Drogue du viol sur le campus : une problématique invisible

Par Simon Leduc Thouin

 

De l’abus d’alcool au harcèlement sexuel, les 5@8 sont représentatifs, à petite échelle, de problématiques vécues socialement et collectivement. Des rumeurs et des témoignages circulent sur le campus que des étudiantes sont victimes d’intoxication par du GHB, mieux connu sous le nom de drogue du viol. Cet article propose un regard sur une problématique invisible.

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En effet, une des réalités vécues sur le campus de l’UdeS et peu abordée est la circulation de la drogue du viol (GHB). Les effets mentaux du GHB impliquent de se sentir «détendu, somnolent ou fatigué; heureux, avec un sentiment de bien-être (euphorie); étourdi (cela peut durer plusieurs jours); désinhibé (prêt à faire des choses qu'on ne ferait pas en temps normal) et incapable de se souvenir des choses (perte de mémoire à court terme)» selon le Gouvernement du Canada. C’est pourquoi cette drogue est utilisée pour avoir des relations sexuelles de façon non consentante.

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Une étudiante a témoigné avoir été sous l’influence de GHB dans un 5@8 au cours de l’année scolaire 2014-2015: «Je l’ai su à cause de ma réaction, de mon comportement, quand j’ai lu la description de ce qui allait avec la drogue du viol […] tous les symptômes fonctionnaient avec moi. Puis, étant donné que j’avais bu deux verres et que mes habitudes de consommation sont régulières et sans problème habituellement, j’ai rapidement fait le lien avec ça.» Malheureusement, ce genre de situation n’est pas unique.

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Formellement, il y a très peu de cas signalés. Sandra Loubier, qui agit à titre de Conseillère en matière de prévention de harcèlement et de discrimination à l’UdeS, affirme qu’en sept ans, elle n’a jamais eu de signalement de personne victime de la drogue du viol au lendemain de 5@8. Au niveau du Service de sécurité de l’UdeS, M. Gallant confirme que «oui, malheureusement, ça vient rarement à nos oreilles, mais quand ça vient à nos oreilles c’est souvent sous la forme de rumeurs.»

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Nathalie Godin, infirmière au Service de santé de l’université, affirme qu’effectivement il y a des cas cependant, la majorité des jeunes femmes ne le nomme pas de façon claire. Elles ne se souviennent plus de leur soirée et ne savent pas si elles ont été agressées, «souvent elles ont peur et elles veulent un dépistage». On en comprend, à la lumière de ces informations, que la problématique est connue au près des différentes instances de l’Université, mais elle demeure difficile à observer et à quantifier.

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Autre cause qui rend les témoignages et les dénonciations difficiles, c’est que «sous forme liquide, le GHB est inodore, incolore et sans saveur». De plus, le GHB ne peut être détecté dans le sang ou l'urine au-delà de 12 à 24 heures après l'absorption. D’où les difficultés d’identifier l’agresseur et de prouver l’intoxication par le GHB.

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Ainsi, quelles sont les actions à poser pour régler une problématique invisible? Actuellement, la prévention et l’information sont au cœur des actions entreprises sur le campus. En tant que citoyen, il est possible d’agir contre ce phénomène. Une telle problématique nécessite d’être dénoncée et nommée sur la place publique. C’est collectivement qu’il est possible de transformer les stéréotypes, la culture et les croyances. Suscitons les débats, dénonçons ces situations, amenons à la conscience de tous l’importance de valeurs telles que le respect. En bref, autant les hommes que les femmes, parlons de cette problématique pour transformer les consciences individuelles.

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Enfin,  la distribution de GHB peut mener à des agressions sexuelles, mais Mélanie Lemay, activiste féministe, affirme que «la vraie drogue du viol c’est l’alcool, 75% des personnes qui ont été agressées sexuellement avaient avant tout autre chose de l’alcool dans le sang». Cette statistique est alarmante dans la mesure où la consommation d’alcool dans les 5@8 constitue la principale activité de ces événements.


L'édition du 3 novembre du Journal Le Collectif contient un dossier choc de quatre pages entièrement dédié à l'enjeu des agressions à caractère sexuel commises sur le campus de l'université de Sherbrooke. Huit articles qui abordent la problématique sous autant d'angles.

 


 

© Quebec.HuffingtonPost.ca

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