Dominic Tardif, l’impressionnant, humble et passionné journaliste sherbrookois

Par Catherine Foisy

Il pique une (longue) marche pour venir me rejoindre au Boquébière ce soir caniculaire là. Il arrive, chapeau noir sur la tête, sac noir en bandoulière, deux feuilles de papier pliées sous le bras. Il me les tend, ses deux articles qu’il avait rédigés en 2006 pour Le Collectif. Rapidement, je les oublie, trop absorbée par tout le reste. Je le savais déjà, mais cet échange me le confirme : Dominic Tardif est de ceux qu’on admire. À seulement 30 ans, il a fait vivre énormément de gens et d’endroits au rythme de ses mots. 

Celui qui est né à Rouyn-Noranda, mais qui a passé ses nuits d’adolescence à Asbestos, a écrit à deux reprises pour Le Collectif. Si ces pages sont bien conservées dans ses tiroirs, et dans ceux du journal, elles ne contiennent que quelques mots parmi tous ceux qu’il a écrits avant et après ceux-ci.

Dominic, le journaliste en herbe

À dix ans, avec sa mère, il se rend à la bibliothèque. Il suit une formation sur Internet et le journalisme en ligne. En équipe, il devait produire des articles (rédaction, traitement de texte, mise en page avec photos) qui allaient être publiés en ligne. Pour l’occasion, il réalise sa première entrevue, une entrevue avec le propriétaire de l’époque du Polysons, un disquaire à Rouyn-Noranda. Le journaliste en herbe rédige également un portrait de Jean-Marc Parent.

Ça ne s’arrête pas là.

De sa plume de p’tit garçon de dix-onze ans, Dominic écrit un troisième article, cette fois-ci dans le journal étudiant de son école primaire de Trois-Rivières. Claude Rajotte était son héros, et il rêvait alors de suivre ses traces. Il écrit donc une critique de l’album de Fastball, album contenant le seul succès du groupe, le tube The way. Selon le jeune critique, le band allait connaitre un succès fulgurant (rappelons qu’il n’était qu’en sixième année du primaire).

Dominic, le sensible et révérencieux intervieweur au grand charisme

Une vingtaine d’années plus tard, Dominic écrit toujours. Les gens aiment ce qu’il écrit. Au fil du temps, il s’est tissé une réputation bien à lui. À Sherbrooke, on le reconnait comme l’un des maitres de l’entrevue. C’est ainsi qu’on me l’a présenté la toute première fois, il y a quelques mois.

Ses entrevues résultent toujours en chroniques très humaines, qui se font attendre impatiemment le mercredi. L’interviewé, à tous coups, est placé au centre des intérêts du journaliste. Des entrevues intimes, à celles devant public, Dominic sait mettre ses invités à l’aise. C’est ce qui fait sa force, et c’est ce qui amène ses interlocuteurs à se confier.

Il en fait des portraits, parfois en lien avec l’actualité, parfois un peu plus détachés de celle-ci. Il mélange faits professionnels et anecdotes personnelles. Il jongle avec les mots dans un style bien à lui. Principalement, c’est ce qui fait son journalisme : des chroniques débordantes de sensibilité.

Sa plus belle entrevue?

Il réitère, car il l’avait déjà mentionné quelques mois plus tôt, que sa plus belle entrevue demeure celle qu’il a réalisée avec Benoit Huberdeau, en février 2014. En marge de la Semaine de prévention du suicide, Dominic rencontrait Benoit pour échanger sur un sujet plutôt délicat : le suicide de sa fille Magalie.

« C’est vraiment Benoit qui m’a appris, en étant aussi ouvert et aussi généreux, que toutes les questions peuvent se poser tant et aussi longtemps que l’intervieweur est sincère. Tant que l’intervieweur pose une question parce que la réponse l’intéresse, pas juste pour faire un bon papier. » Dans le cadre de cette entrevue, c’est ce qu’il a fait : poser des questions parce que les réponses l’intéressaient sincèrement.

« Il faut faire honneur à cette vulnérabilité. »

Dominic, le rêveur sans prétention

C’est l’histoire d’un gars qui rêvait d’un talk-show à Sherbrooke. Il l’a fait. À l’aide de plusieurs collègues et amis, le Show Tardif eut lieu pour la première fois en 2015. En 2016, l’équipe, renouvelée, reprenait la formule et repoussait les limites : Dominc reçoit, le 26 février dernier, sur la scène du Boquébière, Guy Jodoin. Lors des deux éditions, la salle était archi comble, le public conquis par la générosité de l’animateur et de son équipe.

Le présentateur, malgré les dizaines d’entrevues à son actif, n’était pas moins nerveux. « Avant le premier Show Tardif, j’étais nerveux parce que c’était le premier show. Mais rencontrer Guy Jodoin, ça me rendait nerveux. Quand je rencontre des gens, je suis souvent intimidé, les gens n’ont jamais cessé de m’intimider. »

Parlant d’être intimidé, quelle est la personnalité que tu rêves de recevoir en entrevue?

