DiCaprio vs le monde

Par Edouard Guay

Après s’être révélé au grand public comme l’un des cinéastes les plus talentueux de sa génération avec ses trois premiers films, le réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu s’est plu à explorer différents genres, notamment avec la grinçante comédie dramatique Birdman, primée aux Oscars. Avec son plus récent opus The Revenant, Iñárritu utilise le western comme toile de fond pour créer un thriller glacial, intense et extrême qui hante le spectateur et le garde sur le bout de son siège. Le récit en crescendo maintient une tension palpable dans laquelle un acteur de talent comme Leonardo DiCaprio ne peut que sortir gagnant. Tout indique que cette fois-ci sera la bonne pour l’interprète, qui cherche toujours à remporter son premier Oscar en carrière. Sa performance physique et intense crève l’écran tout au long du récit. Porté par une cinématographie exceptionnelle et un réalisme saisissant, The Revenant est une réussite, malgré certains bémols agaçants.

L’œuvre suit les déboires du trappeur Hugh Glass qui, après avoir été sauvagement attaqué par un ours, est abandonné, à demi mort, dans le froid de l’Amérique sauvage par John Fitzgerald (excellent Tom Hardy). Envers et contre tous, Glass devra user de tout son sang-froid pour survivre. Malgré un scénario parfois simpliste et un personnage principal bien peu bavard, The Revenant mise sur des scènes très bien réalisées pour capter l’attention du spectateur : entièrement filmé à la lumière naturelle en Colombie-Britannique, le film constituait un risque pour les producteurs, mais ce long tournage exigeant s’est révélé être une belle réussite technique. Les images éblouissantes rappellent le cinéma introspectif de Terrence Malik. La musique hypnotique accompagne le tout avec panache. Toutefois, le film traîne en longueur à plusieurs reprises et aurait gagné à être resserré davantage au montage. Cependant, ces longueurs ne gâchent pas l’expérience : les scènes d’action sont très bien menées. Le long plan-séquence de l’attaque des Indiens, de même que le combat contre l’ours, sont des moments d’anthologie remarquables qui ne peuvent qu’être soulignés. La brutalité y est ici montrée toute crue, sans artifice ni édulcorant. L’approche sauvage, intense et sans compromis de Iñárritu est digne de mention. Ainsi, le cinéaste confirme son statut de grand réalisateur.

Si The Revenant mise sur une réalisation exceptionnelle et sur des acteurs de très grand talent, le côté caricatural et excessif du scénario est un point qui peut en agacer plusieurs : DiCaprio semble ici affronter la planète entière, il traverse tant d’épreuves difficiles et improbables qu’on finit par être agacés par tant de poudre aux yeux. Était-ce nécessaire d’exagérer autant les épreuves qu’il subit? De plus, certains personnages, bien qu’intéressants, sont cousus de fil blanc, voire même manichéens. Pensons notamment au personnage de Tom Hardy, qui a l’adjectif « méchant » écrit en gros sur le front au marqueur permanent. Un peu de subtilité dans le scénario aurait donné au film davantage de substance. Malgré tout, The Revenant est une œuvre réussie et très divertissante qui devrait forcément remporter plusieurs honneurs importants aux prochains Oscars.


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