ne pas se considérer comme un pays africain. Mais la question n’est pas là. La réalité est bien plus alarmante : l’esclavage est ethnique, racial si vous préférez. Encore une fois, les Africains, les vrais, les Noirs, sont liés à leur histoire, au passé sombre.

Dans l’optique d’être plus explicite, il y a en Afrique du Nord cette prétention de ne pas faire partie de l’Afrique, comme si les habitants de la partie subsaharienne (noire) étaient inférieurs. Cette prétention de supériorité illustre peut-être cet esclavage ethnique. Il me semble que lorsqu’on est d’un même continent, on est tous Africains. Non?! De ce fait, nous gardons la même sensibilité historique, n’est-ce pas? Sauf si l’on ne se considère pas de ce continent et par cette prétention même l’on se permet de réduire les autres en esclavage.

Conscient d’être sur un terrain glissant, il m’est tout de même primordial d’expliquer la philosophie ethnique derrière l’esclavage des personnes venues principalement de l’Afrique de l’Ouest. Elles ont toutes quelque chose en commun : la couleur noire, face à leurs oppresseurs qui, berbères, ne se considèrent pas comme Africains. La problématique raciale est donc, encore une fois, au cœur de l’enjeu de l’esclavage.

La forêt derrière l’arbre

Ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est que nous parlons d’une pratique qui se déroule depuis bien des mois, alors que le monde entier n’en est au courant que depuis quelques semaines. L’esclavage en Libye est aujourd’hui pratiqué dans plus de 42 camps. Il y a donc à craindre pour la violation des droits de plus de 400 000 personnes qui n’ont comme faute que la volonté d’avoir voulu échapper aux conditions misérables dans lesquelles elles vivaient dans leur pays d’origine. Alors que le monde entier se sent désolé de la situation actuelle, des migrants et clandestins venus de l’Afrique subsaharienne travaillent depuis des décennies dans les conditions les plus misérables possible en Libye et au Maghreb.

En tant qu’étudiantes et étudiants, nous sommes ouverts et sensibles au monde. Plus que jamais, notre intérêt et notre regard sur les enjeux mondiaux qui nous interpellent personnellement sont grandissants. Sur les campus de l’UdeS, nombreux membres de la communauté étudiante manifestent indignations et frustrations quant à l’esclavage en Libye, où la dignité et les droits de la personne sont bafoués sous quelconques prétextes. Au journal Le Collectif, nous disons NON à l’esclavage en Libye. L’homme NOIR n’est pas une marchandise.


Crédit Photo ©  Radio-Canada

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