Sans hésitation, il répond : « Marc Labrèche. » Les yeux remplis d’admiration pour le comédien et animateur, Dominic avoue timidement qu’une grande partie de sa personnalité est inspirée du personnage médiatisé de celui qui semble être son idole québécoise.

Un rêve un peu plus fou, et inaccessible selon lui, serait d’interviewer Bruce Springsteen. On lui souhaite.

Puis la télévision, ça te dit?

La télévision n’est pas exclue de ses plans futurs. Mais s’il fait le grand saut, il rêverait de pouvoir raconter de longues histoires. Un peu à la manière d’Anthony Bourdain à CNN. « C’est le truc que j’aimerais le plus faire au monde, c’est un mélange d’écriture, de narrations super bien écrites et super littéraires, souvent très touchantes, émotives ou très drôles et ironiques. Il rencontre plein de gens, il parle de bouffe, mais la bouffe est presque seulement un prétexte. »

L’homme de lettres écrit dans le cahier Livres du Devoir, il a sa chronique Bière clamato dans La Tribune tous les mercredis, il est à Radio-Canada le vendredi matin avec sa chronique urbaine, en plus d’écrire dans le magazine Les Libraires.

Dominic, c’est le journaliste (ou l’as des mots), que tu souhaites découvrir.


Jasons : les 10 21 endroits incontournables sherbrookois de Dominic

Par Catherine Foisy

Dans le cadre de l’édition de la rentrée, je lui ai demandé de dresser une liste de ses 10 endroits préférés de la ville. Il me remit une liste de vingt-et-un endroits. Soit il ne sait pas compter (permettez-moi d’en douter), soit il ne pouvait contenir tout l’amour qu’il a pour Sherbrooke en dix points. Même sa sélection de 21 endroits semblait être très restreinte.

  1. Bar La Virée – 128, rue Wellington Sud

«  Le bar La Virée, c’est un lieu réconfortant, c’est un bring your own party. C’est un bar le fun, où la bière n’est pas chère. Il y a même des tarifs d’après-midi sur la bière! »

  1. La Constantinoise – 197, rue King Ouest

« Endroit merveilleux tenu par Imed, un garçon charmant. On se dit que le couscous doit goutter la même chose d’endroit en endroit, mais non, vraiment pas. C’est le meilleur couscous à Sherbrooke. Même Amir Khadir y a fait un tour. »  

  1. Musique Cité – 169, rue King Ouest

« C’est le dernier disquaire indépendant à Sherbrooke. C’est un lieu merveilleux où je vais depuis très longtemps. J’ai d’ailleurs coanimé une émission Mes amis vinyles à CFAK avec mon ami Éric Ayotte.

Chaque semaine, on avait Sylvain Lecours, ancien propriétaire du Musique Cité, qui sortait deux vinyles bizarres, rares, qui pouvaient attiser notre curiosité et préparait une chronique.  Le Musique Cité, c’est une institution à Sherbrooke, il faut y aller. »

  1. Taverne Alexandre – 440, rue Alexandre

« Ce que j’aime le plus de La Taverne Alexandre, c’est que c’est un lieu où tout le monde se croise, le vendredi midi particulièrement. Il peut autant y avoir le maire que des députés, que les gars de la construction, les journalistes, Denis Messier, des sportifs, des retraités, Rosaire, le camelot du Journal de rue de Sherbrooke. Tout ce spectre-là de la vie sherbrookoise qui se retrouve sous un même toit, c’est ça que je trouve beau de cet endroit. »

  1. Café Classyco – 133, rue Frontenac

« Ça fait des années que je vais au Classyco, et je n’ai jamais mangé autre chose que le (meilleur) poulet tandoori. Le serveur vient nous porter les menus par principe, à ma blonde et à moi, mais il sait bien qu’on prend toujours et encore la même chose. C’est un endroit merveilleux. »

  1. Boutique l’Office – 172, rue Wellington Nord

« Pendant des années,  les gars à Sherbrooke, on a rêvé d’un pendant masculin de la Boutique Kitsch parce que toutes nos blondes allaient s’habiller chez Kitsch, qui est très cool. J’ai longtemps demandé aux filles quand est-ce qu’elles allaient ouvrir une nouvelle boutique. JessiKa a finalement décidé d’ouvrir une boutique pour hommes il y a un peu moins d’un an. Je tripe. »

  1. Café Singing Goat – 287, rue Galt Ouest

« Je vais manger au Singing Goat avec trois personnes, c’est-à-dire : ma blonde, David Goudreault (parce qu’il est végétarien) et Lyne St-Roch, pour une chronique et thé. C’est un excellent café végétalien. En plus, Singing Goat, c’est vraiment un nom très loufoque, j’aime les choses loufoques. »

  1. Délia Egg’xtra – 661, rue King Est

«Toutes les fois que mes parents sont en ville en journée, on va bruncher chez Délia. C’est cool que les restaurants emploient des gars ou des filles aux études, mais c’est quand même agréable d’aller dans un restaurant là où il y a des serveurs et serveuses qui ont de l’expérience, du beau cheveu blanc. Le Délia Egg’xtra, c’est le meilleur déjeuner à Sherbrooke. »

