Du droit à la politique : rencontre avec le professeur Guillaume Rousseau

Par Dorian Paterne

Après avoir annoncé sa candidature à l’investiture du Parti Québécois dans Sherbrooke le mois dernier, le professeur Guillaume Rousseau se dit « prêt et impatient de faire le saut en politique active ». Il mènera donc bataille au député et ministre libéral Luc Fortin en vue des prochaines élections législatives du mois d’octobre. Le Collectif s’est entretenu avec le candidat péquiste sur ses motivations à se lancer en politique.

L’austérité libérale : entre frustration et révélation

C’est en 2014 que M. Rousseau a eu l’appel du devoir, lorsque les mesures d’austérité du gouvernement libéral de Philippe Couillard l’ont frappé de plein fouet. Avec quelques collègues notaires et avocats, le professeur de droit avait cofondé la clinique juridique Juripop de l’Estrie dans le souci d’offrir des services juridiques abordables sur des contrats publics. L’arrivée au pouvoir du gouvernement a marqué le moment où la clinique juridique a perdu tous ses contrats, sa principale source de financement. Lorsque la clinique juridique a dû fermer ses portes dans le contexte de l’austérité, Guillaume Rousseau a eu un choc.

Sur le plan universitaire, le professeur Rousseau avait entrepris des démarches pour fonder une chaire de recherche dont il aurait été titulaire, et qui allait toucher ses domaines de recherche. Le projet, qui allait être subventionné par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC), a dû avorter à l’arrivée au pouvoir des libéraux. « J’ai réalisé qu’on a beau tout donner dans les organismes communautaires, on a beau tout donner comme chercheur, mais quand le gouvernement travaille contre nous, c’est tellement limité ce qu’on peut faire », réalise celui qui a vu ses projets s’écrouler sous les feux de l’austérité. Ces deux événements ont forgé les ambitions futures du juriste : « c’est là que j’ai commencé à penser aller en politique », ajoute-t-il.

Sa bataille politique à Sherbrooke

Alors que la ville semble reculer devant le projet de revitalisation du centre-ville, Well inc., M. Rousseau condamne le député de Sherbrooke pour son inaction dans ce dossier. Le candidat du PQ soutient que « le prochain député de Sherbrooke et le gouvernement du Québec devraient être des acteurs de la relance du projet de revitalisation du centre-ville ». Pour M. Rousseau, le projet Well inc. permettra à la ville, au domaine privé, à l’Université de Sherbrooke et au gouvernement du Québec de travailler ensemble. Il reproche au député sortant et au gouvernement libéral leur absence dans ce dossier, réaffirmant sa vision selon laquelle tous les acteurs de développement économique devraient travailler ensemble.

Même si la ville a l’entière souveraineté sur l’administration du dossier Well inc., M. Rousseau soutient que le député de Sherbrooke et le gouvernement québécois doivent s’arrimer au projet. Le candidat péquiste voudra soutenir la ville dans cette réalisation lors de sa campagne électorale et, si les circonstances s’y prêtent, lors de son élection en tant que député. Le dossier de revitalisation du centre-ville n’a guère une appréciation consensuelle. Nombreuses sont les personnes affichant une attitude dubitative sur la pertinence et l’efficacité de Well inc.

Pourquoi avoir choisi le Parti Québécois?

Militant politique depuis l’âge de 15 ans, Guillaume Rousseau n’a pas choisi le Parti Québécois au hasard. « C’est le seul parti qui défend à la fois le développement économique, la justice sociale, la fierté d’être Québécois et le projet de faire du Québec un pays », affirme-t-il. Pour lui, c’est un parti qui a une vision réaliste du développement économique, qui ne prévoit pas de baisse d’impôts, mais des réinvestissements dans les services publics. Le secteur public étant le plus grand employeur à Sherbrooke, M. Rousseau pense que les politiques d’un gouvernement péquiste seraient bonnes pour le Québec, mais aussi pour la ville qu’il veut représenter aux prochaines élections législatives.

Les prédictions électorales

On sent un brin d’optimisme chez le candidat péquiste sur l’issue des élections d’octobre : selon lui, « même si les sondages ne le montrent pas, on sait quand même que le parti québécois, avec une bonne campagne, on est capables, on a des chances raisonnables de prendre le pouvoir ». La Coalition Avenir Québec semble pourtant être le parti en tête dans les sondages au Québec. « Malgré les mauvais sondages au niveau national, quand on regarde les sites de prédictions électorales, c’est pratiquement une triple égalité à Sherbrooke entre la CAQ, les libéraux et le Parti Québécois », réaffirme le professeur Rousseau. Celui qui a publié un livre sur le droit linguistique, notamment sur les questions de la Charte française, réitère que son parti est celui de la défense de la langue française.

Un parcours exceptionnel

Avocat et membre du barreau avec un baccalauréat en droit de l’Université de Sherbrooke, M. Rousseau est titulaire d’une maitrise en droit comparé, avec spécialisation en droits de la personne et diversité culturelle de l’Université McGill. Il est aussi détenteur de trois doctorats en droit de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, de l’Université de Sherbrooke et de l’Université Laval. Professeur à la Faculté de droit depuis 2012 et chercheur associé à l’Institut de recherche sur le Québec, Guillaume Rousseau connait bien les dossiers de la politique québécoise. Il a travaillé quelques années comme conseiller à l’Assemblée nationale du Québec. Spécialiste du droit municipal, de l’amèrement et de l’urbanisme, de la procédure civile, du droit constitutionnel et du droit de la langue française, le docteur en droit a également écrit des livres touchant ses domaines de compétences.

En plus d’être cofondateur de Juripop, le candidat du Parti Québécois est aussi président de Dysphasie-Estrie, fondateur de l’Association générale des étudiantes et étudiants en droit (AGED Sherbrooke), et a participé à la création du Syndicat des auxiliaires de recherche et d’enseignement de l’Université de Sherbrooke (SAREUS). Ses connaissances du terrain sur le plan juridique se marient à son expérience dans le milieu politique, après avoir travaillé avec Pauline Marois et Véronique Hivon à l’Assemblée nationale du Québec. Guillaume Rousseau compte mettre cet arsenal à profit pour sa bataille politique contre le député et ministre libéral Luc Fortin.

Désirant utiliser ce bagage pour mieux représenter les gens de sa ville qui l’a vu naître, M. Rousseau veut faire de sa campagne une de militants.


Crédit Photo @ Guillaume Rousseau, Page Facebook

Partager cette publication

Laisser une réponse

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.