Quand la différence entre un amateur et un professionnel devient claire

Crédit photo © The Parent Cue

Par Sébastien Binet

Dans le sport, il existe une réalité qu’on remarque bien peu souvent. D’un côté, les athlètes professionnels qui gagnent des millions dans les plus grandes ligues sportives du monde et de l’autre, des athlètes qui peinent à joindre les deux bouts. Ce problème, il existe pourtant, et c’est ce qui se produit en ce moment avec le Sherbrookois Sébastien Beaulieu.

Sport Canada quitte le bateau

Sébastien Beaulieu est un planchiste qui s’entrainait en vue des prochains Jeux olympiques d’hiver qui se tiendront en 2018 à Pyeongchang. Maintenant, à moins d’une aide financière extérieure, Beaulieu devra renoncer à son rêve olympique et même à son rêve de sportif parce que le Programme d’aide aux athlètes de Sport Canada (PAA) a refusé de le financer puisqu’il a dépassé l’âge de 25 ans. Dans la force de l’âge et après avoir connu sa meilleure saison en carrière, le planchiste de l’Estrie déplore le manque d’aide de Canada Snowboard qui lui permettait de participer aux compétitions mondiales en vue de compétitionner au plus haut niveau du sport au monde. Il doit maintenant s’appuyer sur le sociofinancement qui reste pour lui le seul moyen de participer aux prochaines compétitions mondiales et de surcroit les Olympiades. Même s’il fait toujours partie de l’équipe canadienne, cette décision de la PAA pourrait le forcer à réorienter sa carrière, faute de moyens financiers.

L’importance des Jeux olympiques pour les amateurs et les professionnels

Représenter son pays n’a pas la même signification pour tous les sportifs. D’un côté, les Jeux olympiques sont la consécration de quatre années d’intense préparation pour des athlètes comme Sébastien Beaulieu et de l’autre, il y a la compétition pour des joueurs professionnels qui n’ont rien à gagner de plus que participer à une compétition internationale où l’enjeu financier est presque inexistant. Les Olympiades permettent simplement à ces athlètes de représenter leur pays lors d’une compétition qui regroupe les mêmes adversaires qu’au cours de la saison. Il est question de « simplement » représenter son pays puisque lors des prochains Jeux d’été de Rio, plusieurs athlètes évoluant dans des ligues professionnelles ont décliné l’offre de représenter leur nation pour des raisons personnelles.

Il y a donc des sportifs comme Beaulieu qui feraient tout pour pouvoir participer à la compétition sans succès, et d’autres sportifs, qui ont les moyens, qui refusent pour des raisons personnelles qui restent bien souvent floues.

Un manque de patriotisme ou de l’égoïsme?

La motivation derrière la compétition est bien évidemment différente pour les athlètes professionnels et amateurs, mais qu’est-ce qui compose réellement cette différence? Alexandre Despatie, ancien Olympien canadien en plongeon, l’a très bien expliqué lorsqu’il a mentionné que pour un athlète amateur, rien n’est plus gros que les Jeux olympiques au niveau de la compétition. Les athlètes se préparent pendant quatre ans pour arriver à ce point culminant et ils sont prêts à tout pour participer aux Jeux. La différence provient donc de la motivation à participer à ces événements et surtout à l’importance qu’ils représentent. Ce n’est pas toujours une motivation à représenter son propre pays, mais souvent plus une occasion de le faire pour le sport. Chaque joueur a un niveau différent d’attachement et de motivation à représenter son pays. Ainsi, certains vont préférer une victoire dans un tournoi majeur de golf à une médaille aux Jeux olympiques. C’est la différence entre le sport amateur et le professionnel : rien n’est plus gros que les Olympiques pour un sportif amateur et pour le professionnel, et bien c’est une occasion de représenter son pays.

C’est aussi l’argent qui décide

Pour certains professionnels, il leur est même parfois interdit de participer à ces compétitions. Bien sûr, ici entre en ligne de compte l’argent. Des joueurs de basketball, de hockey ou bien même de soccer sont liés par des contrats extrêmement lucratifs qui rapportent des sommes astronomiques aux équipes qui les emploient. Une blessure dans une compétition internationale, même de l’envergure des Jeux olympiques, ne justifierait jamais aux yeux de propriétaires d’équipes professionnelles la perte d’argent qu’une blessure pourrait causer.

D’un autre côté, les professionnels qui gagnent des millions durant la saison ne voient pas nécessairement d’attrait financier à participer à ces compétitions. On considère les compétitions internationales comme des risques de blessure supplémentaires et parfois même comme un risque inutile à courir pour la santé ou la sécurité. C’est le cas de plusieurs golfeurs, dont Rory McIlroy et Jordan Spieth qui se sont retirés en partie à cause des risques que peut représenter le virus Zika. McIlroy ne s’est toutefois pas limité à cette déclaration et a affirmé avoir « une complète indifférence pour l’épanouissement de son sport » et qu’il jouait simplement « pour gagner des championnats et des tournois majeurs ».

Ce n’est donc bien souvent qu’une question de volonté à arborer les couleurs de son pays d’origine qui motivera les athlètes professionnels. Pour des multimillionnaires, les Jeux olympiques ne sont qu’une autre compétition parmi tant d’autres qui est bien souvent moins prestigieuse et lucrative que tout ce qu’ils connaissent durant leur saison respective.


 

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