  1. Bar Le Figaro – 1863, rue Galt Est

« La reine du karaoké Lisa Addis y anime les soirées les plus électriques. Vous pouvez parfois m’y entendre chanter Deux autres bières d’Offenbach. » 

  1. Le Murdoch – 180, rue Galt Ouest

« Je ne suis pas un spécialiste de métal, mais j’aime ça aller dans un show de métal. C’est une belle salle de spectacles, il y a une programmation très cool, j’aime ça aller là pour me faire rincer les oreilles. Il y a juste les gens du Murdoch pour honorer Lemmy, le défunt chanteur des Motorhead. Le soir de sa mort, les « lemmy », des jack & coke, étaient en spécial. »

«  Mon Sherbrooke idéal à moi est multiple et il inclut à la fois une belle chemise de chez Glori.us et mon chum Rosaire à qui j’achète Le Journal de Rue à toutes les fois que je le croise. »

  1. Au Vent du Nord – 338, rue Belvédère Nord

« Maintenant, il y a beaucoup de bonnes bières dans les IGA, les Provigo et les Métro de ce monde, mais allez acheter vos bonnes bières Au Vent du Nord. D’autant plus que le staff est toujours de précieux conseils. »

  1. Bistro Kapzak – 20, rue Wellington Sud

« C’est les meilleurs burgers à Sherbrooke. Le chef, Jason Kacprzak est un gars très cool. Je trouve cela admirable qu’il ait décidé d’ouvrir son resto sur la Well Sud, malgré la pauvreté de ce côté de la rue. Les gens y vont parce qu’ils trouvent ça bon. »

  1. Épicerie Asie – 492, rue Galt Ouest

« Si tu veux cuisiner une bonne soupe Won-Ton, tout se trouve là, il y a aussi des perruques africaines, pour une raison qui m’échappe, mais on est une ville multiculturelle à Sherbrooke. Ça ne coute pas cher non plus. »

  1. El Baraka – 830, rue Belvédère Sud

« C’est essentiellement une épicerie maghrébine, c’est là qu’on trouve les meilleures merguez de Sherbrooke. Pour vos barbecues de la rentrée, vous savez où aller. »

  1. Sporobole – 74, rue Albert

« À mes yeux, c’est un centre d’art actuel qui n’a pas à pâlir face aux meilleurs centres d’art actuel du Québec. J’aime beaucoup le Sporobole, je trouve qu’il apporte quelque chose de précieux à notre vie culturelle. Ils nous font réfléchir d’une manière inédite, qui est rare. »

  1. Le King Hall – 286, rue King Ouest

« Avant que le Siboire, avant que le Boquébière ouvrent, les gens qui voulaient boire de bonnes bières, c’est au King Hall qu’ils allaient. C’est là que t’allais si tu voulais impressionner quelqu’un, ou tout simplement si tu voulais boire de bonnes bières. Aujourd’hui, il s’est renouvelé et c’est pour le mieux. C’est toujours cool de voir un serveur monter dans l’échelle pour aller chercher un alcool. C’est aussi là les meilleurs old fashioned à Sherbrooke. »

  1. Boquébière – 50, rue Wellington Nord

« Le Boquébière, c’est devenu presque un salon pour moi. C’est devenu mon endroit pour plein de raisons. Martin, le propriétaire, est toujours ouvert à mes projets. Je connais tout le staff aussi : Andy, mon ami précieux, Jo Rondo, qui est une figure sherbrookoise dont on ne pourrait se passer. Pour la musique aussi, les shows. »

  1. La Petite Boite Noire – 58, rue Meadow

« J’ai connu les premiers balbutiements de la Petite Boite Noire, sur la rue Albert, dans un magnifique loft. Après, ils ont déménagé sur Wellington Sud. J’étais là le soir où ça a passé au feu. Après ça, sur Meadow, je n’ai jamais cessé d’y aller, car c’est une des programmations les plus intéressantes de Sherbrooke, et c’est plein d’amis qui s’occupent de tout ça. » 

  1. Le Tapageur – 83, rue King Ouest

« J’ai été DJ au Tapageur pendant une bonne année, les propriétaires sont des gens que j’adore. Je continue d’aller au Tapageur comme on retourne voir de bons vieux amis qui vont toujours être de bons amis. »

  1. Bistro Kàapeh – 137, rue Frontenac

« Le café est bon, le staff est vraiment cool, j’ai l’impression que quand je vais au Kàapeh, tout le monde est là. C’est l’incarnation du café de troisième vague comme on se l’imagine dans nos rêves. Le café cool, il existe à Sherbrooke, c’est le Kàapeh. »

  1. Boutique Glori.us – 88, rue Wellington Nord

« Jean-François Bédard, c’est le porte-étendard de la fierté du centre-ville. Il me fait chier, parce qu’il est trop bien habillé. Mais quand on est intelligent, on se rapproche des gens cool. C’est d’ailleurs le Glori.us qui m’a habillé pour le Show Tardif. Je lance cela comme ça, mais Bédard devrait se lancer en politique, c’est un gars qui a une vision du centre-ville à laquelle j’adhère. »


Crédit photo © Hani Ferland

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